Après Ovide et Homère, le metteur en scène Luca Giacomoni continue son exploration des fondations de la culture occidentale à travers une adaptation d’Hamlet de Shakespeare pour douze comédien.ne.s, professionnel.le.s et non-professionnel.le.s. À voir au Préau Centre Dramatique National de Normandie – Vire les 19 et 21 octobre.

Après donc l’Iliade créée en collaboration avec des détenus du centre pénitentiaire de Meaux, et les Métamorphoses réalisées avec la Maison des femmes de Saint-Denis, Luca Giacomoni invite pour Hamlet un groupe en suivi psychiatrique au GHU Paris. Pour une pièce où il est question de visions, de fantôme et de traumatisme, cela paraît riche de sens. Mais le public est-il à même de percevoir ces échos cathartiques entre les comédien.ne.s et leur personnage ?

Il y a des choses enthousiasmantes dans la vision qu’à du théâtre Luca Giacomoni. Comme celles de refuser tout usage d’écran, de technologie, afin de créer des pièces capables d’être représentées dans n’importe quel espace. Pourtant, ce soir au Monfort, lorsque l’on se retrouve à une certaine distance des comédien.ne.s, prêt.e à les écouter, des micros n’auraient pas étaient de trop. Cela peut être un parti-pris, le texte de Shakespeare, ou tout au moins l’intrigue, étant connu par bon nombre de spectateur.rice.s. Mais entre cette difficulté à entendre les répliques et les différences de jeu des un.e.s et des autres (il y a de la lecture, de la récitation soufflée, de la déclamation à toute vitesse) difficile de trouver le chemin du texte. Reste alors aux yeux à prendre le relais des oreilles.

Dans un décor dépouillé comme après une tempête, les corps sont à la fête – serait-ce eux les responsables de ce chambardement à la cour du Danemark ? Il y a de la danse, de la musique sorti d’un piano, des jets de balles, de la poussière soufflée, de la terre soulevée, de l’eau jetée au visage, un duel au couteau, etc. L’incarnation est charnelle et virevoltante. Ainsi certaines trouvailles visuelles, qui bien que pouvant être trop littérales comme le bandeau sur les yeux de la mère aveuglée par son nouveau mari, ou cette terre qui ne cesse d’être remuée tant que l’assassiné ne sera pas vengé, fonctionnent plutôt bien. Se fait jour un théâtre physique au sein duquel se révèle une cohésion entre ses membres allant même par delà la mort des personnages puisque tous.tes restent sur scène malgré le jeu de massacre en cours. Le texte semble donc n’être que secondaire voire un prétexte pour nourrir des ententes entre ces comédien.ne.s professionnel.le.s et non-professionnel.le.s. Pourtant ce serait oublier que l’histoire d’Hamlet est intimement liée au parcours de ces personnes ayant eu des expériences « psychotiques » comme l’annonce le livret. Mais quant à savoir les effets que la pièce a sur ces derniers, difficile à percevoir malgré les 2h30 d’attention. En sortant, subsiste après ce temps de flottement, l’impression d’avoir été doublement mis à distance.

Finalement ce serait à se demander si certaines des propositions théâtrale de Luca Giacomoni, défendant une simplicité radicale, n’échapperaient pas au dispositif même du théâtre et son public.

Au Préau Centre Dramatique National de Normandie – Vire les 19 et 21 octobre.