La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

Le coeur battant du monde, Sébastien Spitzer

Dans les années 1860, les rues de Londres sentent la misère, l’opium et l’insurrection. Charlotte, une jeune immigrée irlandaise qui a fui la famine, vient d’être agressée. Elle est alors secourue et recueillie par le Docteur Malte, médecin des laissés-pour-compte qui pratique les avortements clandestins.

Au même moment, naît Freddy, fils caché du célèbre Karl Marx, que poursuivent toutes les polices d’Europe. Et alors que ce dernier ne veut pas en assurer la paternité, le médecin se charge de confier l’enfant à Charlotte, qui va l’élever. Pour lui, par amour, elle sera prête à tout : voler, mentir, se prostituer sans jamais révéler les secrets de sa naissance.

C’est au cœur de l’Angleterre victorienne que Sébastien Spitzer a choisi de situer son intrigue. Il nous conte avec brio, la vie mouvementée de ce jeune garçon, avec en parallèle, de façon remarquable, l’émergence de Karl Marx, en pleine construction avec Engels de l’Internationale communiste. A travers ces pages, on découvre l’essor de l’industrie du coton en Angleterre, la misère ouvrière qui provoque l’insurrection, l’impact de la guerre de Sécession américaine sur l’économie mais aussi le sort des Irlandais après la Grande Famine. 

Dans ce nouvel ouvrage, l’auteur dresse une fresque historique au coeur battant du monde capitaliste avec en toile de fond les portraits étonnants de deux révolutionnaires bourgeois : Karl Marx et Engels.

« Le coeur battant du monde », Sébastien Spitzer, Editions Le Livre de Poche, 456 pages, 8,40€

Avant le bouleversement du monde, Claire Messud

Emmy et Virginia sont deux sœurs anglaises que tout sépare. Les deux soeurs Simpson n’ont vraiment rien en commun. Mais voilà que la cinquantaine arrive sans crier gare… L’une vit en Australie et décide de partir vivre à Bali, en quête de son soi tandis que l’autre, vieille fille, se dévoue à sa mère, son travail et Dieu.

Jusqu’au jour où Emmy se retrouve elle aussi face à un échec, mais professionnel celui-là. Elle devra alors, contre son gré, accepter ce voyage que désire tant sa mère sur l’île de Skye et abandonner pour un temps ses repères. Perdues et désemparées, ces deux sœurs si différentes vivent les événements tels qu’ils se présentent, au fur et à mesure avec un brin d’anxiété et de fatalisme. 

Dans son premier roman, paru en 1995 et aujourd’hui traduit en français, Claire Messud raconte avec brio ces vies modernes en décalage avec la réussite adoubée par la société. A travers ces sœurs que tout semble opposer, elle dépeint ces héroïnes féminines un brin loufoques et sensibles, qui vivent des vies qualifiées de ratées au regarde des normes en cours. L’autrice signe avec ce roman une comédie attachante sur les relations familiales et l’identité de chacun, parfois malmenée par les attentes de nos vies modernes.

« Avant le bouleversement du monde », Claire Messud (traduit de l’anglais par Béatrice Guisse-Lardit), Editions Folio, 400 pages, 8,60 €

Les invisibles, Antoine Albertini

En 2009, un travailleur clandestin maghrébin est assassiné en Corse. Les enquêteurs découvrent rapidement qu’il s’agit de El Hassan Msarhati, un homme d’origine marocaine, présent en Corse depuis plusieurs années. Il travaillait, pour des sommes dérisoires, dans les champs des grands exploitants corses, payé à la journée et logé dans des conditions insalubres et indignes. Peu de temps avant de mourir, d’une balle dans la tête sur un petit chemin, il avait décidé de témoigner dans un reportage des conditions de vie que partagent des centaines d’immigrés sur l’île de Beauté.

Antoine Albertini livre avec Les invisibles une enquête terrifiante dans ces milieux où la main d’oeuvre n’a aucune existence, luttant pour obtenir des papiers, entre clandestinité et menaces d’expulsion. Au fil de l’enquête, le journaliste nous entraîne à la suite de ces hommes que personne ne voit, à la merci d’employeurs qui les exploitent et d’un système qui ne gratte pas la surface, préférant mettre ces hommes dans un bateau direction l’Afrique du Nord plutôt que de chercher à mettre fin à ce système d’exploitation.

Un récit-enquête comme une plongée vertigineuse au sein de ces invisibles et du monde sans pitié dans lequel ils survivent tant bien que mal.

« Les invisibles », Antoine Albertini, Editions Points, 192 pages, 6,60€

Putain, Nelly Arcan

Dans Putain, Nelly Arcan, l’auteure montréalaise décédée en 2009, nous livre un récit d’autofiction intime sur sa vie où se mêlent son besoin obsessionnel d’être désirée et ses angoisses. Dans ce texte qui fait référence « au plus vieux métier du monde », mais pas que, l’auteure laisse des indices au lecteur sur une fin qu’elle avait préméditée depuis ses 15 ans. Dans Putain, vous trouverez le quotidien d’une femme en proie à ses démons plutôt qu’une nymphomane. On y découvre son enfance difficile et une vie de jeune adulte semée d’embûches où il faut plaire, correspondre aux diktats de la société et ne pas faire d’erreurs. Il y a aussi la distance qu’elle s’emploie à mettre avec ses clients, les réduisant simplement à une « queue », et son rapport compliqué avec son père et les autres membres de sa famille.

C’est un roman d’introspection plutôt que les tribulations d’une prostituée. Une introspection pleine de digressions, de sentiments sombres et de comportements autodestructeurs. Ce livre n’a pas pour but de vous raconter une belle histoire. C’est une lecture qu’on se prend comme un coup de poing, qui frappe fort et qui ne laisse pas indifférent.

« Voilà pourquoi ce livre est tout entier construit par associations, d’où le ressassement et l’absence de progression, d’où sa dimension scandaleusement intime. Les mots n’ont que l’espace de ma tête pour défiler et ils sont peu nombreux, que mon père, ma mère et le fantôme de ma sœur, que la multitude de mes clients qu’il me faut réduire à une seule queue pour ne pas m’y perdre. Mais s’il fait appel à ce qu’il y a en moi de plus intime, il y a aussi de l’universel, quelque chose d’archaïque et d’envahissant, ne sommes-nous pas tous piégés par deux ou trois figures, deux ou trois tyrannies se combinant, se répétant et surgissant partout, là où elles n’ont rien à faire, là où on n’en veut pas ? »

« Putain », Nelly Arcan, Editions Points, 192 pages, 6,70€

La solitude des nombres premiers, Paolo Giordano

Alice et Mattia se rencontrent au lycée à l’adolescence. Elle est la boiteuse du lycée, à cause d’un accident, isolée des autres filles. Lui est un marginal, il recherche sa solitude et son seul plaisir réside dans les mathématiques. Pourtant, ils vont se rencontrer chacun dans leur solitude. Ils sont seuls mais ensemble comme les nombres premiers qui fascinent tant Mattia.

Le roman les suit durant leur vie, de leur enfance à chacun à leur rencontre au lycée, puis dans leur vie adulte. Paolo Giordano manie à la perfection ses personnages, toute la tension dramatique de la solitude éprouvée par Alice et Mattia est palpable entre les lignes du roman. Trajectoire presque tragique pour Alice et Mattia, entourée de leur famille respective, quoi que complexe parfois, totalement perdue face à leur étrangeté.

Ce roman est doux amer, comme souvent avec cet auteur. On s’attache à ce couple mal assorti, on a envie de les pousser et de les délivrer de leur solitude, qu’ils vivent plus ou moins bien. Paolo Giordano nous offre un condensé de vie éclair entre ces deux faux amoureux, qui tachent de panser leurs plaies, d’abord seuls puis l’un avec l’autre. Il signe un roman fort et brutal sur la solitude et l’adolescence.

« La solitude des nombres premiers », Paolo Giordano (traduit par Nathalie Bauer), Editions Points, 352 pages, 9,50€

Dans les geôles de Sibérie, Yoann Barbereau

Directeur de l’Alliance française d’Irkoutsk en Sibérie, Yoann Barbereau a été arrêté le 11 février 2015 par des hommes cagoulés, devant sa femme et leur fille alors âgée de 5 ans. Emprisonné 71 jours dans une prison russe, puis interné en hôpital psychiatrique, il est poursuivi pour une affaire de pédophilie – qu’il affirme être montée de A à Z, par le FSB.

Ensuite placé sous résidence surveillée à Irkoutsh, l’auteur s’est d’abord enfui une première fois vers l’Ouest, laissant son téléphone dans un car pour brouiller les pistes. Arrivé à Moscou, il trouve refuge à l’ambassade de France, une institution qu’il espère va le sauver. Mais avec les Russes prévenus de sa présence dans l’enceinte, il ne pourra plus en sortir sous peine de se faire arrêter une nouvelle fois. Désireux de s’en sortir, il s’enfuit de nouveau pour traverser illégalement la frontière avec l’Estonie et terminer son aventure en France.

Condamné à 15 ans de camp par la justice russe, Yoann Barbereau a fui le pays pour retrouver sa liberté et clamer haut et fort son innocence. Deux ans après son retour en France, il publie sa version des faits et revient sur le long périple qu’il a vécu.

« Dans les geôles de Sibérie », Yoann Barbereau, Editions Folio, 320 pages, 8,10€

Trois gouttes de sang, Sadeq Hedâyat

Avec ses dix nouvelles, Sadeq Hedâyat nous plonge dans un monde fait de folie et de cruauté, où la poésie du langage nourrit la complexité des récits. Comme une chute dans les tréfonds de l’existence humaine, Trois gouttes de sang met en scène les atrocités auxquelles conduit la jalousie, la folie créée par trois gouttes de sang auprès d’un arbre, l’abandon et l’incompréhension que les épreuves de la vie entraînent.

Mêlant paroles, discours et voyages, ces nouvelles sont autant dérangeantes qu’elles se dévorent : on y retrouve tous les marqueurs de l’absurdité de la vie et des actes humains, tout comme la beauté des mots et des échanges avec celles et ceux qui se retrouvent sur notre route.

Des nouvelles comme un appel à se souvenir et à ne pas se laisser emporter par le tourbillon des sentiments, comme un chant rendant hommage à l’amertume que peut parfois laisser une existence vécue.

« Trois gouttes de sang », Sadeq Hedâyat (traduit du persan par Gilbert Lazard et Farrokh Gaffary), Editions Zulma, 192 pages, 8,94€

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