Repris dans la cadre d’un Festival d’automne qui s’étiole au gré des mesures sanitaires, Rituel 4 : Le Grand Débat d’Émilie Rousset et Louise Hémon, explore les arcanes de la politique médiatisée. À voir où la situation le permettra.*

Devenu passage obligé pour tout.e candidat.e à la plus haute fonction politique française, le débat du second tour de l’élection présidentielle n’en est pas moins aussi un spectacle médiatique attentivement orchestré. Faisant suite à une démarche aux accents ethnologiques débutée en 2015 avec Rituel 1 : L’Anniversaire, Émilie Rousset et Louise Hémon ont choisi cette fois-ci de disséquer les codes de ce rendez-vous politique et les sept rencontres qui en ont été données jusqu’à présent.

Rares sont les chanceux.ses à pouvoir fouler le plateau du Studio 101 de la Maison de la Radio en pleine organisation du débat présidentiel de l’entre deux tours. Et pourtant, la table aux mesures savamment étudiées, les trois caméras aux positions validées sont là, au T2G de Gennevilliers, comme en 1974 au temps de Giscard et Mitterrand. Sans oublier, pour ajouter au solennel, cette voix de speakerine retentissant sur tout le plateau pour rappeler les cadres de ce grave dialogue. Les deux participants prennent place. Liberté prise avec l’Histoire, l’un est une femme. Affirmation de la part des metteuses en scène : il ne s’agit pas d’une tentative d’imitation d’archives. Pas de déguisements, peu d’accessoires et les deux mêmes comédien.e pour jouer les neufs candidat.e.s. Plutôt que de donner à voir chronologiquement et individuellement la ou les partitions de chaque participant.e.s, Émilie Rousset et Louise Hémon ont pioché des bribes dans les sept débats, les inscrivant dans une logorrhée qui en dit plus sur le rite que sur ses intervenant.e.s. D’ailleurs les noms des participant.e.s représenté.e.s ne sont que rarement indiqués. La forme donc plutôt que le fond.

Alors que les saillies verbales s’enchaînent, un autre jeu est à l’œuvre. Au dessus de l’immense table séparant les deux tribuns, un écran projette la valse des images prises en direct par les trois caméras. Se découvrent des regards séducteurs, des mains explicatives, des tentatives d’évitement, des rictus moqueurs, d’intenses moments de recueillements, toute une palette de simagrées que maitrisent à merveille les deux comédien.ne. Jusqu’à ce qu’émerge une question : qui regardent-t-il/elle ? Ouvrant dès lors le champ à des réflexions plus ethnologiques : quels sont les buts de ce débat ? Pourquoi le médiatiser ? A-t-il une utilité à seulement quelques jours du second tour ? Ou au contraire doit-il être réformé et accepter par exemple les plans de coupe comme lors du débat Clinton/Trump aux États-Unis qui a inspiré celui Le Pen/Macron ? À qui s’adresse-t-il à une époque où il est de moins en moins suivi ? Serait-il un des vestiges d’une Cinquième République qui ne correspond plus aux attentes des ces citoyen.ne.s ? Toujours est-il qu’une chose semble certaine, la réponse ne sera pas à trouver sur le plateau où chacun.e est préoccupé.e à conserver sa place.

C’est ainsi qu’en l’espace d’une heure, dépassant le cadre de la représentation, Rituel 4 : Le Grand Débat, éveille de nombreuses réflexions au gré d’une exploration ludique – l’amusement de retrouver «qui a dit ça ?» – et plaisamment (en)jouée d’un des grands rituels de notre scène politique.

NB : À noter pour un aspect plus documentaire le film en deux parties diffusés opportunément ces derniers jours sur LCP « Face à face pour l’Élysée ».

Rituel 4 : Le Grand Débat
Conception et mise en scène Émilie Rousset et Louise Hémon
Avec Emmanuelle Lafon, Laurent Poitrenaux et la voix de Leïla Kaddour-Boudadi

*À l’Avant-Scène Cognac le 28 janvier, au Phénix – Valenciennes le 3 février, à la Comédie de Clermont Ferrand du 5 au 7 mai.