Dans un récit très dense, Alma Guillermoprieto revient sur son expérience de professeur de danse à Cuba en 1970 à l’Ecole Nationale des Arts. Ce voyage va profondément changer la jeune danseuse, en bousculant ses idéaux politiques.

Alors élève de Merce Cunningham, celui-ci vient la trouver pour lui proposer ce poste à Cuba. C’est un peu un choc pour elle qui aurait préféré intégrer sa compagnie. Faisant une croix sur ses ambitions, la jeune danseuse de 20 ans décide de faire ses bagages et de partir pour Cuba.

Elle qui ne connaît alors rien du pays va tout y découvrir et se découvrir elle même.

Une page de vie

Pour la jeune danseuse, ceci est un échec, elle a alors l’impression qu’on lui coupe les ailes avec ce poste. Cet exil forcé n’enchante pas Alma Guillermoprieto, elle voit ça comme la fin de sa carrière.

« Quand je pensais à Cuba, Manhattan me semblait de nouveau une île joyeuse et pleine de possibilités, et les embûches sur la route avaient l’air moins insurmontables. Mais dès que j’envisageais l’éventualité d’annuler ce voyage et de rester à New York, mon avenir s’assombrissait de nouveau. »

A Cuba, elle donne des cours de élèves en 4ème et en dernière année du cursus de danse de l’Ecole. Elle leur enseigne la technique des deux plus grands chorégraphes de l’époque avec qui elle a elle-même travaillé : Martha Graham et Merce Cunningham.

« Martha était la chorégraphe la plus reconnue au monde pour avoir, depuis les années 1930, révolutionné non seulement la danse, mais le théâtre. »

Tout est différent pour Alma dans ce pays qu’elle appréhende. Née au Mexique puis immigrée à New York lors de l’adolescence, elle cherche des similitudes entre les trois pays sans y parvenir. Tout est différent, la nourriture, les activités. Les jeunes danseurs à qui elle donne cours l’étonnent, ils n’ont rien à voir avec leurs pairs aux Etats-Unis.

« Ces jeunes étaient déjà habitués à ce qu’on leur donne le rythme avec les mains ou avec un petit tambourin, et c’est pour cela qu’ils avaient, me semblait-il, si peu de nuances dans leurs mouvements. »

Cette année à Cuba va profondément heurter Alma Guillermoprieto dans sa façon de danser, de voir la danse, ce que pour elle cet art raconte par rapport à ce qu’il représente pour les élèves. Il n’y a pas de miroir dans les salles de danse, il n’y a pas non plus de musique, pas de piano, pas de métronome. Tous les outils dont elle devrait disposer lui sont enlevés, c’est ainsi qu’une nouvelle manière d’enseigner la danse va émerger en elle.

Et l’après ?

Ce long récit est aussi celui de l’éveil politique d’Alma. Cela va ébranler la jeune femme dans toutes ses convictions. En 1970, tous les journaux vantent l’objectif de la « zafra » des 10 millions bientôt proche pour continuer l’effort.

Elle découvre ce pays révolutionnaire, les macheteros, les jours de services obligatoire pour les jeunes. Elle-même va suivre ses élèves pour aller cueillir la canne à sucre.

Ces 6 mois sont fondateurs puisqu’elle va quitter la danse pour devenir journaliste. Elle analyse ce pays, les rites, les coutumes, la politique. Et dans ce récit, elle raconte comment elle a compris, comment sa conscience s’est éveillée.

Un livre sur la danse et sur la politique, sous la plume vivace et acerbe de l’ancienne danseuse.

« La Révolution, la danse et moi », Alma Guillermoprieto (traduction par Vanessa Capieu), Editions Marchialy, 364 pages, 22€