Sous-titré « Propositions pour nos villes et nos territoires » le vif et concis livre de la présidente du Conseil national de l’ordre des architectes, Christine Leconte et de l’urbaniste, Sylvain Grisot, propose une série de réflexions sur l’avenir et notre façon de l’habiter. Réparons la ville ! en librairie.

État d’esprit pas si fréquent dans le paysage éditorial actuel, Réparons la ville ! se veut résolument optimiste. Après avoir fait les constats que la construction est « l’activité qui consomme le plus de ressources minérales et produit le plus de déchets en France », que seul 5% du sable mondial peut-être utilisé pour la fabrication du béton et que « construire un immeuble nécessite 70 fois plus de matériaux et produit 5 fois plus d’émission de gaz à effet de serre qu’une réhabilitation », il apparait non dénué de logique de se concentrer sur la réparation de l’existant. Certes, vis à vis des trois crises du siècle (climatique, biodiversité, ressources) « il nous faut accepter de vivre dans l’incertitude, improviser des solutions et organiser la résilience ». Les auteur.e.s nous disent que 80% de la ville du futur est déjà là. Nous sommes tenté.e.s de les croire lorsque l’on apprend, par exemple, qu’il y a en France 3 millions de logements vacants et que, rien qu’en région parisienne, il y a 2700 friches industrielles abandonnées, soit 4200 hectares de libre. C’est ainsi qu’à l’opposé de réflexions accablantes sur l’incapacité d’abriter (et de nourrir) toute la population mondiale accompagnant un retour au mythe survivaliste, les auteur.e.s proposent d’entamer un dialogue entre décideur.se.s et individus, entre urbain.e.s et périurbain.e.s.

Pour autant il ne s’agit pas seulement de discuter mais aussi de mettre en pratique les réflexions qui surviennent. À la fin de chacun des huit chapitres qui abordent autant les questions de matériaux, d’espace, de nature, de déplacements, de jeux, de politique, en bref de tout ce qui concerne vivre sur un territoire, une série de propositions fait figure de tremplin pour un présent en devenir. Que se passerait-il si nous questionnions les normes et réglementations qui semblent davantage favoriser la survie du marché mondial que celle des territoires et de ses habitant.e.s ? Si nous apprenions à connaitre les matériaux locaux comme la terre crue avec laquelle est bâtie 15% des logements en France ? Si nous privilégions une vision artisanale qui répare plutôt qu’une standardisation qui remplace ? Si le rêve n’était plus celui d’un pavillon entouré de ses quelques mètres de gazon mais d’un immeuble collectif où il y aurait une laverie, un jardin partagé, voire même des chambres d’ami.e.s communes ? Une affirmation vitale émerge : celle de réfléchir à pourquoi construire avant de penser à comment.

Livre non de rêves mais des possibilités qui nous entourent, Réparons la ville ! ébauche de percutantes pistes qui mettent à mal l’étalement urbain et la pollution carbonée qu’il engendre, tout autant que le paradis vert et disponible que serait la campagne. Plutôt que d’artificialiser chaque année entre 20000 et 30000 hectares, Christine Leconte et Sylvain Grisot invitent les terrestres français.e.s à dialoguer autour des « 3A du changement : adapter, adopter, abandonner ». Aussi surprenant que cela puisse paraitre, il semblerait bien que ce soit la ville qui nous permette de limiter notre empreinte.

« Réparons la ville ! », Christine Leconte et Sylvain Grisot, Éditions Apogée, 2022, 96 pages, 10 euros.