Avec son nouvel album The Bitter Truth, Evanescence fait un retour percutant sur la scène rock/métal mondial. Majoritairement composé en pleine pandémie, il marque un vrai tournant dans la carrière musicale d’Amy Lee et ses comparses.

Cela faisait dix ans que les fans attendaient de nouvelles chansons d’Evanescence. Le très classieux Synthesis en 2017, qui comprenait deux chansons inédites (Imperfection et Hi-Lo), nous avait, il faut bien le dire, laissé sur notre faim. La tournée qui s’ensuivit en revanche tint toutes ses promesses : les chansons du groupe en version électro-symphonique ont envoûté le public en live, le groupe se faisant accompagner dans chaque ville par un grand orchestre local… Mais un « vrai » nouvel album depuis l’éponyme Evanescence en 2011 se faisait désespérément attendre…

Jen Majura – Tim McCord – Amy Lee – Will Hunt – Troy MacLawhorn

L’avant « the Bitter Truth »

Vingt ans après Fallen et son succès mondial, que restait-il du groupe originel ? Après le départ de Ben Moody, Amy Lee avait trouvé en Terry Balsamo un nouvel allié dans la composition de l’univers musical du groupe. The Open Door en 2006 est peut-être encore à ce jour le meilleur album d’Evanescence, le plus riche, le plus varié. Mais Terry est parti lui aussi… Dès lors, à partir du troisième opus éponyme, une vraie dynamique de groupe semble s’installer.

C’est sur cette même dynamique que va se construire le projet d’un quatrième album : The Bitter Truth. En pleine pandémie, Amy Lee, la chanteuse et leader d’Evanescence, Tim McCord le bassiste, Will Hunt le batteur, Troy MacLawhorn le guitariste et Jen Majura la deuxième guitariste, ont dû s’adapter pour écrire et composer cet album ensemble. Jen Majura, dont l’arrivée en 2015 a vraiment donné un nouveau souffle à la formation, s’est retrouvée bloquée en Allemagne, sa terre natale. Peu importe, l’envie était là, irrépressible, de mettre au monde ce nouvel opus dans un monde bousculé par les peurs, les mensonges et les peines.

Amy Lee – © Eric Ryan Anderson

De l’ombre à la lumière

The Bitter Truth est en réalité un album doux-amer. Amy Lee, parolière, y a immanquablement déversé un peu de son chagrin après le décès de son frère survenu en 2018 (Far from Heaven), mais surtout son désir de revanche sur une industrie du disque qui ne l’a pas épargnée à ses débuts (Better Without You), sa volonté de s’affirmer en tant que femme, artiste et citoyenne (Yeah Right, Use my Voice), et sa foi en un meilleur avenir (Blind Belief), pour celle qui est devenue maman en 2014.

On découvre ainsi, au fil des textes de l’album, une vraie progression vers la lumière. Après le très doux et épuré Artifact/The Turn, dont la première partie a été composée par Amy seule dans une chambre d’hôtel en pleine tournée, Broken Pieces Shine annonce ce qui sera le leitmotiv de l’album et peut-être même celui du groupe : nos fêlures sont nos trésors. Car ce sont sur ces déchirures, ces souffrances que s’est construite la musique d’Evanescence, en allant chercher dans cette douleur un son lourd, des mélodies sensibles et des textes puissants, parfois violents. Cette descente dans les tréfonds de l’âme est d’ailleurs le thème de Feeding The Dark, qui nous pousse à vivre avec ces fêlures et à les accepter : « Don’t look away / Let the light pour down on our darkest day / If we run from ourselves we will run forever. » Même si, comme Amy l’écrit dans Broken Pieces Shine : « Survival hurts », elle l’affirme dans l’avant-dernière chanson, l’excellente Part of me : « I will be more than my survival ». The Bitter Truth est donc loin d’être un album sombre. On y retrouve en effet beaucoup de colère, que ce soit dans les textes, les sons de guitares ou la batterie fracassante de Will Hunt, mais cette colère est saine. Elle pousse à se battre pour exister et faire entendre sa voix.

Amy Lee – © Eric Ryan Anderson

Un retour au rock

La voix, c’est encore une fois le point fort d’Evanescence. A presque 40 ans, Amy Lee n’a rien perdu de sa puissance lorsqu’il s’agit de balancer des refrains en voix pleine, dont certains comme celui de Yeah Right ou de Blind Belief lui donneront d’ailleurs du fil à retordre en live, comme elle le reconnait elle-même sur Twitter. Amy pourra d’ailleurs compter sur le soutien de Jen Majura sur scène, qui assure les choeurs depuis la tournée de Synthesis et a pu poser sa voix dans ceux de Better Without You, comme dans l’hymne féminin Use My Voice. On y retrouve d’ailleurs la fine fleur du rock/métal actuel : Sharon den Adel de Within Temptation, Lzzy Hale d’Halestorm, Taylor Momsen de The Pretty Reckless, Deena Jakoub de Veridia (qui a également participé à l’écriture), ainsi que les deux sœurs d’Amy Lee et la femme de Troy MacLawhorn. Ce morceau fédérateur est sorti en single en pleine élection américaine et trois mois après la mort de George Floyd. Il est l’un des titres les plus puissants de l’album, avec le jouissif Better Without You qui cumule tout ce que l’on aime chez Evanescence : un riff de guitare massif, le romantisme d’une boite à musique (détraquée bien sûr), des nappes de chœurs et de cordes pour le côté gothique symphonique, les envolées lyriques et le piano d’Amy Lee sur les refrains, sans oublier ce pont tourbillonnant, avec une référence subtile au premier album du groupe : « Not enough, not enough, not enough to throw / It all away, we’d still be falling, we’re fallen ».

Si elle n’atteint pas les sommets mélodiques de My Immortal, Lithium ou encore Lost in Paradise, la ballade Far From Heaven, seule chanson entièrement écrite et composée par la chanteuse, a le mérite d’introduire une pause bienvenue dans la succession des titres de l’album, très rock. Outre son texte fort, qui aborde pour la première fois le thème de l’existence de Dieu et de la foi qui vacille lorsque le sort s’acharne, le titre touche par son interprétation sincère, ses cordes sensibles et son thème au piano. Une montée céleste de courte durée, interrompue par le début brutal de Part of Me, comme si la résilience était plus forte que le chagrin.

Alors que le disque débute sur une composition d’Amy, il s’achève sur un vrai morceau collectif, Blind Belief, dont l’initiateur a été le bassiste Tim Mc Cord, comme il le confiait récemment à Evanescence-France. « I believe in us », annonce Amy dès l’ouverture de ce titre lumineux, le plus positif peut-être depuis Good Enough qui clôturait l’album The Open Door.  Si les nuages ne sont jamais loin, Blind Belief suggère que la rédemption se trouve bien dans la musique et le partage, le plaisir de la création, et par-dessus tout, l’amour. « Love over all » sont en effet les derniers mots de cet album complexe, envoûtant, galvanisant, qui ne nous fait à aucun moment regretter d’avoir goûté à cette « vérité amère », si c’est pour mieux s’en relever.

The Bitter Truth, album d’Evanescence disponible depuis le 26 mars 2021.
En concert avec Within Temptation à l’AccorHotelArena le 30 mars 2022.
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