Le nouveau roman de Stefansson nous invite à parcourir les fjords islandais avec mélancolie, un roman doux et amer dans un calme saisissant.

Le roman prend place dans un village reculé, loin de l’agitation de la capitale, dans les fjords de l’Ouest. Village où l’été est aussi court que le jour, où l’on sait que soit on s’enfuit tôt soit on reste toute la vie, les protagonistes se croisent et se dévoilent sous la plume du narrateur.

Une collection de portraits

Le narrateur nous introduit dans ce village islandais, il parle de ses habitants en utilisant le « nous » intégrant ainsi le lecteur à cette communauté.
On entre alors avec lui dans un village tout à fait anonyme, les gens se croisent à la Coopérative, dans les rues quand il ne fait pas trop froid ou pas encore nuit.
Tout semble calme dans cet endroit perdu aux confins du monde, on pourrait presque croire qu’il ne se passe rien.

« Il y avait jadis tant d’innocence dans le monde, qu’ici, au village, il suffisait d’employer un policier à temps partiel, le chemin qui menait au Ciel était sans doute plus court et celui descendant vers l’enfer d’autant plus long. »

Puis un jour, le patron de la Laiterie qui fait vivre le village, se met à avoir des hallucinations et à parler latin, il devient l’Astronome, il donne des conférences obscures sur les astres et les messages contenus dans le ciel. A partir de cet événement, le narrateur nous introduit dans les maisons de chaque habitant.

Dans cette première partie du roman, Stefansson nous décrit presque chaque personne vivant là. Il décrit avec vivacité les relations entre les uns les autres : ce policier mal dans sa peau et son fils taciturne, le maire et sa femme, la postière qui ouvre le courrier, les employés de la coopérative…

Avec ce roman, le narrateur nous fait découvrir une galerie de portraits, plus intenses et intimes les uns que les autres.

Dans les maisons

Mais plus qu’un simple roman choral, Stefansson nous invite à découvrir de l’intérieur ce que cachent ses personnages. Dans un pays où l’été est aussi court que la lumière du jour, chacun semble se révéler la nuit.

« Nous sommes décidément très doués pour énoncer des évidences, mais ne vous y trompez pas, les mots les plus simples expriment souvent les questions fondamentales. »

Il y a Jonàs, ce garçon étrange, perdu et taiseux qui se révèle un peintre hors pair. Ou encore l’apparition du restaurant d’Anna en une nuit qui devient un immense succès sans que personne ne le prédise. Il y a les fantômes du village qui hantent Kjartan à l’Entrepot aussi.

« Si nous continuons à accumuler ces histoires, si nous peinons autant à nous arrêter, c’est peut-être aussi parce que celui qui a pour projet de décrire la vie a tendance à en étirer le fil – tout ce que nous entreprenons est d’une manière ou d’une autre une lutte contre la mort. »

Derrière cette galerie de personnages que nous fait découvrir l’auteur se cache une critique de la société qu’il décrit comme oppressante. On y apprend les souffrances de chacun, la pression qu’ils recoivent, les injonctions de la société.

« La mer, une tasse de café, les bavardages de l’eider, les galets que les vagues submergent et qui remontent à la surface pour respirer. Je fais deux choses – respirer et penser à toi. »

Un grand roman sur la vie dans un petit village.

« Lumière d’été, puis vient la nuit », Jon Kalman Stefansson (traduit de l’islandais par Eric Boury), Editiosn Grasset, 320 pages, 22,50€