Auteure du best-seller Ceci est mon sang : Petites histoire des règles, de celles qui les ont et ceux qui les font, Elise Thiébaut signe avec L’Amazone verte un livre important et nécessaire sur la pionnière de l’écoféminisme, trop vite oubliée.

Dans cette biographie romancée, Elise Thiébaut retrace la carrière et la vie de Françoise d’Eaubonne, pionnière de l’écoféminisme. Elle y dresse le portrait d’une femme militante, engagée et intelligente. On la découvre alors dans son intimité comme dans ses combats.

Pionnière laissée dans l’ombre

Françoise d’Eaubonne, ce nom vous dit-il quelque chose ? Vaguement. Et pourtant, c’est l’une des figures emblématiques du féminisme. Françoise d’Eaubonne (1920-2005) a été l’une des pionnières dans ce mouvement consacré à l’égalité de la femme sur les plans sociaux, économiques et politiques. Le terme d’écoféminisme qu’elle défend « consiste à penser qu’il y a un lien entre l’oppression des femmes et la destruction de la planète ». Pour elle, l’oppression des femmes et la destruction de la planète sont liées par le « lapinisme phallocratique, consistant à mettre au monde de plus en plus d’enfants et à devoir exploiter de plus en plus de ressources pour les nourrir », engendrant ainsi la pollution, le nucléaire, les multiples guerres dans le monde et les batailles de pouvoirs.

C’est un monde fondé sur la hiérarchie, avec en tête le mâle et en bas la femelle, c’est-à-dire un monde où les femmes sont en première ligne des discriminations et des inégalités. Vous l’aurez compris, Françoise d’Eaubonne était une visionnaire de l’écoféminisme et abordait déjà des sujets comme la théorie du genre, inconnue à l’époque, et pourtant bien présente aujourd’hui.

Je ne suis pas née pour mourir

Dans son roman Je ne suis pas née pour mourir paru en 1982, Françoise d’Eaubonne raconte l’histoire de Thécla, une amazone, qui naît au sein d’une société matriarcale. Elle vit toutes les époques et des moments historiques forts : rencontre avec des Vikings, révolution française, mai 68. Et pourtant, quelle que soit l’époque à laquelle elle est confrontée, elle n’est jamais satisfaite. Elle doit toujours s’adapter et apprivoiser ce nouveau monde. En ce sens, ce roman est comme un miroir de la vie de Françoise d’Eaubonne. L’écoféministe va connaître et vivre des moments forts et importants mais devra toujours s’adapter, apprivoiser son époque et se battre pour se faire entendre. En parallèle, elle prendra part à de nombreuses batailles. Elle fera partie du M.L.F (Mouvement de libération des femmes) et du FAHR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) et militera à leurs côtés.

Décidément pas née pour mourir, Françoise d’Eaubonne n’échappera pas à son destin et vivra une vie mouvementée, entre combats politiques, militantisme et vie intime chaotique. L’amazone verte, comme Elise Thiébaut l’appelle, mourra en août 2005 dans l’indifférence, mais se voit ici, par cet ouvrage, offrir une certaine reconnaissance et revivre : « 12 mars 2020. Aujourd’hui j’ai 100 ans et je n’ai pas peur du coronavirus, parce que je suis déjà morte. Je m’appelle Françoise d’Eaubonne et j’ai inventé trois mots qui disent tout de ma vie : phallocrate, écoféminisme et sexocide. »

L’Amazone verte est un livre qui redonne vie à Françoise d’Eaubonne et la sort de l’oubli. Un portrait à la fois intime, sans tabous, et politique. Un texte indispensable qui éclaire le lecteur sur cette figure de l’écoféminisme restée dans l’ombre trop longtemps.

« L’Amazone verte », Elise Thiébaut, éditions Charleston, 243 pages, 18 euros.