Sylvain Prudhomme confirme dans ce roman son amour pour les chemins, les routes, les tours et les détours. Par la voix de son narrateur, Sacha, Sylvain Prudhomme nous emmène de par les routes de France, en autostop.

Sacha est écrivain, et pour terminer son livre, il décide de partir vivre à V. C’est là-bas qu’il retrouve une vieille connaissance, l’autostoppeur. Les deux hommes se sont connus il y a vingt ans pour leurs études, et ont ensemble exploré les routes du monde en autostop. Désormais, leur vie a changé, Sacha est devenu cet écrivain, quant à l’autostoppeur il est marié et père. Mais jusqu’à quel point leur vieille passion pour l’autostop a-t-elle disparue ? Est-ce réellement de l’histoire ancienne ? Par les routes explore les chemins de la France mais aussi ceux de la vie.

Les détours

Quand Sacha décide de s’installer à V., il ne pensait pas tomber sur cet ami perdu de vue depuis longtemps. Le narrateur s’éloigne de la vie parisienne pour terminer son roman, pour profiter des heures longues et tranquilles que semble lui promettre la vie en province. Alors qu’il est venu se concentrer, il renoue avec celui qu’il nomme l’autostoppeur. « Je l’appelle l’autostoppeur car c’est ainsi, affublé de ce surnom qui n’aura jamais existé que pour moi ». Celui-ci vit avec sa femme, Marie, traductrice de Lodoli et père d’un petit garçon Agustin. L’autostoppeur finit par avouer à son ami qu’il continue parfois à faire ses voyages en stop, en France seulement et pour des courtes durées, mais qu’il lui arrive encore de partir. Ainsi se dessinent les trajectoires des personnages, tandis que l’un d’eux cherche la tranquillité, l’autre continue de vadrouiller, et à ces deux trajectoires s’ajoutent celle du personnage du roman de Sacha : celui d’une vieille femme qui comme eux parcoure le monde.

A travers ces chemins, chacun tente de retrouver le sien. Il y a Sacha, perdu face à cette rencontre impromptue mais face à sa propre existence, l’autostoppeur qui même s’il semble heureux reste attiré par la route, Marie qui ne tente plus de retenir ce mari perdu. Dans un road trip immobile où le moteur est celui des mots, chaque personnage parle beaucoup, de lui et des autres, mais dans le silence. Sylvain Prudhomme utilise des phrases courtes tout au long du roman comme pour imprégner cette urgence de devoir partir à nouveau mais aussi pour retenir.

Ces deux amis semblent se retrouver pour se perdre à nouveau sur les chemins de France, se perdre par les routes.

Ceux qui restent

« Le monde se divise en deux catégories. Ceux qui partent. Et ceux qui restent. » Il y a ceux qui partent mais il y a aussi ceux qui restent : Marie, Agustin et Sacha. Le trio nucléaire se forme et se déforme avec le départ de l’Autostoppeur. Comme une réminiscence du passé, une force conductrice, le retour de Sacha pousse le personnage à retourner se perdre sur les routes, à laisser sa place sans même le vouloir.

Alors, chacun avance à son tour, sur place, de façon immobile: Marie avance, dans sa traduction avec son personnage puis part pour mieux revenir, Sacha tente d’avancer avec son roman en se distrayant avec la peinture. Pour ceux qui restent, il s’agit de ne pas attendre, c’est ce que Sylvain Prudhomme écrit dans ce roman, comment ceux qui restent continuent d’avancer.

Alors ils regardent la France, à travers des cartes postales, des photographies, des visages. « J’ai plongé la main au fond, senti des petits rectangles de plastiques fins au bout des doigts. J’en ai pioché une dizaine, les ai sortis de l’enveloppe pour les regarder. Des polaroids. ». Ils partagent sans bouger. Pour ceux qui restent, il faut mettre en ordre ses affaires, sans détours pour continuer à vivre. Il faut parler pour avancer, c’est aussi ce que tente de nous dire Sylvain Prudhomme dans ce roman. Partir, comme une fuite, pour ne pas avoir à parler ou parce qu’on ne sait pas faire autrement. « Moi je suis fatigué. Fatigué du voyage, j’ai demandé. Fatigué surtout du retour, il a souri faiblement. »

Un roman sur les interrogations, sur les chemins de la vie, l’histoire d’une fuite impossible.

« Par les routes », Sylvain Prudhomme, Edition L’Arbalète/Gallimard, 304 pages, 19 euros