Pour la cinquième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

Point cardinal, Léonor de Récondo

Laurent et Mathilda ne font qu’une personne. Laurent est mari, père de famille et va au travail tous les jours. Et depuis peu, il est aussi Mathilda, pour quelques heures, le samedi soir au ZanziBar, avec ses amies : perruque, talons hauts et robe. Laurent se sent si bien quand il est Mathilda, et c’est un crève-coeur que de devoir enlever les habits et re-devenir un homme, dans sa voiture, en cachette de sa femme, Solange, et de ses enfants, Thomas et Claire.

Alors quand, alors qu’elle croit qu’il la trompe, Solange découvre la double vie de son mari, tout s’effondre. Laurent avait rêvé de pouvoir en parler à sa femme, de sentir que la femme qui est en lui est acceptée par son entourage. L’incompréhension de sa femme et la violence de son fils adolescent qui ne l’accepte pas font du mal à Laurent. Mais Mathilda est bien réelle, il ne peut plus la refouler comme il l’a fait toutes ces années, il doit la laisser sortir et exister. Laurent le sait : il doit aller jusqu’au bout pour devenir celle qu’il a toujours été au fond de lui, celle qui détestait le foot auquel son père l’avait inscrit quand il était enfant, celle qui écoute et conseille sa collègue Estelle dans sa vie sentimentale, celle qui aime sa femme et ses enfants tout autant que Laurent.

Dans un roman racontant une quête de soi-même bouleversante, Léonor de Récondo dévoile l’intolérance d’une société qui nous assigne à la naissance et refuse de nous écouter. Une histoire encore bien trop commune à une époque où la transidentité est un parcourt du combattant – ou de la combattante.

« Point cardinal », Léonor de Récondo, Editions Points, 192 pages, 6,60€

Pastorale américaine, Philip Roth

Côte Est des Etats-Unis, 1945-1968.
Levov a tout pour être heureux. Pur produit de l’ « American way of life », il est un joueur de « ball » légendaire pendant ses années lycée, s’engage dans la Marine pour en finir avec la guerre de 45 au Japon et rendre fier son père en prenant la tête de la ganterie familiale. Marié à une ancienne Miss NewJersey et père d’une fille belle et intelligente, Meredith, il est comblé par ses responsabilités et le sentiment de remplir son devoir de bon citoyen américain. Pourtant, quand Meredith s’engage contre la guerre du Vietnam, c’est tout l’équilibre de la vie de Levov qui est bouleversé. La lycéenne adopte des idées de plus en plus radicales, jusqu’à rejeter progressivement tout ce que ses parents représentent et tout ce qui fait leur fierté, à savoir, être américain. La vie de famille explose, Meredith s’engage toujours plus en politique, jusqu’au jour où elle pose une bombe dans la supérette de leur ville. Pastorale américaine est l’histoire d’un père qui ne renonce jamais à son amour pour une fille qu’il ne reconnaît plus. 

Gagnant du prix Pulitzer en 1997, ce roman de Philip Roth interroge les valeurs de la société américaine de l’après guerre à travers les générations. En inscrivant son livre dans une période d’importantes mutations sociales où la question de l’adolescence et de l’autonomie de la jeunesse est déjà bien présente, le romancier explore le danger des idées et théories politiques sur les esprits. Son écriture vivante et ses dialogues très forts permettent à Roth de construire un livre à la fois émouvant et dynamique.

« Pastorale américaine », Philip Roth (traduit de l’anglais par Josée Kamoun), Editions Folio, 592 pages, 9,70€

La physique des catastrophes, Marisha Pessl

Blue Van Meer vit seule avec père depuis le décès de sa mère. Intellectuel extraverti, il donne à sa fille le gout du cinéma et de la littérature, la trainant avec elle sur les routes des Etats Unis. Arrivé en Caroline du Nord à Stockton, la famille Van Meer décide de s’y installer et Bleu rejoint un lycée privé. C’est ici que la nouvelle aventure de Bleu va commencer lorsque le cadavre de sa professeur préférée, Hannah Schneider est retrouvée dans des circonstances des plus troublantes.

Premier roman de Marisha Pessl, c’est un thriller haletant et une mine de référence littéraire mais aussi de la pop culture. On suit Blue et ses acolytes du club de cinéma créée par Hannah Schneider qui tente d’élucider ce crime.

Roman universitaire et thrille, les péripéties et les situations rocambolesque ne manque pas dans ce roman. Marisha Pessl maitrise à la perfection le drame et le suspens de cette enquête hors norme. C’est aussi un témoignage sur la société américaine et sur les engagements politique, une critique acérée du système capitaliste livré sous la vision d’adolescent. Ce roman contient tout ce qu’on attend d’un bon livre : une trame narrative maitrisée qui nous emporte, des personnages auquels on s’attache et une fin innatendue.

« La physique des catastrophes », Marisha Pessl (traduit de l’anglais par Laetitia Devaux), Editions Folio, 832 pages, 11,50€