Cette année encore, Untitled Magazine est fier d’être partenaire du MaMA Festival qui se déroulera les 16, 17 et 18 octobre à Pigalle, avec plus de 120 concerts prévus ! Nous avons pu poser quelques questions à la programmatrice, Ségolène Favre Cooper. 

Les 16, 17 et 18 octobre, le MaMA Festival & Convention fêtera dignement ses dix ans d’existence avec plus de 120 concerts programmés dans dix salles de Pigalle ! Côté convention, ce sont près de 6 000 professionnels de la filière musicale qui seront aussi au rendez-vous ! Comment prépare-t-on un tel événement ? Et surtout, comment choisit-on les 120 artistes qui se produiront durant ces trois jours de fête et de musique ?

Alors que pour l’édition 2018, nous avions choisi de mettre en avant des voix féminines, nous sommes heureux de voir que cette année encore, le festival poursuit sa quête de parité et d’éclectisme. Une tâche parfois ardue mais à laquelle s’adonne avec plaisir Ségolène Favre-Cooper, programmatrice du MaMA Festival depuis sa toute première édition ! En fiers ambassadeurs du MaMA, nous avons voulu lui poser quelques questions…

Gaël Faye – © Florian Duboé

Bonjour Ségolène ! As-tu le temps d’aller voir les concerts pendant le festival ?
Je n’ai quasiment pas le temps non ! En général je passe mes trois jours à régler des problèmes !

Y-a-t-il une édition qui t’a marquée ? Un souvenir particulier ?
Il y en a plusieurs pour différentes raisons… C’est difficile de répondre car en neuf éditions l’événement a beaucoup changé ! En 2010 on a dû monter l’évènement en six mois, on était sur une quarantaine de concerts en deux jours et on était en billetterie par soir et par salle jusqu’en 2014 ! Après on est passés en bracelets jours pour tout le monde… Le festival a beaucoup évolué, y compris dans sa construction ! On ne programme pas un festival avec un accès multi-lieux pour tout le monde ou juste pour les pros et les médias, et on ne programme pas de la même façon pour un mercredi qu’un vendredi…

L’édition 2017 m’a quand beaucoup marquée parce qu’on avait passé un cap en termes de staff et en exposition, il y avait beaucoup plus de pros, beaucoup de shows, et une programmation dont on était particulièrement fiers… Mais celle de l’année dernière aussi ! Par exemple ce n’est pas tout le temps que les artistes nous remercient en direct ou sur les réseaux sociaux, et quand Boris Brejcha – qui n’est pas n’importe qui et qui nous avait fait le plaisir de venir sur une soirée – fait un tweet le lendemain avec plein de cœurs partout et un merci ça fait super plaisir ! Et en même temps cette même année on a eu un lieu qui nous a plantés le jour-même au moment de l’ouverture des portes ! Il a fallu trouver un autre lieu en moins de 24h… Et finalement on a réussi ! On a maintenu tous les artistes ! Lors de la première édition, il nous est aussi arrivé une énorme galère sur les accréditations et je m’en souviens encore… C’est un contraste !

Boris Brejcha – © BenPi

Comment choisis-tu les artistes que tu programmes au MaMA ?  
Déjà je ne suis pas toute seule ! Je pense qu’on travaille mieux ensemble que tout seul, et particulièrement quand on parle du MaMA qui est un « showcase event », donc littéralement un « événement vitrine », dont le but est de montrer aux pros, aux médias et au public des artistes qui viennent de partout dans le monde… Et en plus dans une certaine forme d’éclectisme. Il faut donner une photographie de ce qui se passe, de ce qui se fait, avoir de la nouveauté, avoir des retours etc. On est plutôt sur des artistes qui ont quelque chose de nouveau à présenter, un nouvel album, un nouveau live, une performance particulière… Ou bien sur des « newcomers », c’est-à-dire de nouveaux artistes. En fait c’est un Tétris géant ! Et on essaye de faire en sorte que ce Tétris soit cohérent et équilibré. Pour cela je travaille cette année avec trois personnes en plus de notre équipe : Philippe Le Breton, directeur du Festival Bars en Trans à Rennes, Benoit Maume qui est programmateur et booker chez Play Two et Alexandre Stevens qui est co-fondateur de KuratedBy et qui fait aussi de la programmation pour des festivals et des scènes… C’est bien parce qu’on a des sensibilités et des expertises très différentes : l’idée c’est d’échanger sur les propositions qu’on a et de construire quelque chose ensemble.

Etes-vous libres dans vos choix ? Avez-vous des pressions, des contraintes ou est-ce que ce ne sont que des artistes coups de cœur ?
Sur le MaMA on fait de la présentation d’artistes. Le but de l’événement est aussi de réunir la filière musicale donc on n’est pas là pour fêter notre anniversaire ! Je le dis souvent parce que c’est vrai ! Et on n’est pas là non plus pour faire une compétition d’ego ! C’est-à-dire que lorsque l’on programme un artiste, on n’est pas là pour dire : « Je l’ai fait en premier, c’est moi qui l’ai découvert ! »  D’ailleurs ce n’est pas comme cela que ça se passe… Quand un artiste fonctionne, c’est que tous les voyants sont au vert parce que tout l’entourage et l’artiste travaillent d’arrache-pied. Et aussi que ça prend ! Parce que parfois il y a beau avoir tout ce qu’il faut ça ne prend pas, c’est comme ça… C’est l’injustice de ce milieu, mais c’est aussi ce qui fait paradoxalement sa beauté…

Forcément on a des pressions de partout, des partenariats, des focus sur certains pays… Tous les festivals ont leurs contraintes, nous c’est dans la diversité des artistes qu’on programme. Il y a beaucoup de styles, des artistes qui en sont à des stades de développement différents… On doit attirer un maximum de monde, sans pour autant aligner seulement des têtes d’affiche. D’abord parce qu’on n’en n’a pas les moyens, et puis parce qu’on n’est pas là pour ça…Après oui on a des coups de cœur ! Au sein du comité, on n’est pas tous d’accord et c’est tant mieux ! Ce qui compte c’est de confronter des avis. Cette année il y a pas mal d’artistes qui ont fait consensus, c’en était presque ennuyeux ! (Rires) Sur le focus Portugal en revanche c’est un programmateur portugais qui a été sollicité dans le cadre du partenariat. On essaye de faire notre métier bien et avec des artistes en qui l’on croit, mais voilà… On ne fait pas notre anniversaire et c’est comme ça ! Et c’est tant mieux !

Michelle David – © Gaëlle Evellin

Quels sont tes gros coups de cœur dans la programmation cette année ?
Alors le problème c’est qu’il y en a pour 4h ! (Rires) J’ai beaucoup de mal à mettre des artistes en avant plus que d’autres. Je pourrais disserter sur chaque artiste de la programmation… Moi j’invite plutôt les gens à regarder, à écouter, et à ne pas s’arrêter aux enregistrements existants. Parfois il faut vivre le live ! Par exemple il y a Lazer Viking un artiste tchèque et Pedro Mafama un artiste portugais qui jouent le même soir au Carmen le vendredi 18… Et ce sont deux ovnis ! Il faut vraiment les voir sur scène et ne pas s’arrêter aux enregistrements disponibles en streaming pour bien comprendre ce que c’est.

Après il y a des choses qu’on a voulu défendre cette année, comme montrer le hip hop dans sa diversité, et on n’a pas eu beaucoup à se forcer ! On a voulu montrer différents types de hip hop et mettre en avant plusieurs artistes féminines car il y en a de plus en plus et on ne les voit pas forcément. Je me souviens d’une interview d’une artiste qui s’appelle Chilla, que l’on avait programmée au tout début de sa carrière. Elle disait que quoiqu’elle fasse, elle se coupait de la moitié de son public potentiel car les garçons ne venaient pas écouter ce qu’elle fait, en partant du principe qu’elle était une fille et donc qu’elle parlait de « trucs de filles » qui ne les concernaient pas… J’ai trouvé que c’était assez juste, et nous ça nous tenait à cœur de mettre en avant ces artistes-là. Que ce soit Lean Chihiro, Yseult, Lala &ce ou encore Tessa B… On pourrait en citer d’autres… Cette année on est à 40% d’artistes féminines* sur la programmation, et l’objectif est d’arriver à 50% en 2022. On est contents parce que cela avance bien et, encore une fois, on ne se met pas la pression sur cet objectif. Cela se fait assez naturellement, probablement parce qu’on est plus attentifs aussi… En tout cas en dix ans la différence se sent beaucoup !

MaMA Festival & Convention
Les 16, 17 et 18 octobre 2019 à Paris (quartier Pigalle)
Billetterie :
Pass 1 jour de 21 à 24 €
Pass 3 jours à de 52 à 55 €

*À partir du moment où une femme est sur scène (membre du groupe ou musicienne).

Photo de couverture : Bobun Fever – © Gaëlle Evellin