Dans un récit sur l’artiste et sur la femme, Gwenaëlle Aubry écrit sur Niki de Saint Phalle, son enfance et son art. Elle confie dans ce récit comment la femme a inspiré l’artiste. 

Qui ne connaît pas les drôles de personnages colorés de Niki de Saint Phalle ? Mais qui sont ces « Nanas » de l’artiste plasticienne ? Que cache l’oeuvre profondément engagée et féministe de Saint Phalle ?

Gwenaelle Aubry creuse dans l’enfance de l’artiste, elle déterre des témoignages, des vidéos, des documents manuscrits pour fouiller l’oeuvre. Alors qu’elle arpente le jardin toscan décoré par Niki de Saint Phalle, ce musée à l’air libre, Le Jardin des Tarots, elle cherche Catherine non plus Niki.

De l’enfance

Ce Jardin des Tarots que Niki a pensé et réalisé entre 1973 et 1993, est un lieu d’expérimentation mais aussi un jardin d’enfant. Ces sculptures réalisées avec son mari, Jean Tingeluy, sont inspirées des figures du tarot divinatoire. Mais leurs figures oniriques sont aussi effrayantes que déstabilisantes. Alors que vont penser les enfants de ces sculptures dans ce jardin des rêves ?

« Sans doute sait-elle que ce ne sont pas les monstres qui pourchassent les enfants, mais que l’enfance est elle-même le monstre auquel on tente, sa vie entière, d’échapper. »

Gwenaelle Aubry y voit les monstres de l’enfance. Ces monstres qui nous hantent, les monstres de Niki sont ceux de son enfance, celui de ce père qui l’a violée enfant, de cette famille dysfonctionnelle. Ce sont les monstres de l’enfance qui peuplent les oeuvres de l’artiste mais ce que montre le livre de l’auteure, ce sont les mécanismes de défense que Saint Phalle a mis en place pour se défendre et se sortir de cette enfance. Il y a les Nanas, le rire qui s’empare de ces oeuvres. Les oeuvres de Niki sont cette fuite en avant. L’idée est de montrer dans ces oeuvres le caractère sacré et fort du rêve et de l’art, pour se sortir de l’enfance.

« Mais Saint Phalle est une femme, alors on s’autorise à la designer par son prénom, comme on le fait pour les mannequins, les actrices, les autrices. »

De l’art

Ce sont des réflexions philosophiques sur le pouvoir de l’art, sur l’influence de Niki de Saint Phalle sur les autres artistes et inversement. Gwenaelle Aubry tire les fils de l’art, elle lie les artistes plasticiens entre eux, c’est autant un récit sur l’enfance qu’un plaidoyer sur l’art. Ce jardin toscan qui rappelle Gaudi, Louise Bourgeois, Le facteur cheval.

« Il n’y a au Tarot , ni vainqueur ni perdant, un mât, certes, mais pas d’échec : c’est soi-même que l’on joue, un soi multiple, kadeidoscopique, dissocié en figures impersonnelles dont les combinaisons offrent un miroir où contempler toujours un nouveau visage »

L’oeuvre de Saint Phalle est un engagement, on connaît cette photo d’elle tenant une carabine pour tirer sur les ballons emplis de couleurs. L’oeuvre de Saint Phalle, c’est la beauté de l’expression. Une ode à la rêverie et à l’enfance mais aussi une toile plastique de toutes les influences. Ces influences se rejoignent dans ce jardin toscan des rêves de Saint Phalle.

« Elle ne se raconte pas d’histoires, elle ne se bande pas les yeux : elle cherche derrière le crime privé, la loi générale. Cette loi qu’elle énonce, c’est celle de la domination, de la tentation du pouvoir absolu, mais aussi d’une « fausse » révolte et d’une « lamentable rébellion » »

Un livre exigeant sur la construction de l’artiste et de ses oeuvres qui parlera à tous les admirateurs de Saint Phalle.

« Saint Phalle. Monter en enfance », Gwenaëlle Aubry, Editions Stock, 280 pages, 20€