Dans un premier roman fracassant, Ruchika Tomar décrit la vie dans le désert du Nevada à travers le regard de deux jeunes adolescentes en quête de reconnaissance et de liberté. Aussi tendre que tragique, la destinée de Cale et Penny est une ode aux plaines désertique et l’accomplissement de soi, un brin Thelma et Louise

Cale a été élevée par son grand-père, le charismatique Lamb, dans une petite ville au Nevada, Pomoc. Après le lycée, elle devient serveuse dans le diner de la ville, c’est là qu’elle rencontre Penny, cette ancienne camarade de lycée, la fille la plus populaire. Une amitié se lie entre les deux jeunes femmes que tout semble opposer et pourtant… Jusqu’au jour où Penny disparaît subitement.

Adulescentes

Penny et Cale sont deux jeunes femmes perdues, sans but, échouées dans ce diner et au milieu du désert. Quand Penny met tout en œuvre pour partir, Cale l’observe. Narratrice du roman, Cale est aussi discrète que Penny est sulfureuse. Elles survivent chacune comme elles peuvent dans cette jungle qu’est la vie. Au milieu des routiers, des passes louches dans le Texaco du coin ou encore de la vente de drogue, Penny tente de se frayer un chemin vers la sorite de Pomoc.

« Nous allions traverser cet été côte à côte. Nous allions nous épanouir, crâner… Tout allait bien se passer, je le savais. »

Ruchika Tomar réussit le pari de nous faire ressentir ce désert, on peut se figurer les alignements de mobil homes, les terres arides et le désespoir de ces jeunes condamnés à errer sur ces terres. Cale et Penny sont ces adolescentes défavorisés qui n’ont pas les moyens de faire des études, de partir trouver un travail ailleurs et qui sont réduites à stagner au milieu du désert sans opportunité.

Elles explorent pour le meilleur et pour le pire les alentours de la ville, les plaisirs en sortie. Elles cherchent une sortie de secours mais souvent derrière cette porte, ce n’est pas le bien qui les attend. Au cœur de ces personnages souffle un puissant vent de liberté et une rage de vivre malgré les étapes qu’elles traversent.

Les gens du désert

Construit comme un puzzle, les chapitres du roman ne s’enchaînent pas dans l’ordre. Il suffit de lire les numéros des chapitres pour savoir où on se situe dans l’histoire. Pour donner de la force à ce récit, les souvenirs sont mêlés au temps présent, à la recherche de Penny après sa disparition. Avec ces aller-retours, on voit grandir les jeunes femmes mais aussi on voit poindre les drames.

A côté de Penny, Cale doit s’occuper de ses chiens mais surtout de son grand-père malade. Alternant les passages sur Penny et sur la maladie de Lamb, un portrait de Cale se dessine. Jeune femme introvertie, elle se dévoile dans les chapitres sur sa vie avec Lamb et dans sa quête.

« Peut-être les bleus sur mon visage lui rappelaient-ils que j’étais faillible; peut-être qu’il commençait à douter de ma capacité à vivre sans lui. Peut-être que je commençais à en douter moi-même. Mais le résultat était le même : l’un de nous tendait en cet instant vers l’indulgence, se penchait vers l’autre pour s’excuser »

Ce roman parle des gens du désert, ceux qu’on a oublié. C’est un roman sur la violence, sur les solitaires et la misère, sur les laissez pour compte. C’est une fresque sur une partie de la société qu’on oublie un peu trop, sur la violence de la vie adolescente dans une communauté faite de drogue et de prostitution.

Prière pour les voyageurs est empli d’une rage de vivre, celle de Cale et de Penny. Roman doux amer, suivre les deux jeunes femmes dans leur quête est aussi douloureux que palpitant.

« Prière pour les voyageurs », Ruchika Tomar (traduit par Christine Barbaste), Editions La Croisée, 416 pages, 22€