Mauvaises herbes est un chant d’exil et d’amour. Dima Abdallah écrit dans ce premier roman la difficulté d’être au monde, de vivre en étant déracinée et marginale.

Beyrouth. La guerre déchire le Liban mais aussi le cœur de la narratrice de douze ans et de son père. Proches et en même temps dans l’incapacité de communiquer l’un avec l’autre, le roman alterne les points de vue de ces deux narrateurs. Après Beyrouth vient la séparation et l’exil à Paris, pour la fillette, laissant derrière elle un père meurtri et un pays dévasté.

Dans un roman fascinant et bouleversant, Dima Abdallah explore les relations père-fille et le sentiment d’être comme inadapté au monde, être une « mauvaise herbe » dans la société.

Une impossible communication

Le roman s’ouvre sur la narration d’une jeune fille de douze ans, qui vit sous les bombes de Beyrouth. La voix féminine de ce roman que nous suivons dans la construction de sa vie, de son enfance à son adolescence difficile, sa volonté de s’échapper par tous les moyens. Elle cherche à fuir le monde, où elle ne se sent pas à sa place.

« Il ne sait pas lui. Je ne peux pas lui dire. Il ne sait pas ce que c’est pour moi, des les entendre crier et des les abandonner, lui, la marjolaine, le jasmin et le rosier. »

Ce père, qu’elle aime, avec qui elle alterne la narration. Les deux voix de ce roman sont ces mauvaises herbes du titre du roman. Ils sont perdus dans ce monde, avec comme porte de sortie l’écriture, la poésie pour elle comme pour lui. Puis il y a cette passion commune qui les lie dans leur silence : les fleurs et les plantes. Ils prennent soin de ces plantes comme ils prendraient soin l’un de l’autre. « Je ne lui réponds pas mais ce n’est pas trop grave, on se parlera plus tard. »

Quand la narratrice ainsi que sa mère et son petit frère sont forcés de fuir la guerre au Liban pour Paris, la famille laisse tout derrière eux, y compris leur père. L’homme resté seul au Liban ne cesse de se lamenter pour sa famille, il continue à s’occuper des plantes en pensant à cette fillette à qui il tenait le pouce quand il venait la chercher en urgence à l’école.

Une vie déracinée

Dima Abdallah écrit sur la difficulté de vivre dans un pays qui n’est pas le sien. Elle décrit l’exil et comment cet exil renforce pour le personnage son impression d’être inadaptée pour ce monde. Déjà perdue quand elle était cette petite fille à Beyrouth, l’adolescente se cherche encore plus, à travers les excès qui l’entrainent toujours plus loin du monde et de son père.

Le roman explore la sensation d’être hors le monde. Le parcours de la jeune narratrice, ses relations abusives avec les personnes qu’elle rencontre puis la délivrance. C’est ce qui jalonne ce premier livre.

« Je ne suis pas complétement foutue. Je suis peut-être bien un peu guérie, va savoir. Demain je me souviendrais de comment respirer. »

Ce père qui est toujours au Liban, qui continue à écrire en buvant du café et en prenant soin des plantes. Toujours loin l’un des autres, la famille continue de vivre en exil. Cette relation de non-dits entre le père et sa fille s’accentue. Ils doivent renouer avec eux-mêmes pour pouvoir renouer entre eux, c’est toute la difficulté du roman.

Roman époustouflant sur les mauvaises herbes que sont ces personnages, doux et amer, Mauvais Herbes se dévore.

mauvaises herbes dima abdallah

« Mauvaises herbes », Dima Abdallah, Sabine Wespieser Editeur, 240 pages, 20€