Pour sa nouvelle saison En toute chose, Le Palais de Tokyo s’arrête sur le lien entre l’objet et l’homme. Quelle vie leur attribuons-nous, quels pouvoirs et formes leur confère-t-on ? Jusqu’au 8 mai 2017, il est question d’amour, d’épreuve du corps, de spiritualité et d’avenir de l’humanité : entre art et technique, les cœurs s’unissent !

Le Palais de Tokyo propose, comme à son habitude, une programmation éclectique sur l’art en train de se faire. Si chaque artiste peut se comprendre de manière totalement autonome, ils se retrouvent autour d’une thématique centrale : celle de la relation de l’individu avec l’objet. Le performeur Abraham Poincheval éprouve le temps et les conditions corporelles en s’enfermant dans des lieux impénétrables, l’artiste Dorian Gaudin qui interroge la vie des machines à travers une installation animée, Mel O’Callaghan et Emmanuel Saulnier qui rendent à l’objet sa charge spirituelle, Taro Izumi qui voit la construction de l’homme comme support d’une hyper-humanisation et l’exposition collective Sous Le regard de machines pleines d’amour et de grâce qui pense le monde comme lien poétique entre la machine et l’homme.

PicMonkey Collage Mâchines
G : Marie Lund, Raising the Vessel, 2015 et The Very White Marbles, 2015. Berlin, 2015. Courtesy Laura Bartlett Gallery, Croy Nielsen et Jose Garcia – D : Michael E. Smith, Untitled, 2016. Photo : Ladislav Zajac. Courtesy de l’artiste et KOW, Berlin

Au delà de l’art digital

Les machines sont partout. Elles se sont tant acclimatées à nos espaces qu’elles en deviennent presque invisibles. Prolongement de la main, le smartphone est devenu (pratiquement) inévitable. Le cinéma met en image nos imaginaires, et internet, le grand, l’immense internet, calcule nos amours, noue nos relations, détermine nos emplois et monnaie nos quotidiens. C’est cette omniprésence, cette influence au delà du digital même qu’ont tenté de mettre en lumière les artistes réunis dans Sous le regard de machines pleines d’amour et de grâce. Ce que l’on voit sans n’y être plus attentif est également le travail qu’expérimente la lauréate du prix du 61ème salon de Montrouge, Emmanuelle Lainé. Avec une installation en trompe l’œil, elle berne doucement et avec humour la véracité de l’œuvre d’art. Elle veille à reproduire la même intensité de l’expérience cinématographique en Le transposant dans les arts plastiques.

PicMonkey Collage
G : Dorian Gaudin, Aging Beauty, 2015. Photo: Romain Darnaud. Courtesy de l’artiste et Nathalie Karg Gallery (New York) – D : Mel O’Callaghan, Dangerous on-the-way, 2016. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Allen (Paris) ; Belo-Galsterer (Lisbonne) et Kronenberg Wright (Sydney). Production SAM Art Projects

L’objet de l’homme, le monde comme réceptacle d’émotion

Le pouvoir que nous donnons aux objets est immense. Nous les façonnons pour placer en eux nos croyances, pour pâlir à nos peurs. Ils nous réconfortent et nous offrent d’incroyables pouvoirs. La vie cachées des objets, celle qu’ils vivent lorsque la lumière est éteinte et que les rideaux sont tirés est pensée par le plasticien français Dorian Gaudin. Il offre le théâtre vivant de ce que notre curiosité réclame depuis la petite enfance : des objets animés. Cette vie mystérieuse, inconnue, qu’il ne nous serait pas possible de cerner se retrouve dans le religieux. Tout l’espoir de notre sort est remis entre les mains d’instances invisibles. C’est sur ces questions du mysticisme et du rituel que travaille Mel O’Callaghan. À travers les objets que l’homme créé, il est capable de prouver les limites de son corps. La recherche de la transe est constante.

PicMonkey Collage Taro
G : Taro Izumi, Tickled in a dream, (Protect bananas from pirates), Courtesy de l’artiste, Galerie GP&N Vallois (Paris) et Galerie Take Ninagawa, Photo : Aurélien Mole – D : Protect Banana © Taro Izumi

Le corps comme outils

La transition est parfaite. Du corps comme mystique à atteindre par l’objet chez Mel O’Callaghan, se lie la pratique d’Abraham Poincheval qui expose les vaisseaux qui lui ont permis ses performances. De l’épreuve du corps à la contemplation et la compréhension du monde, l’objet recherche les limites de l’être. C’est également ce que l’on peut appréhender dans le travail de Taro Izumi. L’artiste japonais travaille à partir de photographies du quotidien où le corps est mis à rude épreuve. Éprouvé, désarticulé, le squelette dans ces placements improbables constituent la matière première de ses installations. L’objet devient caricature, support de l’extra-ordinaire. 

PicMonkey Collage Poincheval
Vue de l’exposition d’Abraham Poincheval, Palais de Tokyo (03.02 – 08.05.2017). Courtesy de l’artiste et Galerie Semiose (Paris) Photo : Aurélien Mole

En toute chose propose un parcours reflétant, comme il est d’usage au Palais de Tokyo, toute l’étendue des questionnements qui transitent dans l’art contemporain. L’objet, partie inhérente de nos quotidiens, n’a pas fini de nous étonner, et si l’on ne comprend pas toujours d’emblée ce que nous racontent les artistes, ils continuent de nous interroger. C’est là toute la beauté du geste !

En toute chose,
Jusqu’au 8 mai 2017,
Palais de Tokyo, 13 avenue du Président Wilson
Plein tarif : 12€ / tarif réduit : 9€

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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.