Pour la cinquième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

La fracture, Nina Allan

Nous sommes en 1994 lorsque Julie Rouane disparaît et laisse un vide immense chez cette famille britannique. Après l’abandon de l’enquête par la police, Raymond, le père de Julie, ne cessera de continuer de son côté l’investigation, poussé par l’espoir de retrouver un jour sa fille. Vingt ans plus tard, Selena, la sœur cadette de Julie, reçoit un appel mystérieux. Son sang ne fait qu’un tour quand la personne à l’autre bout du fil prétend être sa sœur disparue. Elle n’y croit pas. Se mêlent alors incompréhension et sentiments de colère. Malgré tout, Selena va accepter l’entrevue avec cette personne.

Elle tombe des nues. La personne qui se tient en face d’elle semble bel et bien être sa sœur. Elle en est presque certaine. Mais pourquoi, alors, revenir après tout ce temps ? Pourquoi vingt ans après ? Et surtout, pourquoi ce si long silence durant toutes ces années ? A ces questions, Julie préfère ne pas répondre immédiatement. Une réaction assez déroutante pour des retrouvailles quand on connaît les répercussions de son absence sur leur père mort presque de chagrin.

Pour sa famille comme le reste du monde, Julie avait été kidnappée puis assassinée, la revoir en chair et en os face à sa sœur relève du miracle. Et le récit que Julie va finalement lui avouer est des plus déroutant. C’est une version des faits totalement différente, surprenante, difficile à accepter,  et même à comprendre. Une version qui relève de la physique quantique, de l’espace-temps et de la métaphysique. Qui croire alors ? Ce discours loufoque, improbable, sans queue ni tête de sa prétendue sœur retrouvée ou l’avis de la police de l’époque sur cette disparition ? Serait-il alors possible que la personne en face de Selena lui veuille du mal et que cette rencontre ne soit qu’un piège ?

La Fracture de Nina Allan est un roman plus que surprenant et déconcertant. Un texte d’un genre inclassable tant il emprunte les codes de différents genres littéraires : thriller, fantastique et science-fiction. Un titre qui prend véritablement son sens en cours de lecture et quelle signification ! Le lecteur n’est absolument pas prêt à cette révélation ! C’est intelligent, malin, perturbant et envoûtant à la fois.

« La fracture », Nina Allan (traduit de l’anglais par Bernard Sigaud), Editions 10/18, 456 pages, 8,80€

Ni fleurs ni couronnes, Maylis de Kerangal

Premier ouvrage de Maylis de Kerangal, publié en 2006 chez Verticales “Ni fleurs, ni couronnes”, rassemble dans ce livre deux courts textes. 

Le premier récit, qui offre son titre à l’ouvrage, se déroule en Irlande en 1915. Rescapé d’une famille pauvre, Finbarr Perry tente de rejoindre les Etats-Unis, lorsqu’il devient témoin du naufrage du Lusitania, torpillé par un sous-marin allemand. Accompagné d’une inconnue, venue chercher son amant passager du bateau, il part alors en mer repêcher les noyés.

Dans le second récit, “Sous la cendre, Pierre et Clovis deux amis de longue date décident de partir faire une escapade sur les îles éoliennes. En plein été, une expédition nocturne s’organise sur les pentes du Stromboli. Mais à la gare maritime, juste devant eux ils font la rencontre d’Antonia, une jeune fille libre qui viendra compléter le duo.

A travers ces deux récits, Maylis de Kerangal livrent deux histoires très courtes qui parviennent à nous transporter dans deux univers différents. Bien qu’aussi différentes dans les époques et dans les personnages, ils racontent tous deux la rencontre entre deux personnes. Les mots de l’auteure glissent sur les pages, elle nous captive par ses histoires et arrive avec brio à capter l’instant présent.

« Ni fleurs ni couronnes », Maylis de Kerangal, Editions Folio, 128 pages, 5€

Les occasions tardives, Tessa Hadley

Alex et Christine, Lydia et Zachary sont deux couples d’amis depuis de longues années. Ce quatuor qui a depuis longtemps trouvé sont équilibre est ébranlé par la mort de Zachary. Alors que tous les trois s’accordent à dire que d’eux quatre Zachary était le plus gentil, le plus doux, le plus attentionné, ce trio doit réapprendre à fonctionner.

Tessa Hadley n’a pas son pareil pour décrire les relations intimes. Encore une fois, elle défait les fils d’une amitié, elle rabat les cartes de cet équilibre tant choyée par ces quatres amis. Alex, l’homme qui reste, assume la tache de père de substitution et de mari pour Lydia, tandis que cette dernière met son exubérance en avant pour tenter d’oublier ce drame intime qu’elle traverse, quant à Christine elle compose avec ces deux être et ces deux caractères. La mort de Zach va faire ressurgir les souvenirs, les actes manqués, les disputes et les non-dits, ce sont ces occasions tardives que Tessa Hadley écrit. Ces moments qui n’ont pas été vécus et qu’on tente de rattraper.

Doux roman sur les liens amicaux et amoureux, Tessa Hadley nous embarque à nouveau dans une fresque de la vie.

« Les occasions tardives », Tessa Hadley (traduit par Aurélie Tronchet), Editions 10/18, 312 pages, 7,80€