Damien Cadio propose, jusqu’au 08 mai et uniquement sur rendez-vous à la Galerie C de Paris, l’exposition « Mélange » composée huiles sur toiles. Elles figurent des natures mortes, ponctuant ainsi l’élégance de la peinture d’une certaine étrangeté, comme d’un danger planant.

Memento Mori

C’est Tom Masson, directeur de la Galerie C de Paris, qui présente le mieux le trait de l’artiste : « Précis, cadré et extrêmement minutieux, le travail de Damien Cadio montre le banal : ici quelques fleurs fanées oubliées dans un vase, là un verre, de lourds rideaux de velours rouge. Le banal certes, mais où y figure l’étrangeté et le mystère. »

Vues d’exposition, Mélange, Damien Cadio, Galerie C – Paris, 2021, photographies : Aurélien Mole

Dans l’exposition, on retrouve ces natures mortes qui paraissent banales, dans un format que l’artiste avait pour habitude d’affectionner : des memento mori de 30*40 centimètres. Ces fleurs fanées appellent à se souvenir d’un temps qui n’existent plus, en deux tableaux posés l’un à côté de l’autre. L’un blanc, l’autre noir, en négatif.

L’affection de Damien Cadio pour les jeux de perspective propose une œuvre vertigineuse. Ici encore, des fleurs fanées, coupées même, évoquant l’herbier. Dans toute la verticalité de l’œuvre, s’étendant au mur, elles sont à taille humaine, elles dominent presque le public. Pourtant, dans un jeu de perspective, l’esprit ne parvient pas à se convaincre qu’il n’est pas en train de regarder une œuvre, comme posée au sol, de toute sa hauteur. Comme s’il observait des fleurs sur une table d’autopsie.

Ainsi, ces œuvres fleuries rappelle son univers avec ses formats et thématiques habituels. Le tableau nait du détail et amène l’artiste à s’interroger sur ce qu’il voit, sur ce qu’il regarde réellement. L’exposition « Mélange » offre ainsi un panel de la pratique de l’exposition, juxtaposant les formats, le passé et le présent.

Changement de format

« Mélange » fait fi des habitudes de Damien Cadio. Des formats bien plus grands sont explorés pour des thématiques inattendues. Endless summer, une huile sur toile de de 190*260 centimètres accueille le visiteur aux portes de la galerie. La grande toile a été créée en 2020 à partir d’une photographie issue de la presse, elle représente la récente tragédie qu’ont été les feux de forêts.

Vues d’exposition, Mélange, Damien Cadio, Galerie C – Paris, 2021, photographies : Aurélien Mole

Inspiré par les paysages de nature à l’anglaise, il en démultiplie le format. Ces valons, soumis aux vents à perte de vue, ont aussi quelques choses du Romantisme allemand du XIXe siècle, on peut notamment penser aux œuvres de Caspar David Friedrich.

Pourtant, le tableau est dénué de toute humanité. La nature se consume et part littéralement en fumée. L’épais nuage gris s’étalant sur les trois quarts du tableau, plus que le feu, l’action de la détérioration, c’est le signe qu’il est déjà trop tard qui prend une place prépondérante dans l’œuvre. De la nature, il ne reste bientôt que des cendres, elles-mêmes des témoins de la main de l’homme. De vie, il n’y en aura plus, seulement la signature de l’humanité.

En face de cette œuvre saisissante, une nouvelle huile sur toile, proche du surréalisme figure des mains présentant des pinces de crabes au regard du public. Comme sortant de la toile, en réponse aux incendies, les mains brandissent en trophée le crabe démembré. Dans cette peinture d’abord innocente, la violence de l’arrachement de membre, du déracinement, devient palpable au fil de l’observation de l’œuvre. Ces crustacés, là des millions d’années avant l’humanité, tout comme les arbres, se trouvent détruits par la main de l’homme.


Damien Cadio
Damien Cadio
Jusqu’au 08 mai
RDV : tom@galeriec.ch
Galerie C
6 rue Chapon
Paris

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