Un an après Il est juste que les forts soient frappés, Thibault Bérard nous propose un second roman intime où joies et drames se mêlent. Une véritable ode au lien maternel, au-delà du lien du sang.

Cléo et Théo sont tous deux de jeunes êtres abîmés par la vie et ses épreuves. Lorsqu’ils se rencontrent, Théo est veuf et père de deux enfants : Camille et Simon. Cléo, elle, est toujours rêveuse mais porte en elle le deuil de son père, Paul, parti trop tôt, le poids d’une mère bien trop souvent absente et d’une sœur confrontée à ses propres démons. Amoureux l’un de l’autre, un choix s’offre à eux : se battre pour leur amour et vivre leur histoire malgré leur situation compliquée ou renoncer à cette aventure.

Être mère : par accident, d’adoption, dans le désordre

Thibault Bérard nous offre un roman choral où, tour à tour, les témoignages se succèdent. On commence avec Diane, la mère de Cléo, qui revient sur le lien qu’elle a pu créer avec ses enfants et sur son rôle de mère qu’elle a tenté de fuir. Partir pour mieux revenir. Cléo et sa sœur, Solène, ont grandi principalement aux côtés de leur père, Paul, et de leur frère adoptif, César, dans les montagnes. Diane fuyait cette responsabilité et ne revenait que pour de courts séjours au domicile familial. « Tout autre personne que Cléo, je crois, aurait été frappée par un violent sentiment d’injustice en constatant à quel point il m’a été facile de les [Simon et Camille] reconnaître comme miens, de leur prodiguer de l’attention et d’avoir même pour eux – si vite ! – des regards et des gestes tendres. Moi-même, je serais bien en peine d’expliquer comment cela s’est fait. Depuis la mort de Paul, onze ans maintenant, je ne suis plus tout à fait la même femme, c’est un fait. La mère en moi s’est révélée à la seconde où sa nuque s’est brisée sur la roche… »

Ensuite, vient le tour du récit de Paul et de sa nostalgie des bons moments en compagnie de ses enfants et de sa femme. Il revient sur le moment où sa vie a basculé lorsqu’il est tombé de la montagne : « Ce n’est pas la chute qui m’a tué, c’est la colère. Si longtemps j’ai cru qu’en faisant de mon corps une caverne, ou une grotte, le feu des émotions allait s’y éteindre, s’y atténuer de sorte qu’elles mourraient de leur belle mort… » Métaphoriquement, comme Diane, Paul cherchait à échapper à ses émotions. L’escalade en montagne était son échappatoire. Une pratique dangereuse qui lui sera fatale et laissera une profonde blessure dans le cœur de ses proches. Notamment Cléo, qui à l’âge adulte et au moment de sa rencontre avec Théo, sera toujours en deuil de son père.

Au-delà du lien du sang

Par amour, Cléo relève le défi de s’intégrer dans la famille de Théo et de créer un lien véritable avec ses enfants, qui ont perdu leur mère trop tôt. Une tâche difficile et délicate. Cléo ne souhaite pas remplacer Sarah, leur mère biologique. Elle veut avant tout être là pour eux. Être une personne sur qui ils peuvent compter et en qui ils peuvent avoir confiance. « Je ne lui [à Théo] dis pas qu’au-delà de nos merveilleux instants à deux, ma réponse signifie aussi qu’un jour, le cœur battant exactement aussi fort qu’en ce moment même, je franchirai le portail de sa maison, terrifiée et ivre de joie à l’idée de rencontrer ses enfants. Nos enfants. »

Cléo arrivera-t-elle alors à se faire accepter par les enfants de Théo et à créer ce lien maternel, fort, puissant et véritable, au-delà des liens du sang ?

Les Enfants véritables est un récit doux, intense et émotionnellement fort. On passe du rire aux larmes et de la joie au doute. C’est mélodieux et harmonieux. Il y a beaucoup de tendresse, de gratitude et de résilience dans la plume de Thibault Bérard.

« Les Enfants véritables », Thibault Bérard, les éditions de l’Observatoire, 288 pages, 20 euros.