Jean-Luc Moulène est invité par le Centre Pompidou à présenter une rétrospective muette dans la Galerie 3. Jusqu’au 20 février 2017, il pousse le spectateur à penser le double-jeu de l’œuvre dans son environnement.

Jean-Luc Moulène (né en 1955 à Reims) est un artiste inclassable. Sa pratique oscille entre photographies, sculptures et vidéos. Son propos prend ses sources dans la négativité qui caractérise l’épanouissement à partir de questions poétiques, technologiques, scientifiques et esthétiques. L’exposition se présente comme une rétrospective nue de détails : aucun titre, aucune date, seulement les œuvres présentées sur leurs socles. Le spectateur se trouve face à ces compositions presque inondées par la ville. Seules les grandes baies vitrées de la Galerie 3 séparent les œuvres du tumulte des rues. Le Centre Pompidou nous invite à plonger dans un univers bien particulier et nous met à l’épreuve de la réflexion : soyez prêts…

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G : Monsieur Propre jusqu’à l’os Paris, 2016 Courtesy de l’artiste et de la Galerie Chantal Crousel, Paris © Jean-Luc Moulène © Adagp, Paris 2016 – D : Un os mauve Paris-Vérone, 2016 Courtesy de l’artiste et de la Galerie Chantal Crousel, Paris © Jean-Luc Moulène © Adagp, Paris 2016

La présence du corps

Il est d’usage de penser le corps comme ne se révélant jamais dans un absolu. Il ne se donne à voir que par l’enveloppe de ce qu’il est, laissant en suspens l’intériorité de son possesseur. Impossible à cerner dans son entièreté, l’être n’est discernable que par ce qu’il accepte de dévoiler, et n’est accessible que par la perception de cette enveloppe, dont l’image appartient à celui qui regarde. Mais le corps est certainement, avant tout, une construction sociale, un assemblage fait des ressemblances que l’on veut lui attribuer, du style auquel on veut l’associer et des domaines desquels on l’exclut. Conflit, fragilité, structure à réparer; voilà comment Jean-Luc Moulène voit les chairs qu’il matérialise et dépose sur leurs socles. Construction classique où sont boulonnées ensemble des corps que l’on imagine dans un jardin à la française (Indexes, 2016) ; assemblage de bustes humanoïdes- où seule la couleur laiteuse et rosée de la peau indique l’idée du corps (Jeanne, 2016)- et couleurs criardes et franches appliquées au buste de mannequin de plastique. Le corps se fait matériau dans les mains de Jean-Luc Moulène. Il est à bâtir, à fabriquer, il se fait plâtre, marbre, granit, plastique. Il se moule à la main, il semble s’imprimer en trois dimensions. Il se colore de diverses manières et ne revêt, en définitive, qu’une lointaine idée qui s’élabore dans une construction perpétuelle. 

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G : Pythie Paris, 2016 Courtesy de l’artiste et de la Miguel Abreu Gallery, New York © Jean-Luc Moulène © Adagp, Paris 2016 – D : Jeanne, Paris, 2016 Courtesy de l’artiste et Galerie Chantal Crousel, Paris © Jean-Luc Moulène © Adagp, Paris 2016

Urbanisme et décors

Cette construction se fait d’espaces et de creux, de vide entre les parties à assembler, un peu comme si cet interstice était celui des rues d’une ville, ceux dans lesquels il est possible de déambuler. Labyrinthe à étapes, dédale infini, le travail de Jean-Luc Moulène est à concevoir en un ensemble, en une quête qui explore les possibles et qui place le spectateur face à son environnement. Un environnement fait des corps qu’il croise et des structures qu’il traverse. Le plateau choisi comme espace d’exposition offre une double perspective. Celle de sculptures posées les unes à cotés des autres comme cellules indépendantes d’un même corps, puis, par l’espace ouvert des baies vitrées, une entrée dans la ville, dans le monde. L’artiste est fasciné par la théorie des ensembles et il en fait l’illustration parfaite en découpant l’un dans le tout et en mêlant l’unicité de l’identité à la totalité.

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G : Indexes Londres, 2016 © Jean-Luc Moulène © Adagp, Paris 2016 – D : Donkey Paris, 2016 Courtesy de l’artiste et de Thomas Dane Gallery, London Photo Todd-White Art Photography © Jean-Luc Moulène © Adagp, Paris 2016

Jean-Luc Moulène propose un travail passionnant qui ramène une fois de plus l’art contemporain à la philosophie. Désorienté, l’observateur pourra, s’il le décide, sortir du cadre de l’exposition pour penser le monde. Mais, qu’on se le dise, il faut, pour apprécier cette expérience, être dans certaines dispositions !


Jean-Luc Moulène, jusqu’au 20 février 2017
Centre Pompidou, galerie 3, niveau 1

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