Avec Tu seras mon père, Metin Arditi signe une tragédie filiale poignante sur fond de terrorisme, dans laquelle un jeune garçon se prend d’amitié pour son professeur, ignorant tout de sa responsabilité dans la disparition de son père biologique.

Vérone, 1978. Alors que Renato n’a que sept ans, son père – grand glacier industriel – se fait enlever par un commando des Brigades rouges, groupuscules d’extrême-gauche, qui ont terrorisé l’Italie durant les “années de plomb” (70-80) en multipliant assassinats et enlèvements. Relâché après une rançon et un mois de captivité, c’est un homme détruit qui rentre à la maison. Meurtri, l’ancien otage finit par se suicider laissant sa femme et son fils. Renato, lui, ne va jamais s’en remettre.

Quelques années plus tard, sa mère – sur le point de se remarier – décide de l’envoyer dans un pensionnat suisse. Il y fera la rencontre de plusieurs amis, mais aussi de deux professeurs, Josy et Paolo. Et alors que Renato parvient à surmonter sa timidité et combler l’absence d’un père grâce au théâtre, il sera confronté à une toute autre réalité, faisant surgir la perte d’un être aimé.

Tel un père de substitution

Fraîchement débarqué à l’Institut Alderson à Lausanne, Renato fait la rencontre du charismatique Mantegazza, professeur de théâtre avec qui il partage la passion de la littérature et de la montagne. Chaque trimestre, ce professeur émérite monte des pièces de théâtre. Dès son arrivée, le jeune garçon n’a qu’une idée en tête : l’intégrer. Lui, si solitaire et renfermé depuis la mort de son père, voit en cette opportunité une chance de faire sa place dans cette école, bien que “cette école est un lieu assez rude. Je ne dirai pas qu’il y règne la loi de la jungle, mais on n’en est pas loin. S’imposer physiquement est plus utile qu’être un premier de classe”.

Le théâtre est la seule discipline grâce à laquelle il parvient à surmonter sa timidité, sa surdité et ses inhibitions. Ce que ne tarde pas de remarquer l’enseignant, dès les premières auditions. “Après un court silence, il avait ajouté “Je ne crois pas qu’il soit timide. C’est autre chose. Il vit dans la solitude. J’ai le sentiment qu’il ne se sent pas à l’aise que plongé en elle. Cela l’écarte des autres élèves, bien sûr. J’imagine que c’est lié à son handicap.” Il s’était arrêté quelques instants, avant d’ajouter “C’est un grand acteur”. »

Une magnifique relation se tisse entre les deux protagonistes, et Renato s’ouvre peu à peu à cet homme, en qui il voit un père de substitution. Mais que cache comme lourd secret ce professeur bienveillant ? Mantegazza doit-il assumer son passé et cesser de tromper le jeune garçon ? Ce dernier, va-t-il lui pardonner ?

Coupable à vie ?

Cette amitié, forte de cette passion commune pour la montagne et le théâtre, aidera Renato à entrevoir un futur, à se construire en temps qu’adulte malgré les blessures de l’enfance. A travers de courts chapitres, qui s’emboîtent jusqu’à la fin du récit, Metin Arditi accompagne les protagonistes dans cette quête de sens et de réponses, révélant à chaque fois un peu plus leurs fragilités et leurs contradictions. 

Emporté par les différents ressentis des uns et des autres, sans jamais donner de leçon de morale, il tente d’apporter les clés à un questionnement : sommes-nous coupable à vie ? Doit-on se voir reprocher des faits pour lesquels une peine est purgée ? Notre passé doit-il sans cesse nous rattraper ? 

Un quinzième roman émouvant et bienveillant, autour de deux êtres qui se vouent une admiration commune et qui tentent de se reconstruire, avec en arrière plan l’ombre des Brigades rouges.

« Tu seras mon père », Metin Arditi, Edition Grasset, 368 pages, 21,50 €

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