Été 2021, une poignée de journalistes et producteur.ices indépendant.es évoquent l’idée de réaliser un film d’investigation sur le paysage médiatique français. Alors que l’échéance des présidentielles française accélère la machine, voilà comment en 4 mois et demi Média Crash est né. Documentaire d’enquête, il fait l’autopsie des médias français privé, et le triste constat de leur rôle crucial dans la fabrique d’une information biaisée.

Co-produit par Médiapart, site d’information français et indépendant et Premières Lignes, agence de presse et société de production, spécialisée dans le journalisme d’investigation, Média Crash, réalisé par Valentine Oberti (journaliste à Médiapart) et Luc Hermann (directeur de Premières Lignes), décortique les rouages de l’évolution des médias et leur impact sur le débat public.

© Premières lignes – Mediapart

Qui a tué le débat public ?

Construit en 3 parties, le documentaire fait le constat suivant : le débat public est mort. Et tel un Cluedo, il pose la question suivante : qui a tué le débat public ?

La France concentre à l’heure actuelle un nombre important de médias privés et près de 90% des médias français sont détenus par 9 milliardaires. Tout au long du film, on suit une enquête passionnante, qui démontre comment ces milliardaires usent de leur pouvoir économique pour influencer le paysage médiatique. Et pour le prouver, Média Crash met en avant comment ces médias arrangent la mise en avant de l’information, grossissent ce qui est accessoire et orientent le débat public.

Il y classe les cas de figure : il y a les «  incendiaires » qui hystérisent et annihilent le débat public, il y a les « barbouzes » qui se font le relai complice d’intérêts et qui cachent l’important pour mettre en avant le superflu, et pour finir il y a ceux au sein desquels on étouffe les enquêtes et on participe à l’intimidation des journalistes. La sentence est irrévocable : la concentration des médias privés dans les mains d’une poignée d’hommes aux intérêts personnels avérés signe la mort du débat public.

L’extrême-droitisation des médias

Média Crash s’attarde aussi notamment sur le rôle des médias dans la concrétisation de l’agenda politique de Vincent Bolloré, milliardaire français, homme d’affaire, catholique traditionaliste, qui n’est pas étranger à l’irruption toujours plus criante d’Éric Zemmour dans le débat public. Le documentaire de Valentine Oberti et Luc Hermann donne à voir les rouages de l’effacement des frontières entre les faits et les idéologies assumées, et la mise en route de la grande machine Bolloré pour asseoir l’extrême droite dans ce débat.

© Premières lignes – Mediapart

Liberté de la presse ?

Média Crash c’est aussi la réalité du journalisme de terrain. En 2021, la France est 34e au classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse. Méthodiquement, le documentaire s’attache également à décortiquer les pratiques d’intimidation vécues par les journalistes. Qu’il s’agisse rôle de la superpuissance médiatique de Vincent Bolloré dans le musellement de l’information concernant les investigations relatives à ses autres activités, ou les pratiques de l’État de français dans la tenue de conflits armés et la mort de civils outre Europe, le documentaire donne de précieux éléments de compréhension de la santé journalistique de notre pays.

Réalisé en 4 mois et demi, Média Crash a les défauts de ses ambitions : celle de relancer le débat public à l’aube des présidentielles. Si la forme est parfois rapide et ce dû, à une réalisation pressée, il s’agit d’un documentaire passionnant et essentiel, qui a la grande vertu de faire preuve de justesse, et de remettre au centre de l’information ce qui nous fait défaut médiatiquement : les faits, et le respect des faits.

Média Crash, de Valentine Oberti et Luc Hermann, en salles le 16 février