Un monde à portée de main nous plonge dans le monde de l’art et de la construction. Maylis de Kérangal nous embarque aux côtés de Paula, Kate et Jonas dans ce monde fait de trompe-l’œil et d’interrogation.

Paula est une adolescente incertaine. Elle vit à Paris avec ses parents, un peu perdue après son bac, elle intègre une école d’art à Bruxelles, une école qui forme à l’art du décor, du trompe l’œil ou encore du fac similé. Elle y rencontre Kate et Jonas, ses concurrents mais aussi ses amis, qui deviendront ses meilleurs alliés. Paula grandit dans cette expérience. Puis c’est le monde adulte.

Maylis de Kérangal décrit le parcours de Paula de son adolescence à l’âge adulte avec tout ce que cela implique.

Une plongée dans l’art

Paula se retrouve dans cette école d’art un peu par hasard, à Bruxelles, loin de Paris et de ses parents. Bien qu’ils soient des gens aimants, Paula apprécie cette indépendance. Dirigée par une directrice très présente et très dure, la narratrice va devoir redoubler d’efforts pour être à la hauteur de ses pairs, notamment Jonas, son colocataire et camarade de promotion.

« Ce qui se tient là, dans cette rue de Bruxelles au bas du quartier Saint-Gilles, rue quelconque, rue insignifiante, rue reprisée comme un vieux bas de laine, est une maison de conte : cramoisie, vénérable, à la fois fantastique et repliée. »

C’est une vraie plongée dans le monde de l’art et du décorum que nous offre ce roman. Maylis de Kérangal tisse une métaphore dans ce roman autour de l’art du trompe l’œil, cet art qui rend visible mais qui occulte la vérité en même temps, quelque chose qui se découvre à l’œil comme Paula tente de se découvrir.

« Le trompe-l’œil doit faire voir alors même qu’il occulte, et cela implique deux moments distincts et successifs : un temps où l’œil se trompe, un temps où l’œil se détrompe ; si le dévoilement de l’imposture n’a pas lieu […] cela signifie que l’on se trouve face à une idiotie. »

C’est aussi un roman très technique sur la peinture. L’auteure décrit très bien les œuvres que créent les personnages, on peut très facilement les imaginer devant soi : les veines du marbre, la dorure sur les paravents, l’écorce du bois… Ce roman nous plonge dans un musée imaginaire aux côtés des personnages. De même, on pourrait croire que l’on tient le pinceau avec eux. Maylis de Kérangal décrit chaque étape de la vie de Paula, chaque coup de pinceau que celle-ci trace : des périodes de stress, à cet atelier italien jusqu’à la grotte de Lascaux. On peut sentir à la lecture la tension dans les muscles de Paula, Jonas et Kate durant leurs longues nuits de création.

Un dévoilement pour le personnage

En suivant Paula dans cette école d’art, on suit son changement, ce qui la fait grandir, ses échecs et ses réussites, ses doutes. Maylis de Kérangal nous propose une héroïne forte avec ce roman, comme dans la plupart de ses romans, même lorsqu’elle est perdue, elle prend des décisions. C’est un long cheminement qui se conclu par une libération totale : Paula passe de l’adolescente perdue à la femme libre et totalement ancrée dans son espace.

Il y a ses amis, l’exubérante Kate et l’étrange Jonas. Au même moment où elle se découvre, où elle découvre la soif de créativité et de travail qui l’envahit, Paula découvre aussi Jonas. Ce n’est pas une relation d’amour conventionnelle que nous donne à lire Maylis de Kérangal mais quelque chose de plus profond, de plus doux et de plus intime, un lien très ténu et pourtant très fort entre ces deux personnages.

« Jonas est arrivé au matin, à l’heure où la nuit se relâche, desserre les chants des oiseaux. ».Ils se suivent, se rencontrent et puis se perdent pour se retrouver plus tard, ils jouent à cache-cache comme le trompe-l’œil joue avec le regard. « Paula s’avance lentement vers les plaques de marbre, pose sa paume à plat sur la paroi, mais au lieu du froid glacial de la pierre, c’est le grain de la peinture qu’elle éprouve. »

Un roman exigeant à l’image de l’auteure, d’une grande précision et d’une belle émotion. Ce monde à portée de main n’est pas tant celui de l’art que celui de la vie simplement.

« Un monde à portée de main », Maylis de Kerangal, Edition Gallimard/Verticales, 288 pages, 20 euros

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