La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

Le pays des autres, Leila Slimani

1945, Mathilde, une jeune Alsacienne tombe amoureuse d’Amine, un combattant de l’armée française. Après la Libération, le couple retourne au Maroc, à Meknès, ville de garnison et de colons. Tandis qu’Amine souhaite faire prospérer son domaine fait de terres, Mathilde, elle, se retrouve seule et étouffée par le Maroc. Isolée dans une ferme, avec ses deux enfants, elle souffre du manque d’argent, mais surtout de la méfiance qu’elle inspire en tant qu’étrangère dans ce pays. 

Pour son troisième roman, Leïla Slimani s’est inspirée de la vie de ses grands-parents, Amine et Mathilde, unis par une passion forte, mais aussi par un rêve de réussite sur les terres arides de Meknès. Dans ce premier tome, toute la problématique sera pour Mathilde de trouver sa voix, de s’émanciper dans ce pays des autres, sans jamais heurter la culture de son mari.

En parallèle de cette intimité personnelle et passionnelle, les dix années que couvrent le roman seront aussi celles d’une montée des tensions et des violences, qui aboutiront à l’indépendance de l’ancien protectorat. Une tragédie bouleversante qui ne donne qu’envie de tourner les pages du second tome dès sa sortie.

« Le pays des autres », Leila Slimani, Editions Folio, 416 pages, 8,60€

Née contente à Oraibi, Bérangère Cournut

Plongée dans les étendues désertiques de l’Arizona aux côtés d’une jeune Amérindienne, Née contente à Oraibi fait le récit d’un peuple hopi, installé là depuis toujours et sans contact avec les autres civilisations. Nous suivons cette jeune fille, issue du clan du Papillon et de l’Ours gris, qui s’approprie son existence, entourée d’une nature difficile et d’esprits omniprésents.

C’est une fresque de son village qu’elle nous peint au fil des pages : habitudes de son père qui cultive la terre et l’emmène dans ses pérégrinations sur les chemin entourant le village, oubliant parfois qu’elle le suit à la trace ; générosité de sa mère qui accueille tous les visiteurs dans leur maison qui résonne donc toujours d’histoires et d’éclats de voie. Mais surtout, richesse de leur vie spirituelle, où vie et mort communiquent en tout, où lumière et nuit sont liées, jusqu’au plus profond d’elle-même. Cérémonies, offrandes et rites, la jeune femme partage tout ce qui constitue cette culture amérindienne si riche.

L’autrice du récompensé De pierre et d’os nous offre un roman très documenté mais surtout très sensible sur la vie d’une jeune femme dans ce désert de l’Arizona, et pourquoi pas plus loin ?

« Née contente à Oraibi », Bérangère Cournut, Editions Le Tripode, 272 pages, 11€

Otages, Nina Bouraoui

Sylvie, la cinquantaine, est une femme modeste, solide, simple et sur qui on peut compter. Quittée depuis peu par son ami après des années de vie maritale et deux enfants, elle se relève de cette rupture sans bruit, étouffant le manque et les regrets pour toujours rester digne. Cadre dans une grande entreprise, lorsque son patron lui a demandé de faire des heures supplémentaires, de surveiller les autres salariés, elle n’a pas protesté. Jusqu’au jour où les injonctions patronales sont devenues de plus en plus oppressantes.

Alors que les pressions intimes et externes s’intensifient, la fissure apparaît jusqu’à ce qu’elle explose un petit matin, et la conduise à un acte impulsif, condamnable et insensé. En une nuit, elle détruit tout, mais le temps de cette révolte se sent revivre.

Nina Bouraoui donne la parole à une femme honnête, courageuse, travailleuse, dont le quotidien empêche de vivre libre. A l’origine pièce de théâtre pour le Paris des Femmes, un festival dédié aux auteures, ce texte est une tragédie à bas bruit sur fond de révolte. L’autrice signe un roman fort, social et fulgurant autour des violences faites aux femmes, mais aussi très présentes dans le monde du travail.

« Otages », Nina Bouraoui, Editions Livre de Poche, 128 pages, 6,90€

Nobelle, Sophie Fontanel

Annette Comte, grande écrivaine, vient d’apprendre qu’elle est lauréate du prix Nobel de littérature. C’est lors de son discours, qu’elle fera à cette réception, qu’elle se souviendra de ses dix ans, d’un été dans la chaleur de Saint Paul de Vence, mais aussi de son tout premier amour, Magnus. 

A peine âgée de dix ans, Annette observe les protagonistes, elle perçoit l’hypocrisie ambiante, la méchanceté de Bernard envers son fils Magnus, qui voudrait que son fils devienne écrivain. Alors que le petit garçon n’est pas doué, la fillette lui écrit des poèmes pour le réconforter, et lui faire comprendre ses sentiments. Cachés dans le jardin de Kléber Bahut, une star locale de l’époque, les deux enfants vivent au bord de la piscine du célèbre écrivain les débuts d’une histoire d’amour, jusqu’à l’arrivée d’une petite fille de 11 ans, à la crinière de sirène.

Sophie Fontanel livre un roman percutant dans lequel elle aborde des questionnements profonds, autour du deuil, de la trahison, du pouvoir de l’écriture, mais aussi la frontière entre l’amitié et l’amour. L’autrice signe un magnifique roman d’apprentissage, fait avec un regard d’enfant, qui apporte à ces thèmes un peu de légèreté et d’insouciance.

« Nobelle », Sophie Fontanel, Editions Pocket, 240 pages, 6,95€

Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir, Cookie Miller

Cookie Miller a eu une vie mouvementée et assez trash. Sexe, drogues, alcool et rock’n’roll faisaient parti de son quotidien. Avec ses amis, elle a fait les 400 coups et a tout essayé. Femme iconique des années 70, Cookie a fréquenté des noms maintenant légendaires : Patti Smith, Janis Joplin, Jim Morrison, John Waters, Basquiat ou encore Jimi Hendrix.

Dans ce roman autobiographique, Cookie nous raconte, dans une écriture cash et sans retenue, ses moments de vie, ses voyages, ses folles soirées, et son histoire : délirante, totalement barrée mais bien réelle. Elle a vécu pleinement sa vie, sans limites. Égérie underground, Cookie Mueller est peu connue en France et pourtant elle a été actrice et mannequin. Dans cette traversée en eau claire, on (re)découvre des moments marquants de sa vie, avec ses côtés tantôt tragiques et tantôt comiques.

Un roman court et singulier qui se lit d’une traite tellement on est happé par la frénésie de la vie de l’autrice. Un goût de liberté sans frontières qui fait du bien.

« Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir », Cookie Miller (traduit de l’anglais par Romaric Vinet-Kammerer), Editions 10/18, 168 pages, 6,60€

Spider, Patrick McGrath

Après 20 ans d’absence, Dennis Cleg retourne dans la ville de son enfance et fait face aux souvenirs fragmentés du drame qui l’a marqué. Dans la pension des Wilkinson, Dennis ère, le regard dans le vide, roulant des cigarettes machinalement, à la recherche de ses souvenirs. Dans son journal, il écrit ses pensées sur le monde qui l’entoure, son enfance difficile avec un père alcoolique et une belle-mère antipathique, puis tente de retranscrire ce fameux drame, cet acte effrayant et inconscient qui lui a enlevé la personne la plus chère à son cœur. Dennis lutte contre le mal qui l’habite. Tout lui semble morose et nauséabond. L’odeur de son corps et de la pension, ces voix qui le harcèlent et ses cauchemars qui le hantent. Petit à petit, Dennis a l’impression de se métamorphoser en araignée, à l’image du surnom que sa mère défunte lui avait donné : Spider.

Son corps lui échappe, de même que ses actes. Il se voit réaliser des actions mais ne les vit plus. Il en est complètement détaché. Il fouille dans sa mémoire disloquée mais ne parvient pas à reconstituer clairement l’accident. On l’accuse d’un acte qu’il ne réalise pas avoir commis. Il reçoit régulièrement la visite de docteurs pour l’aider à faire remonter à la surface ses souvenirs mais ses troubles amnésiques et ses voix l’empêchent de réaliser correctement ce travail. Dans le déni, Dennis est pris au piège entre sa réalité et celle du monde, entre ses démons qui lui font commettre des actes dont il n’a pas conscience et ses voix persécutrices qui ne lui laissent aucun repos. Au fil des séances, le discours de Dennis devient de plus en plus fragmenté, mais la réalité, sombre, finit par éclater.

Spider de Patrick McGrath est un roman subtil et troublant. Le lecteur se retrouve au cœur de la schizophrénie et de ses subtilités. Un voyage marquant et profond dans la psyché sur fond de drame familial.

« Spider », Patrick McGrath (traduit de l’anglais par Martine Skopan), Editions Folio, 336 pages, 9,70€

La singulière tristesse du gâteau au citron, Aimee Bender

Cela commence lors du huitième anniversaire de Rose, la narratrice. Sa mère a préparé son gâteau préféré au citron et au chocolat, et la petite fille en le goûtant ressent la nostalgie et l’appel à l’aide de sa mère contenu dans les saveurs du gâteau. Rose se rend alors compte qu’elle hérité d’un don étrange, celui de ressentir les émotions des gens dans la nourriture qu’ils cuisinent. Commence alors le calvaire de Rose. Elle ne pourra se nourrir que de plats industriels pour échapper à ce don terrible.

Elle vit à Los Angeles avec son père avocat qui travaille beaucoup, présent mais pourtant peu intéressé par sa famille, son frère, étrange génie perdu dans l’obscurité de sa chambre, et sa mère coincée dans une vie sans but. Rose grandit dans cette atmosphère étrange, elle se débat avec les sentiments des autres, la liaison de sa mère, les disparations étranges de son frère et son admiration pour George, l’amie de celui-ci.

Fresque familiale et gastronomique, Aimee Bender nous fait découvrir les saveurs de la nourriture et celle des personnes dans ce roman. Une drôle de façon d’appréhender les ambitions contrariées des personnes que croise Rose, le destin d’une narratrice contrainte par ce don. Elle cherche un échappatoire et se fraie tant bien que mal un passage dans la vie et l’âge adulte. C’est l’histoire d’une famille, celles des sentiments et des parcours de vie de cette famille de classe moyenne de Los Angeles, d’ambitions contrariées et de phénomènes presque fantastiques qui apparaissent avec la nourriture.

Aimee Bender écrit sur le courage ordinaire de Rose et son don face aux épreuves de la vie, réussir à se trouver une place, ce que son entourage n’est pas toujours capable de faire, comme son étrange frère Joseph. Un roman sur le courage quotidien et sur la vie dans son plus simple apparat. La singulière tristesse du gâteau au citron traite du goût de la vie.

« La singulière tristesse du gâteau au citron », Aimee Bender (traduit de l’anglais par Céline Leroy), Editions Points, 336 pages, 7,60€

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