Le 9 septembre, la star internationale Taylor Swift donnait un concert privé à l’Olympia. Après la bonne surprise que fut son dernier album Lover, le live était-il à la hauteur ? Voici le compte-rendu de notre reporter Tristan. 

Il est parfois de bon ton chez certains de moquer ou critiquer Taylor Swift, ses premières chansons country faussement naïves ou sa pop acidulée et ultra-calibrée des dernières années. Auréolée d’une gloire et d’un pouvoir considérable dans le monde de la musique aux Etats-Unis et sur une grande partie de la planète, la plus puissante artiste pop actuelle éprouve encore quelque difficulté à se faire une place dans le cœur du public français. Le choix de l’Olympia pour cet unique concert de promotion de son (réussi) dernier album Lover, n’a donc rien du hasard. Paris reste sans doute, de l’autre coté de l’Atlantique, la « City of Lover », pour reprendre le titre du concert de lundi dernier, mais l’opportunité d’une représentation au cœur de la ville d’Édith Piaf et des balades romantiques n’est pas qu’affaire de symbole; il s’agit avant tout de créer un impact médiatique conséquent.

Assister à un show de Taylor Swift, même raccourci, dans une salle de 2 500 places pleine à craquer, en lieu et place des stades habituels, il faut bien l’avouer : nous nous sentions privilégiés. Les billets, uniquement accessibles via des invitations ou des jeux-concours (notamment avec la radio partenaire NRJ) se sont arrachés si bien que, selon la chanteuse, des fans de 37 pays étaient présents lors de cette soirée. Dans la salle, l’attente avant le lever de rideau valait aussi le coup d’oeil : des jeunes groupies usaient et abusaient des selfies avec les célébrités présentes, la foule dans la fosse hurlait à chaque passage de la caméra qui la survolait (le show était enregistré), des sosies de la chanteuse trépignaient çà et là entre les allées, et une ovation a accueilli la mère de l’artiste lorsqu’elle s’est présentée au balcon.

Taylor Swift – © Universal Music France

Moi, Taylor Swift, reine de la pop …

C’est à 21 h que la chanteuse débarque sur une scène à la configuration plutôt modeste, si on la compare aux shows gigantesques de ses précédentes tournées. Cinq musiciens, quatre choristes, et un écran vidéo, généreux en couleurs pastels, derrière le groupe. Taylor Swift n’a pas fait dans la dentelle : elle attaque le concert sur Me, premier single efficace de son dernier album. La foule au parterre est réceptive et le fait savoir en hurlant tout au long de la chanson. L’acoustique de la salle ne répond pas forcément à l’offre sonore (surtout si l’on se situe au balcon) mais qu’importe : l’essentiel est ailleurs. L’interprète, vêtue d’une robe de strass noir, et après quelques mots de présentation en français, assure un début de spectacle impeccable et (trop ?) formaté à son public qui en redemande. Elle enchaîne deux de ses plus grands tubes : Blank Space et I knew you were trouble. On croit alors que la reine de la pop va dérouler un show lisse et plaisant, quitte à manquer de sincérité. On a tort.

The Archer est le premier morceau à se distinguer. La chanson, et ses nappes synthétiques minimalistes, est l’une des plus réussies de son dernier album. Taylor Swift l’interprète avec une parfaite retenue, immobile derrière son micro, sous un éclairage bleu-mauve du meilleur effet. S’ensuit le premier gros succès de sa carrière, Love Story, qu’elle introduit par un commentaire faussement innocent : « c’est fou que je joue dans le monde entier cette chanson que j’ai écrite dans ma chambre à 17 ans ». L’énorme hit country-pop (9 millions de singles vendus aux Etats-Unis !) qu’elle a écrit et composé seule il y a dix ans nous rappelle que l’interprète est avant tout une auteure efficace. Delicate (seul extrait de son avant-dernier album Reputation qui sera joué ce soir-là) conclut cette première partie du concert. Le meilleur est à venir.

… mais surtout auteure et compositrice

 Il y a la Taylor Swift star planétaire, contrôlant sa carrière et sa communication avec une telle maîtrise qu’elle peut en agacer certains. Et puis il y a l’autre : celle qui livre ses états d’âme dans ses paroles, celle qui apprécie avant tout d’écrire et composer ses chansons elle-même. C’est cette dernière qui apparaît enfin lors du septième titre de ce concert. Guitare à la main, assise sur un tabouret, elle se confie sur ses nouveaux morceaux :  « ce serait bien de les jouer comme je les ai composées, toute seule sur un instrument ». Elle entonne alors le beau Death by a thousand cuts du dernier album et nous redécouvrons littéralement la chanson, bien meilleure ainsi, délivrée de ses artifices pop. Le set acoustique se poursuit avec le personnel Cornelia Street puis l’efficace et féministe The  Man et l’on se prend à songer à ce qu’aurait été Lover si la chanteuse avait osé offrir directement sur l’album ces versions épurées qui mettent en valeur la qualité de son écriture et sa sincérité. Sur scène, son interprétation est impeccable et inspirée. Puis l’artiste s’installe au piano et commence seule All too well, l’une des plus belles chansons de sa carrière, extraite de l’album Red, avant d’être rejointe par le groupe. L’émotion est présente et elle perdure avec deux nouveaux morceaux en piano-voix : un court extrait de Red, et puis Daylight, titre conclusif du dernier album et de ce set acoustique, point culminant du concert.

Force et limite

Le piano et le tabouret de la guitariste disparaissent. C’est déjà le retour de la chanteuse à succès. Style, tube de son album multi-platiné 1989 (son année de naissance), ainsi que son hymne contre l’homophobie You Need to calm down, deuxième single de son dernier disque, sont assurés sans anicroche. On apporte alors une guitare rose à la chanteuse qui interprète le joli Lover, la « chanson préférée de sa carrière à ce moment précis ». Enfin, le concert se termine évidemment par son succès mondial, le remuant Shake it off. Après une rapide présentation des musiciens, Taylor Swift s’éclipse, laissant à ces derniers le soin de finir le show. Les lumières se rallument au bout d’1h15. Les fans sont ravis, la mission semble accomplie.

Sans doute, la tournée mondiale qui s’ensuivra sera sensiblement différente de ce concert en partie plus intimiste boulevard des Capucines. Il montrera des lumières éblouissantes, des jeux de scène et une machinerie à la pointe de ce qui peut se faire dans la musique mainstream, au risque d’y sacrifier l’émotion. À l’instar de la critique de son dernier disque, Taylor Swift a offert ses deux visages ce lundi soir : celui de l’auteure-compositrice sensible et douée affleure réellement mais peine encore à supplanter l’autre, celui de l’ambitieuse icône de la pop mondiale; on se contentera donc encore du second, ce qui n’est déjà pas si mal.

Taylor Swift, album Lover disponible depuis le 23 août 2019
Site officiel

Article écrit par Tristan.