Ce sont deux expositions que nous présentent la Halle Saint Pierre, toutes deux mettant à l’honneur Stéphane Blanquet. D’abord en tant qu’artiste avec « Dans les têtes de Stéphane Blanquet » ; ensuite grâce à son œil, « Tranchée racines » étant une invitation à 30 artistes internationaux. Deux expositions à découvrir jusqu’au 2 janvier 2022.

Une inquiétante modernité

« Dans les têtes de Stéphane Blanquet » propose des scènes monstrueuses et inquiétantes, quasi-orgiaques. Pourtant, bien que quelque chose dans ces formes étranges et entremêlées nous évoque Bosch, nous en sommes loin grâce à un pas de côté, un regard neuf et actuel. Il y a beaucoup de modernité dans ces œuvres qui frôlent la critique. Si critique il y a, c’est moins celle de la société que celle de l’humain. Les œuvres caricaturent un enfer onirique peuplé de chimères. Les jeux de lumières sont loin d’apaiser l’inquiétude qui se dégage de la scénographie sombre et des œuvres tout aussi obscures. Au contraire, les stroboscopes vous plonge dans votre propre perte : par les effets de lumière, dans la première salle, votre image se trouve plongée dans le cimetière composé de corps humanoïdes, décharges de squelettes juvéniles. L’artiste, ainsi, par une scénographie très impactantes et des œuvres tout aussi percutantes, amènent le public à se sentir pris à partie de l’œuvre.

Jungle haletante
diverses sculptures, jeux de lumières et miroirs
2017
Dimensions variables, ici, 310 x 540 x 250 cm
installation cinétique au Fürstenfeldbruck Kunsthaus, Allemagne
collection de l’artiste
photo : © Oliver Pauli

Pourtant, l’angoisse de ces masques et de ces visages figés en grimaces se dissimulent derrière des couleurs chatoyantes. C’est dans le détail, dans l’ombre, dans le non-dits que l’esprit se perd et reste en alerte ; c’est, par exemple, une jambe de pin-up aux couleurs pop dont des organes s’épanchent, s’enfuient de la chair, tout en s’accordant aux lignes moirées et séduisantes de la cuisse.

Mythologie intemporelle

Dans ce même jeu, entre ce qui révélé, dévoilé, et sur la menace latente de l’invisible, de ce qu’on ne remarque pas au premier abord, les tapisseries de Stéphane Blanquet sont exceptionnelles. Il y a quelque chose dans la technique de la tapisserie qui nous renvoi à des temps lointains, en regards des masques rappelant d’anciennes mythologies, se créé une forme d’universalité dans cette exposition. Une universalité de l’étrange, du mensonge et du paraître qui nous parait très proche et indéfinissable à la fois : nous renvoyant seulement dans les retranchements de notre imaginaire.

Cuirs de l’Aurore à demi-feutré
tissage de différents matériaux : laines, soies, fibres acryliques…
2016
170 x 240 cm
exemplaire 2/8 – collection de l’artiste
photo : © Josefina Eikenaar/TextielMuseum

L’artiste présente un monde organique, hypersexué, et qui ressemble pourtant à nos rues, nos métros, d’acier et de béton. Il y a des interstices où l’humain s’immisce dans n’importe quel matière, et la matière devient sang, devient effluves, devient bile et lymphe. Il semble que Georges Bataille veille, en patron de l’exposition, sur cet entremêlement de sexe et de mort.

A l’étage, la proposition curatoriale de Stéphane Blanquet fait écho à son exposition personnelle, s’attachant plus franchement aux dérives de notre société, mais dans une mouvance esthétique proche.


« Dans les têtes de Stéphane Blanquet » et « Tranchées Racines »

Jusqu’au 02 janvier 2022
Halle Saint Pierre
2, rue Ronsard – 75018 Paris
Ouvert tous les jours
Semaine de 11h à 18h / Samedi de 11h à 19h / Dimanche de 12h à 18h