Nouvelle création du metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski, L’Odyssée. Une histoire pour Hollywood revient sur le mythe de l’errance d’Ulysse pour questionner la possibilité d’une histoire après l’Holocauste. À découvrir à La Colline jusqu’au 21 mai.

Peut-on raconter la barbarie nazie ? Une fiction est-elle possible face à l’horreur ? Un ailleurs se dessine-t-il quelque part ? Voilà plus de soixante dix ans, depuis la découverte des camps d’extermination nazis, que ces interrogations n’ont de cesse de se poser. À la recherche de résonances contemporaines, Warlikowski convie une cohorte de figures fictives et réelles pour explorer le passé.

Tout part d’un écho lointain entre l’antique odyssée d’Ulysse et celle moderne d’Izolda Regensberg qui se fit volontairement déporter pour retrouver et sauver son mari. Persuadée, au sortir de la guerre, que son histoire devrait être adaptée au cinéma et interprétée par Elizabeth Taylor, elle décide de la raconter à Hanna Krall, romancière polonaise. Sans connaitre le but de sa démarche (humaniste ? égoïste ? cathartique ?), les spectateur.rice.s assistent à la fictionnalisation de sa vie. Le sempiternel débat qui oppose la fiction et le documentaire est ainsi relancé comme lors de cette rencontre entre l’équipe du film et Izolda, ou cette autre, plus tard dans la pièce, entre Claude Lanzmann et Steven Spielberg. Mais qu’en est-il du théâtre ?

Dans un décor immuable mais mobile, les scènes s’enchainent, les personnages changent. Un moment il s’agit d’Ulysse revenant à Ithaque. Un autre d’un officier SS interrogeant Izolda. Un autre encore de la rencontre des philosophes Martin Heidegger et Hannah Arendt dans la Forêt noire. À d’autres moments sont projetés des extraits de Shoah, de Doctor Faustus avec Richard Burton et Elizabeth Taylor. Une vision kaléidoscopique de l’histoire de l’occident est jouée sous les yeux du public. Certes, c’est en connaissant son passé que l’on comprend son présent, mais quid de la dimension contemporaine que le metteur en scène semblait vouloir convoquer ? N’aurait-il rien à montrer d’actuel ? Avec l’addition de ces saynètes Warlikowski donne l’impression de s’intéresser davantage à retrouver l’élan d’un récit fondateur qu’à explorer les nouvelles expressions d’une histoire en cours. Le fil narratif se perd dans les méandres à ciel ouvert de la mémoire du metteur en scène. Reste au public de faire lien ou non avec son présent. À cet égard, l’apparition finale du drapeau ukrainien, au moment du salut des comédien.ne.s, semble une bien maigre incursion de l’actualité.

Malgré une interprétation vivante proposée par l’importante troupe de comédien.ne.s, L’Odyssée. Une histoire pour Hollywood a du mal à transmettre un certain dynamisme historique. Les trois heures et demi de spectacle apparaissent longues et complaisantes.

« L’Odyssée. Une histoire pour Hollywood »
Mise en scène Krzysztof Warlikowski
D’après L’Odyssée d’Homère
et Le Roi de cœur et Roman pour Hollywood d’Hanna Krall
Avec Mariusz Bonaszewski, Stanisław Brudny, Roman Gancarczyk, Magdalena Cielecka, Ewa Dałkowska, Bartosz Gelner, Małgorzata Hajewska-Krzysztofik, Jadwiga Jankowska-Cieślak, Wojciech Kalarus, Marek Kalita, Hiroaki Murakami, Maja Ostaszewska, Jaśmina Polak, Piotr Polak, Jacek Poniedziałek et à l’image Maja Komorowska et Krystyna Zachwatowicz-Wajda

à La Colline jusqu’au 21 mai.