Première mise en scène de la chanteuse et comédienne Ludmilla Dabo, My body is a cage propose une réflexion sur la fatigue dans un pétulant cabaret haut en paillettes. À découvrir au Théâtre de la Tempête jusqu’au 3 octobre.

« Comment ça va ? – Bien et toi ? Bien. » De cette interrogation commune devenue systématique à chaque rencontre, Ludmilla Dabo a entrevu le paradoxe d’une société du bien-être où la vulnérabilité n’a pas voix au chapitre. Partant de son expérience d’artiste, épanouie, certes, mais qui n’en passe pas moins par d’intenses moments d’abattement, elle a convoqué quatre autres comédiennes (Anne Agbadou Masson, Alvie Bitemo, Malgorzata (Gosia) Kasprzycka, Aleksandra Plavsic) afin d’en explorer les recoins autant physiques que psychiques. Compagnonnes de galère, elles cinq n’hésitent pas à s’essorer corps et cordes vocales dans une suite de performances chantées, dansées, criées, digne du « Plus grand cabaret de fatigue du monde ».

Paillettes et yeux qui piquent

Il y a des paillettes, de la musique à grosses basses, des talons hauts, des robes pleines de strass et au milieu, à l’intérieur, cinq comédiennes venues parler de leur fatigue jusqu’à s’épuiser devant les spectateur.ice.s. Sous le feu des projecteurs, l’humour et le glamour sont de mise. C’est avec ces deux oripeaux que Ludmilla Dabo, en meneuse de revue, organise l’assaut. D’un tour général du public tout le monde semble pouvoir répondre affirmativement à la sempiternelle question : « Comment ça va ? ». Il n’en faut pas plus pour lancer le rire sarcastique de la patronne du lieu. Et le.la travailleur.se aspiré.e par le rythme métro-boulot-dodo, comment va-t-il.elle ? Réponse en chanson.

Passion

Ainsi si l’assistance semble confortablement installée dans un « ça va bien » stable et régulier, qu’en est-il de ces comédiennes que l’on vient voir sur scène au milieu de projecteurs brûlants et de sons assourdissants ? Car sous ses airs fanfarons, la pièce emmène les spectateur.ice.s sur un sujet remuant. Invoquant cette incitation à l’épanouissement, à vivre de sa passion, les comédiennes dévoilent la difficulté d’un métier précaire, fluctuant, qui ne cesse d’accaparer du temps et de l’énergie. Il ne s’agit pour autant pas d’un chant du cygne, d’un renoncement à la scène. Cette profession est aimée et choisie mais elle est aussi envahissante et épuisante dans son exigence de corps malléables à merci. Il n’est pas question non plus d’incriminé un public vampirisant l’énergie des interprètes contre quelques euros, mais plutôt d’affirmer le droit à la faiblesse et à la prise en compte de celle-ci.

De ce ballet virevoltant de fatigues naît l’envie de crier, remuer, ou tout simplement dire dans un élan cathartique. Je remercie les comédiennes pour ça. Et si certain.e.s se demandent pourquoi il ne s’agit que des femmes sur scène, ce serait oublier que la charge mentale supportée encore majoritairement de nos jours par la gente féminine, ne disparait pas une fois sous les sunlights.

« My body is a cage »
Texte e mise en scène Ludmilla Dabo
Avec Anne Agbadou Masson, Alvie Bitemo, Ludmilla Dabo, Malgorzata (Gosia) Kasprzycka, Aleksandra Plavsic
Collaboration artistique Catherine Hirsch

crédits image : Jérémie Levy
Au Théâtre de la Tempête jusqu’au 3 octobre.