Coup de cœur du jury du festival des Filministes de Montréal, Grand Prix et Prix du Meilleur Film du Zinegoak de Bilbao, « Les Sentiers de L’Oubli » est le premier long-métrage de Nicol Ruiz Benavides. Il raconte avec douceur la quête d’indépendance, d’identité et de liberté d’une septuagénaire, à Lautaro au Chili.

Claudina (Rosa Ramirez Rios) est une femme septuagénaire qui tombe dans la précarité à la suite de la mort de son mari et qui, se trouve dans l’obligation de déménager. Elle est alors hébergée chez sa fille, Alejandra, maman d’un petit Cristobal. Dans cet environnement, elle va rencontrer Elsa (Romana Satt), force d’indépendance, et renouer avec de vieux amis, marginaux de la ville.

©OutplayFilms

El Porvenir

Claudina a 70 ans. Elle connaîtra le véritable amour avec Elsa, sa nouvelle voisine, une femme de 65 ans. Elles fréquentent le Porvenir (« L’avenir »), un bar « caché » dans une vieille baraque que l’on croirait abandonnée, à la périphérie de la ville. S’y retrouvent les « marginales.aux » de Lautaro, libres et fièr.es, dans cet espace de résistance d’une ville conservatrice du sud du Chili.

Les Sentiers de l’Oubli dresse le portrait de ces personnes marginalisées socialement, du fait de leur orientation sexuelle mais aussi de leur identité de genre. En miroir, il met en avant cet environnement qui sans cesse leur est hostile et intolérant. Des regards de travers à la propagation de rumeurs, en passant parles agressions verbales, on perçoit dans ce film toute la violence, parfois insidieuse, du rejet de ces marginalités.

©OutplayFilms

Les Sentiers de la liberté

Mais la quête d’identité n’est pas qu’affaire d’orientation sexuelle. Les Sentiers de l’Oubli est avant tout, et c’est dans cela que réside sa force, un film sur ce que c’est de se chercher, de se trouver et de se construire en tant que femme. C’est un film sur l’abandon des rôles sociaux qu’endossent les femmes au cours de leur vie : mère, mariée, senior, veuve. Que nous reste-t-il lorsque l’on a rempli tous ces rôles et que le dernier qui est destiné aux femmes âgées est celui de l’invisibilité ?

Il faut du courage pour aller chercher l’indépendance et s’affranchir de ce qui nous est destiné socialement. C’est ce que Claudina trouve, dans son histoire d’amour, dans laquelle elle découvre que son avenir lui appartient.

©OutplayFilms

Il faut du courage aussi pour proposer un film qui met en scène deux femmes âgées, qui vivent une histoire d’amour. Dans une tribune du Monde de mai 2018, Marina Tomé et Catherine Piffaretti, actrices et co-responsables d’AAFA-Tunnel de la comédienne*, dénonçaient l’invisibilisation des comédiennes d’un certain âge. Celles-ci ne vieillissent pas à l’écran, elles disparaissent.

Si l’industrie du cinéma nous a appris pendant des années que les femmes doivent disparaître avec l’âge, malgré les quelques simplicités du film, c’est une expérience particulièrement touchante de les voir s’émanciper à l’écran.

*AAFA-Tunnel de la comédienne est une commission créée au sein de l’association Actrices et Acteurs de France Associés, visant à changer les représentations des femmes de plus de cinquante ans dans l’audiovisuel.

Les Sentiers de l’Oubli, de Nicol Ruiz Benavides, sortie le 4 août 2021 en salles.