Pour la cinquième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

Pour qui sonne le glas, Ernest Hemingway

1936-1938. Quelque part dans les montagnes espagnoles, Franquistes et Républicains s’affrontent dans une guerillera sans merci. Professeur d’Espagnol aux Etats-Unis, Robert Jordan s’est porté volontaire pour combattre auprès des Antifascistes. On lui confie la mission de faire sauter un pont. Pour ce faire, il rejoint un campement, où il fait la connaissance de Pablo, le chef officiel qui noie sa désillusion dans l’alcool, Pilar, sa femme, personnage robuste et vaillant qui est le vrai moteur du camp, Rafaël, un gitan sympathique mais pas très bon soldat… et Maria, petit lapin frêle au corps de miel et aux cheveux qui se remettent d’une tonte forcée.

Inspiré de son expérience de journaliste reporter sur le front, Hemingway signe un roman à la fois épique et statique, où se mêlent la violence et la tendresse, le doute et la conviction, la camaraderie et la trahison. Cachés derrière un rondin d’arbre ou enfouis sous la neige de printemps, les personnages se demandent ce que signifie de se battre pour leurs convictions. La liberté vaut-elle vraiment la peine de tuer l’ennemi ?

La puissance de la langue d’Hemingway s’illustre surtout dans les dialogues, simples, répétitifs mais pleins de tension, et dans les scènes d’amour entre Robert Jordan et Maria. Couple mythique de la littérature, ils sont l’une des plus belles illustrations du coup de foudre et de l’attirance physique.

« Pour qui sonne le glas », Ernest Hemingway (traduit de l’anglais par Denise Van Moppès), Edition Folio, 512 pages, 9,20 euros

Kim Jiyoung, née en 1982, Cho Nam-Joo

Ce premier roman s’ouvre sur une femme de 35 ans, qui vit à Séoul avec son mari et sa fille, et qui semble atteinte d’un mal étrange : elle se met à parler avec la voix et la personnalité d’autres femmes. L’autrice coréenne déroule alors la vie de son héroïne, la vie d’une fille, née en Corée du Sud, dans une société traditionaliste et qui se débat contre les règles et les normes qui l’enferment.

Kim Jiyoung a une grande soeur et un petit frère et elle comprend très rapidement qu’il est bien différent d’être un garçon ou d’être une fille. Alors qu’elle et sa soeur aident sa mère à la maison, rien n’est demandé à son frère, choyé par une grand-mère traditionaliste. Sur le chemin du retour de l’école, la jeune fille doit faire face à des agressions d’hommes et s’entend reprocher sa tenue vestimentaire, supposément responsable des actes de ces hommes. Toutes les femmes de sa famille ont dû abandonner les études qu’elles voulaient faire et travailler pour payer celles de leurs frères. Dans son travail qu’elle aime, elle est moins payée que ses collègues masculins, pourtant aussi qualifiés qu’elle. Et elle devra finalement choisir entre sa carrière et ses envies d’enfants…

D’une plume qui donne envie de se lancer dans la lutte pour la véritable égalité entre les femmes et les hommes, Cho Nam-Joo expose toutes ces scènes du quotidien, malheureusement encore bien présentes à travers le monde, où les filles et les femmes sont discriminées.

Roman universel, Kim Jiyoung, née en 1982 est la peinture des épreuves que traverse toute fille, à tous les âges de sa vie, pour se protéger des violences patriarcales, faire ses propres choix et vivre la vie qu’elle a choisi pour elle-même. Impossible de ne pas se reconnaître dans ce récit !

« Kim Jiyoung, née en 1982 », Cho Nam-Joo (traduit par Pierre Bisiou et Kyungran Choi), Edition 10/18, 216 pages, 6,60 euros

Au tournant de la nuit, Vincent Raynaud

Précédemment sorti sous le titre Toutes les planètes que nous croisons sont mortes aux éditions de L’Iconoclaste, Autour de la nuit de Vincent Raynaud est un roman vibrant, bouleversant et brut. On suit l’adolescence de Tristan, jeune collégien parisien de la haute société, habitué, avec son frère Gilles, à la musique classique et aux opéras. Dans ce quotidien bien lisse et rangé, Tristan sent une énergie ravageuse le parcourir et un besoin presque obsessionnel d’évacuer ses tripes !

Son ami, Fabien, l’initie au rock et au punk, à tous ces groupes qu’il ne connaissait pas et à cette énergie contagieuse. A 13 ans, c’est le déclic pour Tristan. Il assiste à son tout premier concert de rock, celui de Television avec en première partie Téléphone, et c’est pour lui une révélation. Fini le piano, il veut être batteur dans un groupe, goûter à la scène et à son euphorie. De fil en aiguille, le jeune batteur va créer quelques années plus tard son propre groupe : La Monstrueuse Parade.

Ce n’est alors que le début d’une ascension fulgurante aux rythmes effrénés. Entre l’usure de la scène, les drogues, l’alcool et les dérapages répétitifs, le rêve du jeune Tristan se dirige vers la décadence et notre idéaliste est mis à rude épreuve.

Vincent Raynaud nous transporte dans la fin des années 70 et dans les années 80. On ressent la musique et son rythme à chaque page. C’est un plaisir presque audible pour les amoureux de musique et les amateurs de rock. Une écriture d’un style saisissant, une ambiance rock’n’roll et vibrante, et le portrait d’un idéaliste presque déchu. Un roman d’apprentissage à travers la musique, qui nous donne envie de se remettre à la guitare et de croire en ses rêves !

De l’optimisme, de la jeunesse, des rêves, des désillusions, et surtout une ambiance électrique et palpitante. Un livre à découvrir !

« Au tournant de la nuit », Vincent Raynaud, Edition Folio, 480 pages, 8,60 euros