Jusqu’au 10 septembre 2017, le Palais de Tokyo balaye largement la nature de l’homme, les liens qu’il entretient avec l’art, sa place dans l’environnement de la création et sa propension à se calquer (ou à impulser ?!) les sciences.

Cet été, le Palais de Tokyo propose aux amateurs d’art contemporain de revisiter ce que l’on considère comme « Histoires Naturelles ». Terme générique, il renvoie à l’espace pédagogique que Wilfried Almendra transforme avec des matériaux évolutifs ; il invite à plonger dans les problématiques sociologiques, politiques et écologiques que soulève Taloi Havini avec son installation Habitât ; il déplace dans l’univers étrangement onirique de Gareth Nyandoro qui mêle représentation sportive et dessin sur papier déchiré. Mais les deux expositions phares sont, sans conteste, celle de « Dioramas » et « Le Rêve des Formes », deux espaces denses et passionnants.

G : Taloi Havini, Habitat, 2017, Installation vidéo à trois projections, HD, couleur, son / Multi-channel digital video, high definition, colour, sound, 10’40, Courtesy de l’artiste et / of the artist and Andrew Baker Art Dealer, Brisbane – D : Gareth Nyandoro, Kuguruguda Stambo (Hypnotic Lollipop Eaters), 2015, mixed media on paper mounted on canvas, 260 x 410 x 110 cm. © Sylvain Deleu

Dioramas, invitation au regard

Le diorama est cette installation née en 1822 qui permit à l’art de prendre une véritable profondeur. Ancêtre de la vidéo, les deux côtés de la toile sont peints de manière à faire apparaître du mouvement par un astucieux jeu de lumière. Dans ces paysages vivants, les hommes placent des éléments en 3D. Petits personnages, sculptures peintes et bientôt animaux (et êtres humains !) naturalisés prennent place dans des mises en scène sans vie. Les forains l’utilisent dans toute l’Europe et surnomment ces dioramas des « entresorts », moments brefs où l’on entre et sort d’un endroit magique.

Aujourd’hui, les artistes contemporains continuent de travailler ces paysages figés. Faisant de l’art un décor, ils transforment ce qui entoure l’homme, brouillant les notions de vérité et de réalité. L’amateur est aujourd’hui plongé dans des expériences feintes, dans un quotidien modifié qui, s’il permet de voir, ne permet pas toujours de véritablement comprendre. Cette exposition magnifique, forte d’œuvre qu’il est inhabituel de voir dans un espace d’art contemporain, renferme des travaux pépites comme le mur d’Anselm Kieffer, l’œuvre de Tatiana Trouvé ou l’aquarium de Mathieu Mercier. Une réflexion qui dépasse l’histoire de l’art pour aller se perdre dans la manière dont nous percevons notre monde et dont nous faisons l’expérience de nos vie. Le rappelle au Truman show, film de Peter Weir est révélateur : où est la vérité de ce monde ? Qu’est ce que l’art apprend de notre univers ? Le modifie-t-il ou l’illustre-t-il ?

Richard Barnes, Man With Buffalo, 2007. Photographie. Courtesy de l’artiste

Arts et sciences, mêmes recherches et questions de formes ?

Eh bien la vérité pourrait être là, dans les recherches que font les sciences, dans celles que les arts explorent. L’exposition « le Rêve des Formes », en collaboration avec le Fresnoy, revient sur les liens poreux qu’il existe entre l’art et les sciences. Outre les découvertes, c’est également -et surtout, les formes qui sont observées. Métamorphoses et miracle de l’ère du vivant laissent place à des formes hybrides mécaniques. La machinerie s’est emparée des sciences, l’intelligence artificielle redéfinit ce qu’est l’homme. L’artiste, lui, continue de travailler ce que les sciences ont ouvert : les rapports cognitifs, les mondes invisibles, mutants et robots… L’organique et la vie parlent aujourd’hui le langage des machines.

Dora Budor, Sonoro, 2016, Courtesy of the artist and New Galerie, Paris

Une saison riche qui pousse, comme toujours, à réfléchir sur l’essence de l’homme sous toutes ses facettes. Qu’il soit curieux de ce qui le constitue ou de ce qui l’environne ; qu’il se questionne sur ce qui est représenté et sur ce qui lui est donné à voir ; qu’il s’intéresse à ce qu’il se passe ailleurs et à comment le monde s’invente à l’autre bout du monde, le visiteur aura matière à penser et à se laisser porter.

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Histoires Naturelles, jusqu’au 8 mai 2017
Palais de Tokyo, 13 avenue du Président Wilson
Plein tarif : 12€ / tarif réduit : 9€