Du 14 avril au 5 juin 2016, la toute jeune galerie La hune met à l’honneur vingt-et-un tirages du photographe anversois Marc Lagrange, extraits de son ouvrage photographique Senza Parole. Une ode à la beauté argentique, féminine et fantasmée.

Carole piscine © Marc Lagrange
Carole piscine © Marc Lagrange

Marc Lagrange est né en 1957, en Belgique. Déjà jeune photographe, il préfère l’argentique au numérique, l’intime et l’émotion aux effets artificiels. On le connaît pour ses polaroïds géants, il éblouit surtout par ses photographies du féminin : textures des épidermes, grain d’émotions et regards félins, Marc Lagrange était l’un de ces insatiables perfectionnistes guidé par des femmes qu’il suivra toute sa carrière et dont il fera ses muses. Internationalement reconnu, au même titre que les plus grands représentants du 8eme art comme Helmut Newton ou Irving Penn, son premier livre Diamonds and pearls a été publié dans plus de 80 pays. Créateur prestidigitateur d’atmosphères singulières, Senza Parole ajoute à la présence féminine un protagoniste spatial : la ville de la Pietrasante et le Handelsbeurs à Anvers accompagnent avec élégance ses corps dénudés. Au cœur de son œuvre, on retrouve un rapport très fort à l’intimité et au rêve, à la séduction et au fantasme. Senza Parole dévoile ces nus superbes, ces compositions à la fois naturelles et exotiques qui font l’apanage du style du photographe disparu en décembre 2015. L’exposition, séductrice, nous attire avec vingt-et-un tirages en noir et blanc développés sur papier gélatine argent (tirés de Senza Parole) ainsi qu’avec huit tirages platinum inédits.

Snow White © Marc Lagrange
Snow White © Marc Lagrange

Les femmes, chez Marc Lagrange, ne sont pas toujours belles. Elles le sont, physiquement, mais leurs visages ne sont jamais figés dans une expression entendue sur papier glacé : la femme souffre, elle domine aussi. Docile parfois, elle se laisse surplomber parce qu’il en va de son souhait. Ces femmes sont faites dans la pierre de ces personnages à la fois puissants et vulnérables. Aussi rigides et fortes que des colonnes de pierre, un geste de la main a vite fait de trahir chez elles une douceur toute féminine. Elles se font vaniteuses sans être superficielles, s’observent dans le miroir, se peignent et s’habillent des traits de l’émotion. Toujours parées des attributs féminins les plus classiques, talons hauts, maquillage, lèvres rouges, leur naturel revient bousculer le regard du spectateur : poils pubiens assumés, joueuses, espiègles et réveillées au saut du lit, elles bouleversent toute possibilité d’objectivisation. Nues souvent, comme les statues que l’objectif de Marc Lagrange les fait côtoyer, elles deviennent un objet d’art à part entière. La seule objectivisation que ces superbes supportent avec affront est celle de la sublime aliénation artistique.

Atelier © Marc Lagrange
Atelier © Marc Lagrange

Il y a quelque chose de toujours sauvage dans ces regards de femmes pourtant prises dans les cordes d’une réflexion scénique. Marc Lagrange les pare de coiffes en plumes de paon, de lourds bijoux orientaux, de maquillages charbonneux et de couvrantes burquas. La femme est diverse et les environs suivent ses transformations, de l’atelier d’artiste à la cuisine d’un chalet en passant par un grand jardin verdoyant, Marc Lagrange a l’art et la manière de la mise en scène. Grâce à la douceur de son regard, il transforme ces visages fermés en attitudes porteuses d’émotions, qui hésitent tout au long de l’exposition entre abandon libérateur et retenue puissante.

Nadège © Marc Lagrange
Nadège © Marc Lagrange

Une superbe exposition hommage à cet artiste incontournable, qui a su faire naître des évènements là où l’on n’en trouvait plus, et sublimer des corps que l’on ne voyait plus. En tant que femme, il est très émouvant de voir ces corps dévoilés mais puissants, vulnérables mais sauvages : ces femmes libres toujours dévisagent et toisent le spectateur ébahi avec la force de grandes verticales.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here