Pour sa première création à la tête du Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis, Julie Deliquet a choisi d’adapter une mini série du réalisateur et dramaturge allemand Rainer W. Fassbinder. Huit heures ne font pas un jour à voir jusqu’au 17 octobre.

L’exploration théâtrale d’œuvres cinématographiques continue pour Julie Deliquet. Après avoir récemment adapté Fanny et Alexandre de Bergman et Un conte de Noël de Desplechin, voilà le Fassbinder réalisateur et non dramaturge convié sur scène. Œuvre de jeunesse, Huit heures ne font pas un jour est une courte série de cinq épisodes relatant le quotidien d’un groupe de personnes évoluant autour d’une usine en RFA dans les années 70. Entre désir d’autogestion et comédie de mœurs.

Devant quoi sommes-nous ? Le décor est impressionnant. Entre ultra réalisme (les douches sont fonctionnelles, la machine à café branchée) et carton pâte, la vaste scène à des allures de vaudeville ou de sitcom télévisé. Voilà que débarque une tornade familiale. Au milieu d’une excitation surprenante on raccroche petit à petit les wagons filiaux. Un arbre généalogique se dessine. Mais pourquoi ? Car voilà qu’au bout d’une quinzaine de minutes ils disparaissent tous.tes pour ne laisser qu’un fils et sa future compagne sur scène. Tout le reste de la première partie se passera dans l’usine avec de nouveaux personnages. Qu’à cela ne tienne, observons les ouvriers et ouvrières mettre petit à petit en question leurs conditions de travail.

C’est une des choses plaisantes chez Fassbinder que d’assister à l’éveil d’une conscience et d’une critique sociale chez ses protagonistes. Ainsi on assiste aux tâtonnements des ouvrier.e.s, aidé.e.s par cette jeune femme venue de l’extérieur. Certains moments peuvent paraître un peu longs ou gratuits (ainsi cette première intimité du jeune couple qui va jusqu’au frottement des corps nus). À moins que ça ne soit pour faire écho à un certain réalisme du processus intellectuel que Deliquet nous montre ainsi les ouvriers prendre leur douche ? À trop vouloir en donner aux spectateur.rice.s il y a risque d’apathie. Heureusement une annonce directe de la part d’un comédien à la salle pour signifier l’entracte, vient stopper une léthargie grimpante.

La seconde partie est aussi fougueuse que le début de la pièce. La famille est de retour pour fêter le mariage du jeune couple. L’ambiance est aux rires, aux déclarations, au vin et aux spaghettis. Ça banquette en somme. Et c’est à se demander qui fête quoi. Les personnages, l’union des uns et des autres ou les comédien.ne.s, leur plaisir d’être les un.e.s avec les autres ? Trouble du réalisme où l’improvisation se mêle au texte. Le fil se perd. Où est passée l’usine et sa gestion en douce révolution ? Passif.ve.s face au spectacle, il ne reste qu’à attendre. Elle reviendra à travers l’ébauche d’une auto-gestion du travail accompagnée des débats qui l’entoure, concluant la pièce sur un réalisme en devenir.

Au final, malgré ces trois heures passées à leur côté, je quitte facilement ces personnages riches de projets. Comme si nous n’étions parvenu à créer un pont entre nos deux époques. Demeure l’impression d’avoir été simple spectateur d’un sitcom qui aurait pu se jouer sans public.

Huit heures ne font pas un jour
de Rainer Werner Fassbinder
Épisodes 1 à 5
Mise en scène Julie Deliquet
Avec Lina Alsayed, Julie André, Éric Charon, Évelyne Didi, Christian Drillaud, Olivier Faliez, Ambre Febvre, Zakariya Gouram, Brahim Koutari, Agnès Ramy, David Seigneur, Mikaël Treguer, Hélène Viviès et en alternance avec Paula Achache, Stella Fabrizy Perrin et Nina Hammiche

Au Théâtre Gérard Philippe Saint Denis jusqu’au 17 octobre puis en tournée.