Mathilde Faure, éducatrice spécialisée dans l’aide sociale depuis plus de cinq ans, nous présente son premier roman Filles du vent, inspiré de son quotidien.

Lina, Assa et Céline sont trois adolescentes placées dans un foyer de la banlieue parisienne. Elles ne sont pas de grandes amies. Chacune a ses secrets et sa méfiance vis-à-vis d’autrui. Elles cohabitent ensemble, encadrées par des éducateurs spécialisés. Cependant, au fur et à mesure de leur fugue itinérante, elles vont se découvrir une lutte commune : exister et se faire entendre à l’aide de collages sur les murs des plus grandes villes de France. Donner de la voix à la jeunesse oubliée.

La découverte du féminisme

C’est Lina qui s’intéresse tout d’abord au sujet par le biais des informations. Une marche Nous toutes aurait lieu dans Paris le weekend prochain. Elle se sent concernée par le sujet. Elle tente d’en parler mais se referme sur elle-même quand son éducatrice lui dit que « c’est bien que tu t’intéresses à ces questions-là, mais je ne crois pas que nous ayons notre place dans ce type de manifestations », sans compter les railleries des autres filles qui la trouvent bizarre avec ses idées féministes. Intriguée et souhaitant exprimer sa colère face aux violences physiques dont elle a été victime avant d’être placée en foyer, Lina va seule à la marche Nous toutes, sans prévenir ses éducateurs.

L’excitation de l’événement laisse place à un désarroi. Elle comprend plus que bien les motivations de ces femmes et pourtant, elle ne se sent pas à sa place dans cette marche. Elle ne voit personne de son âge, personne qui représente sa catégorie sociale : « Où sont-elles ces jeunes en jogging et aux torses bombés ? J’ai pourtant l’intime conviction que nous sommes des Nous toutes. A croire que les plus abîmées restent les plus invisibles. Je me demande si d’autres filles des foyers ont entendu parler de cette marche ». 

Bien qu’elle n’ait trouvé personne à qui s’identifier dans cette marche, Lina sent que cette manifestation a déclenché, réveillé, quelque chose en elle, et que sa voix résonnera bientôt. Ce n’est plus qu’une question de temps.

La quête de reconnaissance

Lina, Assa et Céline n’ont pas la même histoire et certainement pas les mêmes raisons de s’embarquer dans cette fugue itinérante. Chacune pensait utiliser cette fugue pour satisfaire ses motivations personnelles, et non pour réaliser une mission commune : Lina, pour coller des slogans coups de poings proche de Bordeaux, où son père est incarcéré, Assa pour faire réagir sa mère, et Céline pour voir sa mère à la Clinique des Coquelicots à Bordeaux. Leur itinéraire sera plus long et tumultueux qu’un simple aller-retour Paris-Bordeaux. C’est la France qu’elles s’apprêtent à parcourir.

C’est ainsi qu’elles partent de Paris pour aller à Lille rejoindre Malik, le mac de Céline, et sa bande. Les filles doivent se prostituer pour gagner de l’argent et poursuivre l’itinéraire de leur fugue. Cette soirée leur fait prendre conscience à toutes les trois de ce qu’est d’être considérée comme une femme objet, renforçant la colère de Lina, et réveillant Céline dans son amour toxique pour Malik. « J’ai compris le sens de l’expression femme objet entre les quatre murs de cet appartement. J’ai compris la détresse de Céline. Malik la tient par les sentiments, il n’y a rien de plus facile à manipuler qu’une ado en mal d’amour […] je l’ai pas giflée parce qu’elle nous a mise en danger, je l’ai giflée pour qu’elle se réveille. »

#jeunesfillesplacéesencolère

Au fil des villes, Céline crée un compte instagram afin de montrer les collages qu’elle réalise avec Lina et Assa. Les images deviennent virales et bientôt les collages des trois adolescentes dans Lille, Strasbourg, Lyon, Marseille et Bordeaux résonnent comme un collectif, des voix à l’unisson. Le phénomène prend de l’ampleur. Des filles des quatre coins des villes les rejoignent. Elles se sentent entendues, représentées, exister.

Arrivées à Bordeaux, les filles veulent terminer leur fugue itinérante en beauté, marquer les esprits et faire bouger les choses. Elles savent que la police finira par les arrêter, alors autant déclencher l’événement et se faire entendre jusqu’au bout. Le vendredi 13 décembre 2019 marquera les vies de Lina, Assa et Céline. Leur opération coup de poing est prête, il n’y a plus qu’à, les filles du vent sont là.

Filles du vent est un roman choral fort, tant par les thématiques abordées (féminisme, jeunesse) que par ses personnages qui n’en démordent pas. Certains passages donnent des frissons et l’engagement des filles à se faire entendre est galvanisant. Ce roman a remporté la première édition du Prix de l’héroïne engagée et est sorti en librairie le 9 mars, le lendemain de la journée internationale des droits de la femme.

« Filles du vent », Mathilde Faure, Editions Charleston, 224 pages, 19 euros.