Premier film de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, Gagarine met en scène le jeune Youri (Alséni Bathily), qui n’est pas prêt à faire face aux changements de vie occasionnés par la destruction de la cité Gagarine. D’une beauté merveilleuse, « Gagarine » articule jeunesse, urbanisme, communauté et amour avec justesse et onirisme.

« Gagarine » suit la fin de la cité Gagarine, à Ivry-sur-Seine, vécue par Youri, un jeune homme de 16 ans. Il rêve de devenir cosmonaute et veut réparer la cité. Sur fond de démolition, on le voit évoluer et rêver à transformer la cité en un vaisseau spatial, dans lequel il s’enferme petit à petit. Un film qu’on pourrait presque qualifier de fiction documentaire, tant il retrace gracieusement et fidèlement les dernières heures de la cité éponyme d’Ivry-sur-Seine.

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La jeunesse et ses rêves

Youri (Alséni Bathily) a 16 ans. Il vit seul, entouré d’une communauté de gens qui s’entraident et s’apprécient. Depuis toujours, il rêve d’espace et de navettes spatiales et, est profondément attaché à sa cité, la cité Gagarine. Elle est son chez lui : il répare les éclairages et l’ascenseur, en espérant que cela lui évite la démolition. C’est ainsi qu’il rencontre Diana (Lyna Khoudri), mécanicienne solaire, qui lui montre où se fournir en matériel sur le chantier.

A mesure que le chantier avance, que la cité se vide, Youri, qui s’avère être le dernier occupant, s’enferme dans ses rêves. Le film nous propose, dans une esthétique qui rappelle l’espace, de suivre les angoisses, les espoirs, la solitude, que connaît Youri. Il s’y construit une capsule, un îlot d’espoir, qu’il partage avec Diana, et fait de Gagarine son vaisseau spatial pour échapper à la violence que constitue le départ forcé de son chez lui.

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L’ancrage dans le territoire

Le film ouvre sur une image d’archive : celle de la visite inaugurative de Youri Gagarine, cosmonaute, premier être humain à avoir effectué un vol dans l’espace à la cité éponyme. Nous sommes en 1963, Ivry-sur-Seine est une ville de tradition communiste, la cité Gagarine est alors emblématique de l’époque et des villes de la ceinture rouge de Paris.

Fanny Liatard & Jérémy Trouilh filment les immeubles qui se vident, et les habitant.es qui leur font leurs adieux. On y voit tant l’attachement des gens à cet endroit que leur désolation face à cette cité qui fatigue. On y voit des scènes où les habitant.es font communauté, on y voit leur départ de la cité, on y voit leurs espoirs et leurs craintes. « Gagarine » nous montre toutes les facettes d’une même pièce, sans tomber dans le cliché, toujours avec finesse.

« Gagarine » nous parle avec justesse de la réalité des démolitions, des relogements, et de ce qu’on fait de ces cités construites dans les années 70, miracles d’un autre temps. Un film qui s’avère être la dernière trace de la cité avant sa démolition et qui constitue pour beaucoup une magnifique archive du temps.

Gagarine, de Fanny Liatard & Jérémy Trouilh, sortie le 23 juin.