Première parution de littérature danoise aux éditions Gallmeister, Là où sont les oiseaux de Maren Uthaug nous embarque dans un huis clos tendu avec une saga familiale à l’atmosphère très particulière, où les personnages sont aussi froids, caractériels et âpres que la nature implacable et les tempêtes norvégiennes qui les entourent.

Au nord de la Norvège, dans le comté de Trøndelag, à Ørland, se trouve le phare de Kjeungskjaer. Les habitants de cette commune sont habitués à vivre dans la solitude et à subir la dureté de la nature. Johan vit seul avec sa mère qu’il aide du mieux qu’il peut. Faute de moyens, il décide de postuler pour prendre la succession du phare de Kjeungskjaer. Bien que réputé pour être un poste difficile à tenir à cause de la solitude et du suicide du précédent gardien, Johan qui doit subvenir aux besoins de sa mère âgée est déterminé et ne recule devant rien. Il prend ainsi pour épouse Marie, la fille du pasteur, afin de décrocher rapidement le poste. Johan ne le savait pas encore, mais dès cet instant, il avait atteint un point de non-retour et ouvert une porte à la folie humaine.

Des apparences trompeuses

« Un soir qu’il (Johan) était au port, il avait entendu dire que le vieux gardien s’était pendu, ce dont s’affligeaient les villageois. Tout le monde savait qu’à la mort de sa femme, il avait perdu la tête. Qu’il tournait en rond sur l’îlot et qu’il parlait aux oiseaux. »

Le travail manquait cruellement dans la commune et malgré son amour pour Hannah, Johan se trouve une fille à marier pour obtenir le poste. Marie est folle de joie quand Johan lui fait sa proposition. Le pasteur ne voit aucun inconvénient à cette union et le mariage est célébré rapidement. Le soir de leur mariage, Marie et Johan emménagent dans le phare. Johan guette constamment l’horizon à la recherche du moindre signe de sa bien-aimée, mais rien. Il est condamné à rester avec une femme dont il n’est pas amoureux et pour qui il n’éprouve aucun désir : « Johan s’efforçait de la (Marie) regarder, alors qu’elle approchait au bras de son père mais il ne pouvait s’empêcher de garder un oeil sur la porte de l’église dans leur dos. Hannah avait juré qu’elle débarquerait pour faire scène et raconter aux gens à quoi ils s’étaient amusés tous les deux, à l’abri à bateaux. Elle ne se montra pas. (…) Il se sentait plus déçu que soulagé qu’elle n’ait pas tenu promesse, constata-t-il le soir même, tandis qu’il ramait vers le phare avec Marie. »

De cette union sans amour naîtront Darling et Valdemar, les deux enfants de ce couple uni seulement en apparences et qui se trouveront être des parents par défaut. Dans ce phare coupé du monde, les années passent et les allers-retours en terre ont des airs d’échappatoires, de tromperies conjugales et de plans d’évasion pour l’Amérique.

La désillusion des rêves et l’amour perdu

La frustration devient petit à petit un élément quotidien dans la vie de Johan. Il n’aime pas son épouse, Hannah a disparu soudainement et ses enfants l’insupportent. Rien ne va. Il passe ses journées en haut du phare, même en été. Bientôt, il ne tardera pas à relâcher en partie cette frustration sur sa fille, Darling. Elle aussi, comme son père, rêve de quitter cette vie pour s’enfuir aux Etats-Unis avec celui qu’elle aime. Comme un écho de son passé, Johan se remémore la désillusion de sa jeunesse et ses espoirs perdus. Usé par le temps, par la vie et ses coups durs, sans plus aucune raison de vivre, Johan devient un vieil homme taciturne et sans scrupules, se laissant dominer par ses pulsions et désirs.

Cependant, Johan n’est pas le seul à se sentir mal dans ce phare et l’isolement mènera cette famille au bout de leurs retranchements, moraux comme physiques. Une vie où chaque membre joue sur deux tableaux et où les secrets gardés sont d’une noirceur terrible.

Là où sont les oiseaux est un roman noir qui secoue réellement le lecteur par sa dimension tragique et son atmosphère tendue et dérangeante. Un roman sombre mais fascinant, où les drames nous sont racontés de trois points de vues différents et où chacun a son lot de révélations terrifiantes.

« Là où sont les oiseaux », Maren Uthang (traduit par  Marina Heide et Françoise Heide), éditions Gallmeister, 368 pages, 23,60 euros.