Marjorie Tixier, auteure de plusieurs romans et recueils de poèmes, signe en cette rentrée littéraire 2021 chez Fleuve éditions, un texte sensible, sincère et envoûtant qui transporte le lecteur dans un tourbillon d’émotions et l’emmène à la rencontre de Rosanie et Félice.

Mutique depuis une tentative de suicide à ses 18 ans, Rosanie s’est enfermée dans un monde silencieux. Félice, elle, est une femme sportive mais brisée depuis un tragique accident qui lui a fait perdre ses deux jambes. Rien ne les prédestinait à se rencontrer, et pourtant, elles vont apprendre l’une de l’autre et nouer une amitié forte qui les aidera à surmonter les épreuves de la vie.

La force des vaincus

« Je suis morte il y a longtemps. (…) Je vis de ma destruction survécue. (…) Les médecins prétendent qu’il n’y a pas de raison à mon silence. Moi, je sais qu’il y en a une. »

Rosanie vit dans le silence le plus complet depuis vingt ans. Vingt ans que son mari et sauveur, Antonin, la protège et qu’elle communique uniquement par écrit. Pourtant, à force de fréquenter les thermes de sa ville, d’échanger par écrit avec Félice, Rosanie va petit à petit casser ce mur de silence.

Rosanie est arrivée aux thermes par curiosité. Dès qu’elle a vu Félice, elle a été fascinée. Fascinée par sa force, sa détermination et sa volonté de continuer malgré l’amputation de ses deux jambes. Dans les thermes, chacun a son traumatisme, son obstacle à surmonter. Elle s’y sent à sa place, et surtout, cet endroit et Félice lui donne de la force et du courage : « – Comment fais-tu pour avoir autant de courage ? écrit Rosanie. (..) Je n’ai peut-être pas autant de courage que tu l’imagines. Mon état m’oblige à faire violence pour marcher avec des prothèses – et si j’étais aussi téméraire que tu le crois, je n’aurais plus si souvent besoin de ce fauteuil (…). J’aurais l’audace d’aller plus loin que cette petite ville thermale, comme tu as envie d’aller plus loin toi aussi. Et surtout, j’aurais enfin la force de retrouver l’océan. »

Car si le traumatisme de Félice et Rosanie est différent, les deux femmes ont pourtant de nombreux points en commun. Elles sont toutes deux originaires de Dinard et passionnées par l’océan. Une amitié solide se crée. Il y aura un avant et un après les thermes pour toutes les deux. C’est certain.

Petit moineau déploie ses ailes

« – Ton père te surnommait vraiment petit moineau ? s’étonne Antonin qui voit plutôt en sa femme une colombe. Rosanie s’entend rire. Surprise et gênée, elle dissimule son visage derrière l’enveloppe. On dirait une stridulation sortie d’une bouche d’ombre. »

Rosanie a toujours été très complice avec son père et ils allaient souvent à la mer ensemble. Ce surnom est comme un rituel. Rosanie et Antonin sont tous deux intrigués et effrayés par cette lettre où est inscrit le nom de jeune fille de Rosanie avec l’écriture de son père. Le nom de jeune fille de Rosanie remonte à son traumatisme et au début de sa vie dans le silence. Cette lettre peut être révélatrice comme destructrice.

La jeune femme fait face à un trou noir. Quelque chose en elle s’est effacé de sa mémoire et elle n’arrive pas à s’en souvenir. C’est cet élément qui l’a le plus affectée dans son mutisme que le geste lui-même. Ces derniers jours, elle a croisé un poème glissé dans la thèse qu’elle corrigeait. Un poème qui a fait écho en elle et l’a bouleversée au point de réussir à lire quelques vers à voix haute. Mais quelle vérité cache ce poème ? Quel événement Rosanie a-t-elle voulu supprimer de sa vie ? Pourquoi ces vingt ans de silence ?

Un autre bleu que le tien est un texte poétique qui nous montre que malgré les obstacles difficiles de la vie, il n’est jamais impossible de se relever. Entre force et fêlures, la plume de Marjorie Tixier retranscrit avec subtilité et poésie les maux de l’âme et les émotions. Une histoire de résilience portée par deux femmes inspirantes. Un texte qui se vit plus qu’il ne se raconte.

« Un autre bleu que le tien », Marjorie Tixier, fleuve éditions, 336 pages, 18,90 euros.