À quoi peuvent donc penser les gardien.ne.s de salle qui peuplent les musées du monde entier ? Avec la spontanéité du documentaire, au milieu de la collection permanente du Centre Pompidou, Mohamed El Khatib et Valérie Mréjen proposent de tendre l’oreille. Gardien Party en tournée dans les musées européens.

Qui observe quoi ? Voilà une question parmi d’autres qui se posent lorsque les yeux dévient de la toile et heurtent ceux inquisiteurs, blasés, amusés, rêveurs, de cet homme ou cette femme assis.e au milieu de la salle d’exposition. De cette réflexion sur le regard peut naitre une rencontre comme ce soir dans la Galerie 0 du Centre Pompidou avec six agent.e.s de surveillance de musées internationaux. Mais tout d’abord il faut s’asseoir, dans une sorte d’inversion des rôles. Pour cela, le musée a, semble-t-il, mis à disposition sa collection personnelle d’assises dépareillées. La petite centaine de spectateur.rice.s choisit à sa convenance puis patiente sous le regard faussement absent d’une femme installée face au public. Derrière les cloisons s’entendent les studieux déplacements des visiteur.se.s de Pompidou.

Le calme cérémonial explose lorsque cette femme débonnaire prend la parole. Première plongée dans l’a-côté du tableau. Cinq autres suivront, entremêlées les unes aux autres et révélant les conditions « pour être payé à ne rien faire » comme le font remarquer certain.e.s visiteurs.ses. La patience, voilà la richesse commune que cultivent les trois femmes, et les trois hommes, présent.e.s ce soir sur scène. Voilà des contemporain.e.s qui ne se pressent pas. Au contraire ils/elles attendent le public, patientent qu’on leur donne l’autorisation pour aller aux toilettes, guettent la fin de journée, tout cela dans un décor habité de l’idée d’éternité à travers un art consacré et conservé. Et si par malheur ils/elles dépassent de leur cadre assigné pour aller à la rencontre du public, initier un dialogue, ils/elles sont accusé.e.s d’empiéter sur le travail des médiateur.rice.s. Que faire alors de ces heures passées à observer dans un silence seulement rompu par un « Ne touchez pas s’il vous plaît » ou un « Pas de photos s’il vous plaît » ? De la sociologie peut-être. Des rêves sûrement.

Car au fil de ses monologues, il apparaît avant tout que ce poste révèle le caractère propre à chaque employé.e.s, son degré de plasticité et d’inventivité. « Enfermé.e.s » sept heures, si ce n’est plus, dans un white cube, l’esprit a tôt fait un retour sur soi. Quelles sont les raisons qui poussent à accepter ce travail ? Qu’en dit-il du rapport aux responsabilités ? À l’idée de carrière ? Derrière cette découverte du métier de gardien.ne de salle, de ses caractéristiques rudes pour certaines, plaisantes pour d’autres, se révèle l’objectif tangible de ce théâtre documentaire aller, comme toujours, à la rencontre de l’autre. Et au final, au delà d’amusantes anecdotes sur le comportement de tel ou telle spectateur.rice, ce sont ces paroles intimes qui sont les plus marquantes dans Gardien Party.

En faisant se rejoindre, le temps d’une petite heure les deux pôles de tension entre lesquels ces gardien.ne.s sont obligé.e.s d’évoluer, celui d’être un corps visible auprès des visiteur.se.s et celui d’être un esprit absent, Mohamed El Khatib et Valérie Mréjen font naître une rencontre inédite et dévoile qu’au milieu de désirs artistiques réalisés, d’autres sommeillent.

Gardien Party
Conception et réalisation Mohamed El Khatib et Valérie Mréjen
Avec 6 agent.e.s de surveillance de musées

À Rome au Romaeuropa Festival du 8 au 10 octobre, au Louvre – Lens du 25 au 28 novembre, au MAC VAL avec le Théâtre de Choisy-le-Roi et le Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine du 3 au 5 décembre, au Théâtre Vidy-Lausanne du 10 au 16 décembre, au Prado à Madrid du 18 au 20 mars 2022.