Il est parfois difficile de faire le tri parmi les presque 600 ouvrages qui sortent à chaque rentrée littéraire, et il est surtout trop cher de tous les acheter en grand format. Alors, pour celles et ceux qui sont patient.e.s, voici quelques livres de la rentrée littéraire de l’année dernière qui sont désormais disponibles en poche !

Tu m’as laissée en vie, Camille Beaurain & Antoine Jeandey

Camille a rencontré Augustin en ligne alors qu’elle n’avait que 15 ans, et lui 22. Mais après quelques semaines d’échanges virtuels, elle a su qu’il était l’homme de sa vie, et qu’elle voudrait vivre près de lui, quel que soit son mode de vie. Et Augustin n’a pas une vie facile : il est agriculteur, éleveur de porcs plus précisément, ce qui lui prend tout son temps et son énergie. Pas de jours off, pas de congés… Et malgré toutes ces heures de travail acharné, une situation financière très compliquée.

Alors le 27 octobre 2017, Augustin met fin à ses jours, après des années de dépression, soutenue par Camille et par son frère Thomas, pour essayer de joindre les deux bouts. Camille nous raconte leur quotidien, faisant preuve d’une tendresse pour celui qui deviendra son mari, et d’un courage à toute épreuve quand elle essayera de sauver la ferme familiale – et son mari par la même occasion. Mais elle ne se heurte qu’à l’indifférence : celle des banques qui refusent de revoir le taux d’emprunt exorbitant fixé à 6%, celle de la MSA qui ne les protègent pas, ou encore celle de sa propre famille qui exige le paiement de son fermage à l’heure.

Croulant sous les dettes, le couple n’arrive pas à sortir la tête de l’eau. Et c’en est trop pour Augustin qui, à 31 ans, ne veut plus se battre dans une société où il ne retire que peu de reconnaissance et de revenus bien qu’il s’échine auprès de ses porcs chaque jour. Alors Camille décide de prendre la plume et – aidée du journaliste Antoine Jeandey -, elle met en lumière les conditions de vie et de travail des agriculteurs en France : elle accuse le système de l’avoir tué, de ne lui avoir, dès le départ, donné aucune chance de s’en sortir. Un livre bouleversant d’honnêteté qui force à repenser notre rapport à ceux qui nous nourrissent chaque jour.

« Tu m’as laissée en vie », Camille Beaurain & Antoine Jeandey, Editions J’ai Lu, 128 pages, 6,30€

Dévorer le ciel, Paolo Giordano

Pouilles, Italie. Teresa passe ses étés avec son père chez sa grand-mère à Speziale. Un soir de chaleur et d’ennui, elle surprend trois jeunes hommes se baigner dans la piscine : Nicola, Tommaso et Bern. Ils vivent tous trois dans la ferme voisine avec leur père Cesare, religieux fanatique, et Floriana, épouse soumise.

La vie se Teresa se retrouve bouleversée par cette rencontre. Entre Turin et Speziale, sa vie est liée à celle des trois garçons, surtout à celle de Bern.

Paolo Giordano écrit un superbe roman d’amour et d’amitié. Chacun des personnages conte chacun son tour sa relation avec Teresa et Bern. Les affres de cette relation amoureuse, de ce qu’elle fait aux autres et à eux-mêmes sont au cœur du roman. Mais c’est aussi un puissant roman écologique. Bern s’engage dans un groupe de militants écologiques, il construit ses croyances autour d’eux, puis autour de son amour pour Teresa. Les souffrances de chacun se mêlent au destin hors norme du couple.

Touchant et renversant, Dévorer le ciel est une histoire d’amour et de croyance, Bern se dépasse quand Teresa le soutient. A lire d’une traite, ce roman nous réchauffe autant le cœur qu’il nous l’écorche.

« Dévorer le ciel », Paolo Giordano (traduit de l’italien par Nathalie Bauer), Editions Points, 504 pages, 8€60

Rapsodie des oubliés, Sofia Aouine

Prix de Flore 2019

Abad, treize ans, habite à Barbès, dans la rue Léon. Depuis qu’il a fui le Liban avec ses parents, sa vie n’est plus la même. Entre les coups de son père, détruit par l’exil, et l’humiliation et le silence de sa mère, l’adolescent s’est trouvé un nouveau refuge : la rue. Enchaînant bêtises sur bêtises, passant de malfaisant à délinquant, il raconte sa vie, dans cette jungle.

Une jungle, ou plutôt la cour des miracles ! Elle est peuplée de petites gens, d’oubliées qui vivotent. Comme s’ils avaient été tous mis là, au même endroit pour ne pas gêner les bourgeois avec leur misère. Ces laissés-pour-compte, malmenés, fatigués, meurtris par la vie mais qui pourtant vont remplir le quotidien d’Abad, telles des bouées de sauvetage qui lui permettront de se construire, de ne pas sombrer. On y rencontre Odelle, la vieille dame abandonnée à l’hospice, Gervaise la prostituée au destin tragique mais aussi Batman, la jeune fille séquestrée par son frère salafiste… Des oubliés qui s’appuient les uns sur les autres avec un même espoir : avancer.

Dans Rapsodie des oubliés, Sofia Aouine nous parle sans filtre, sans misérabilisme de ces invisibles qu’on laisse trop souvent sur le bas côté. Sexe, religion, misère sociale, condition féminine, elle se saisit de ces sujets qui fâchent à travers la bouche d’un jeune de 13 ans. Avec beaucoup de tendresse et de l’humour, l’auteure nous fait entendre ces personnages dévorés par leur environnement, et dénonce le terreau que représente très souvent l’isolement et le désespoir pour les engrenages violents.

« Rapsodie des oubliés », Sofia Aouine, Editions Livre de poche, 216 pages, 7,40€

Baïkonour, Odile d’Oultremont

Baïkonour est une ville du Kazakstan. Mais dans ce nouveau roman d’Odile d’Oultremont, c’est le nom d’un bateau de pêche, amarré dans un petit port de Bretagne.

Anka vit à Kerlé, un petit village côtier de Bretagne, où elle exerce comme coiffeuse alors qu’elle ne rêve que d’une chose, être marin pêcheur comme son père. Cet homme, son père, son héros, le seul qu’elle a connu, vient d’être repris par l’océan. Sous terre, naufragé laissant une mère et une jeune fille seules. 

Marcus est grutier. De là-haut, il voit la mer, le monde. Il vient du Sud, là où il a laissé son père. De père, il n’en a qu’un, mais qui n’en est pas vraiment un. Paresseux, abandonné par sa femme, il n’a jamais su l’aimer, lui ce petit garçon. Alors à 18 ans, il décide de tout quitter, pour vivre sa vie.

Sans surprise, ces deux mondes, celui d’Anka et de Marcus, vont se rejoindre. Odile d’Oultremont offre un roman doux et mélodieux, surfant sur une vague laissant planer désir et douceur. 

« Baïkonour », Odile d’Oultremont, Editions 10/18, 216 pages, 7,50€

Les grands cerfs, Claudie Hunzinger

Prix Décembre 2019

La narratrice – tout comme son auteure d’ailleurs – habite avec son conjoint au sein d’une ancienne métairie perdue au fond du massif vosgien. Face à cette immensité, elle se remémore le temps où ses voisins – de sublimes biches et cerfs – évoluaient paisiblement autour de la ferme. Prise de passion pour eux, elle avait appris à les observer longuement, aux côtés de Léo, un villageois passionné par la photographie animalière. 

Et l’auteure nous fait rêver. Rapidement, on se retrouve trempé, caché sous des filets de camouflages à guetter cette fascinante vie sauvage et l’arrivée de ces cervidés. Aidée d’un téléobjectif, s’émerveillant d’une telle proximité, on les observe. Mais peu à peu, ils finiront pas disparaître. Éliminés par des chasseurs, au rythme des quotas autorisés par l’ONF, qui sous couvert d’une régulation se livre en vérité un véritable massacre.

Claudie Hunzinger livre un magnifique roman, en parfaite symbiose avec la nature, et des pages incroyables sur ces espaces menacés par les excès de notre époque, qui ne souhaite plus respecter certains équilibres naturels. Un roman poétique et fascinant sur la fin des grands cerfs.

« Les grands cerfs », Claudie Hunzinger, Editions J’ai Lu, 224 pages, 7,10€

Et si vous les aviez manqué, voici les critiques que nous avions fait de ceux que nous avions lus l’année dernière au moment de leur publication :