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« Hôtel Sahara », l’exposition collective à voir aux Magasins Généraux

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L’exposition « Hôtel Sahara » s’inscrit dans la saison culturelle Africa 2020 initiée par l’Institut français. Les œuvres ont été produites par les Magasins Généraux qui hébergent l’exposition du 12 juin au 02 octobre 2021.

Un projet d’envergure

L’exposition a mobilisé trois commissaires d’exposition, Anna Labouze & Keimis Henni, directeurs artistiques des Magasins généraux, et Maïa Hawad, doctorante en philosophie politique, ainsi que dix artistes : Alex Ayed, Tewa Barnosa, Salim Bayri, Tayeb Bayri, Hiba Elgizouli, Famakan Magassa, Sara Sadik, Ahmed Serour, Hanin Tarek et Ismail Zaidy.
Le projet a pris une proportion inattendue dans le contexte de la crise sanitaire : les artistes sont rentrés de résidence juste avant le confinement, après avoir vécu à la lisière du Sahara. Les confinements successifs, qui n’ont eut de cesse de repousser l’exposition, ont alors amené les artistes à disposer de plus de temps pour s’interroger, pour pratiquer une autoréflexion au sujet de leur relation avec le Sahara, thème de l’exposition et espace si proche de leurs origines respectives et pourtant si éloigné de leur existences.
Vues de l’exposition « Hotel Sahara », Magasins généraux, Pantin, 12 juin − 2 octobre 2021
Photo. Tadzio − © les artistes & Magasins généraux
L’exposition réunie des artistes originaires du Maroc, de la Tunisie, de l’Algérie, de la Libye, de l’Égypte, du Mali et du Soudan ayant tous une rive sur le désert, frontière naturelle. Les artistes ont exploré leurs expériences intimes avec le désert. Tantôt ignorée, tantôt oubliée, cette immensité de sable alimente les fantasmes de l’imaginaire collectif, réputée dangereuse, quasi-infranchissable. Ce presque un non-lieu est bordé de pays dont les habitants, eux mêmes, le méconnaissent. Ainsi, explorant leur intime, leurs souvenirs, les artistes sont revenus sur la trace de leur passé : qu’est-il ce désert ? Projetant leurs impressions, loin de l’espace dangereux qu’il paraît et loin de l’imaginaire colonial que nous en avons en France.
 Malgré l’oubli, la distance et le tabou…
Tewa Barnosa, calligraphe et plasticienne, affirme, en contradiction avec le titre de l’exposition, « le Sahara n’est pas un hôtel », texte défilant sur un panneau LED. Elle dénonce ainsi, avec cette installation également composée de haut-parleurs, les médias internationaux qui font passer comme mineures les violences, les déplacements massifs de civils, la guerre du pétrole et de l’or qui prennent place au milieu du désert. Salmi Bayri, plasticien, vidéaste, performeur et musicien marocain, dénonce également l’image erroné que les Occidentaux ont du désert. Suite à une performance autour des archives coloniales et du bâtiment des Archives nationales d’outre-mer à Aix en Provence, il déclara : « J’ai tapé et c’était plat. » Ces artistes mettent en garde contre un imaginaire occidental et colonial, mais surtout erroné, un imaginaire fondé sur des fantasmes et des mensonges encore aujourd’hui véhiculés.
Vues de l’exposition « Hotel Sahara », Magasins généraux, Pantin, 12 juin − 2 octobre 2021
Photo. Tadzio − © les artistes & Magasins généraux
Hanin Tarek, danseuse et chorégraphe, travaille aussi loin de la perception sublimée de cette étendue dangereuse et inerte. Grâce à une chorégraphie présentée par un système qui évoque une salle de caméras de surveillance, elle montre l’activité foisonnante du désert. Entre espace militaire et richesse du sol, un réel dispositif de surveillance est installé dans le désert, à l’image des dispositifs présents dans les villes. Aussi entre réalité et fantasme, Ismail Zaidy, photographe, se joue des dunes qui peuplent l’imaginaire du Sahara mais qui ne représentent qu’un quart de sa surface.
Mohamed Tayeb Bayri, artiste vidéaste, musicien et digital marocain, a travaillé sur l’oubli du désert. Il a proposé une installation vidéo qui retrace sa réflexion autour de ses souvenirs, ses rêves et ses traumatismes imprégnés du désert. Ahmed Serour, designer et couturier égyptien travaille aussi la notion de mémoire : il a reconstitué en 3D des objets aux formes floues qui évoquent une archéologie fictive. Le Sahara abrite les fantasmes d’un oasis gay, un tourisme s’est alors développé autour de cette question, les touristes cherchant alors les traces de ce paradis orientaliste gay. L’artiste a créé des objets potentiels et fantasmés, comme un archéologue de l’onirisme et d’une potentielle vérité historique effacée.
Vues de l’exposition « Hotel Sahara », Magasins généraux, Pantin, 12 juin − 2 octobre 2021
Photo. Tadzio − © les artistes & Magasins généraux
Sara Sadik, vidéaste et performeuse, fait la liaison entre le rêve et la réalité. A la manière d’un documentaire, elle joue avec le tourisme qui prend place dans un Eldorado créé de toute pièce, une oasis loin des étendues de sable. Un endroit bien réel mais également un fantasme érigé, un « tourisme d’oasis » entre rapprochement géographique du désert mais aussi éloignement de sa véritable nature.

… s’entremêlent et se célèbrent les cultures

Mais par-delà l’espace empêché et surveillé, par delà les kilomètres arides, le Sahara est un lieu de passage et pas seulement une frontière. Famakan Magassa, met à l’honneur dans ses peintures des scènes d’une danse pratiquée conjointement par les Touaregs et les Songhaï. Leur culture est commune au-delà de leur histoire houleuse. Il représente des danses et leur force universelle. Inspiré par les enregistrements de Takamba qui circulent sur les réseaux sociaux, il ajoute une dimension contemporaine à sa peinture par le biais de micros qui rappellent la pratique du karaoké. Hiba Elgizouli, chanteuse et musicienne, puise aussi son inspiration dans l’universalité de la danse et de la musique, en créant une vidéo de femmes venant des quatre coins du Soudan. Elle mène ainsi une réflexion sur l’universalité et la diffusion de la culture.
Vues de l’exposition « Hotel Sahara », Magasins généraux, Pantin, 12 juin − 2 octobre 2021
Photo. Tadzio − © les artistes & Magasins généraux
 Enfin, pour célébrer ce pont entre les populations, pour rendre hommage au Sahara moins hostile qu’il parait et qui est aussi un lieu de passage entre les histoires de vies, de traditions et de pays. Alex Ayed, plasticien et musicien, a composé un EP pour l’exposition. La prolongeant ainsi hors des murs des Magasins Généraux : circulation du projet comme des sons du Nord de l’Afrique et d’ailleurs, avec la collaboration des artistes de la résidence. Dans cette volonté d’affirmer ce lien nouveau avec le Sahara ou de le recréer, tous les artistes de l’exposition se sont réunis pour bâtir une œuvre collective : une carapace dans laquelle le public peut s’abriter, hors du temps, de l’espace, emplie d’un bruit blanc. Une carapace sombre et protectrice qui, pourtant, ne limite pas l’imagination. Cette capsule commune, prend la forme d’un scarabée géant dont l’espèce peuple le désert, libre de ses mouvements, sans se soucier des frontière politiques humaines. Un bel hommage collectif en conclusion de l’exploration intime du Sahara.

Hôtel Sahara


Magasins Généraux

1 rue de l’Ancien Canal
93500 Pantin
Gratuit

Du mercredi au dimanche
De 12h à 19h
A voir jusqu’au 2 octobre 2021