Pour la cinquième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

La reine des lectrices, Alan Bennett

Qu’est ce qu’il se passerait si la Reine d’Angleterre se découvrait subitement une passion pour la lecture ? Pas que l’on pense qu’aujourd’hui elle n’aime pas ouvrir un livre, mais qu’arriverait-il si la passion dévorante de la littérature l’empêchait de gouverner ? C’est sur cette hypothèse que se base ce court roman d’Alan Bennett.

Dès les premières pages, on se prend d’attachement pour la Reine d’Angleterre qui lors d’une promenade avec ses chiens s’arrête dans un bibliobus. Et alors qu’elle se surprend à penser aux livres de plus en plus souvent, elle débute une réflexion autour de ses choix littéraires, mais aussi de l’importance de la lecture et son existence. Désireuse d’en faire profiter les autres, elle ira jusqu’à bouleverser l’ordre établi par le protocole pour parler du dernier roman qu’elle a lu.

Drôle et fantasque, ce roman est un véritable plaidoyer pour la lecture. De Henry James aux sœurs Brontë en passant par Jean Genet, tous défilent sous nos yeux et passent entre les mains d’Elizabeth II. Un roman qui offre une belle réflexion sur le pouvoir de la lecture !

« La reine des lectrices », Alan Bennett (traduit de l’anglais par Pierre Ménard), Edition Folio, 128 pages, 5 euros

Préférer l’hiver, Aurélie Jeannin

La narratrice et sa mère sont revenues sur les pas de leur vie et se sont installées à nouveau dans cette cabane au milieu de la forêt qu’elles avaient quitté il y a si longtemps. Depuis, des drames les ont touchées, des deuils qu’elles n’ont pas encore pu faire. Mais le silence de la forêt, la lecture et la proximité entre elles les forcent à tenir debout, à se tenir debout.

Elles espéraient laisser derrière elles la violence de la société, l’abandon et la mort des hommes autour d’elles, en devant rationner leur nourriture, en s’éloignant de la ville et en n’écoutant pas ce que les autres pensent d’elles. Elles occupent leur journée à la terre, à l’observation de l’environnement qui les entoure – l’étang, la forêt, les animaux qui ont remplacé la présence humaine – mais surtout à la lecture et à l’écriture. Bien qu’elles aient abandonné toute matérialité, elles ont gardé leur bibliothèque, et se font la lecture, se plongent dans les livres. D’autant qu’en hiver, quand la neige et le froid se sont installés, il n’y a que silence autour d’elles, un silence profond et étouffé, et parfois menaçant également…

D’un style précis et rythmé, Aurélie Jeannin signe un premier roman qu’on n’oublie pas. Un récit sur la violence de la perte, sur la nature comme remède, sur la littérature comme domaine. Un roman qui nous plonge dans le silence et donne toute leur place aux mots écrits.

« Préférer l’hiver », Aurélie Jeannin, Editions HarperCollins France, 240 pages, 7,20€

Folle, Nelly Arcan

Une jeune femme québécoise nous raconte la lente descente aux enfers de son couple jusqu’à sa séparation, inévitable. Sous forme de lettre ouverte adressée à celui qui l’a quittée, un journaliste français installé au Québec, Nelly Arcan revient sur cette relation qui l’a menée jusqu’à la folie : passionnelle, fusionnelle et finalement aliénante, jusqu’à se perdre dans l’illusion. Encore une fois, l’auteure se livre au lecteur et puise la force de ses récits dans sa dimension autobiographique.

C’est une plongée intime dans le souvenir douloureux d’un amour perdu avec ses bons et mauvais moments. La langue est crue, les émotions sont à vif et les sentiments décortiqués. Cette lettre est un véritable coup de poing, par son style, mais aussi par le souhait de l’auteure de vouloir mourir à trente ans : “Le jour de mes quinze ans, j’ai pris la décision de me tuer le jour de mes trente ans, peut-être après tout que cette décision s’est posée en travers de ses cartes non armées contre l’autodétermination des gens.

Cependant, malgré le voile sombre qui a pesé sur la vie de Nelly Arcan, ce texte se lit comme un témoignage par sa tension et sa dimension manipulatrice et destructrice envers le personnage principal. L’anatomie d’une relation consumée : “Il me semble aussi que cette lettre est venue au bout de quelque chose ; elle a fait le tour de notre histoire pour frapper son noyau. En voulant le mettre au jour, en voulant y entrer, je ne me suis que blessée davantage.”. Comme dans Putain, on retrouve les réflexions de l’auteure sur la vie, son sens et sur les relations amoureuses et familiales ainsi que le rapport au corps et sa relation à l’écriture et son lectorat : “[…] disons qu’entre mes lecteurs et moi, il y avait une grande complicité, je leur ai appris que vomir pouvait être une façon d’écrire et ils m’ont fait comprendre que le talent pouvait écœurer.« 

« Folle », Nelly Arcan, Editions Points, 224 pages, 6,70€