Pour la troisième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

La femme à la fenêtre, A.J Finn

Anna, pédopsychiatre en arrêt maladie depuis un moment, habite dans un quartier résidentiel aisé, autour de couples et familles soudés, animés par une routine confortable. Suite à un traumatisme, ayant trop peur de l’extérieur, elle n’a pas mis les pieds dehors depuis un an. Entre deux rendez-vous avec sa kiné ou son psy, recluse parce qu’agoraphobe, séparée de son mari et de sa petite fille, elle tourne en rond et observe le voisinage. N’est-il pas plus simple de se réfugier dans la vie des autres pour échapper à la sienne ? De sa fenêtre, elle observe, analyse, passe des heures à regarder ses voisins pour tenter de rentrer dans leur intimité. Incapable de sortir de chez elle, elle se fait livrer ses repas, ses médicaments et tente de se socialiser en venant en aide aux autres via un forum d’entre-aide. Pour se distraire, elle passe son temps à regarder de vieux films américains, en noir et blanc. On s’attache rapidement à ce petit bout de femme qu’est Anna. Angoissée, déprimée, elle se rabat facilement sur un verre de Merlot. Mais plus elle picole, plus elle est drôle et nous entraine dans ses pensées. Pas coiffée, en robe de chambre toute la journée, très peu lavée.

Mais alors qu’une nouvelle famille vient d’emménager, la petite vie de quartier va être chamboulée. Un soir, de sa fenêtre, elle prétend avoir vu quelqu’un se faire poignarder à l’étage de la maison d’en face. Faut-il la croire ? Est-elle suspecte ? Sous son regard brouillé par l’alcool, ses nombreuses prises de médicaments, toute la rue semble l’accuser. Est-ce une disparition ? Est-ce un meurtre ?

Pour ce premier thriller, réalisé avec brio, A.J Finn qui n’est autre que Daniel Mallory, journaliste et éditeur, fait tomber les masques tout en nous faisant frissonner. Un huit clos angoissant et une héroïne pleine de détresse face à l’enfermement de sa vie qui n’est que solitude et peur.

« La femme à la fenêtre », A.J FINN, Edition Pocket, 608 pages, 8,60 euros

Trois femmes puissantes, Marie NDiaye

Prix Goncourt 2009, Trois femmes puissantes est un incontournable de la littérature francophone contemporaine. Son titre dit tout, mais aussi ne dit rien de ce qu’on trouvera en ouvrant ce livre. Marie NDiaye nous entraîne, de sa prose magnifique, mystérieuse et consciente, à la suite de ces trois femmes, Norah, Fanta et Khady Demba, qui se débattent dans un monde qui leur est hostile. Dans leur vie quotidienne, dans leurs rapports aux autres, qu’elles le veuillent ou non, ce sont des résistantes. Ce sont des survivantes du capitalisme, du patriarcat et du colonialisme. Elles sont l’épouse, la fille, la mère, la soeur, à qui on dicte conduite et normes, mais sous la plume de Marie NDiaye, elles redeviennent femmes.

Des pressions sociales qui pèsent sur le femmes ainsi que de celles qu’elles s’imposent elles-mêmes, aux liens familiaux – et avec le père – en passant par les masculinités toxiques qui empêchent de vivre, Trois femmes puissantes est le récit de déambulations dans la conscience, de vies rendues impossibles et de communications avortées. Un roman nécessaire pour penser la place des femmes dans nos sociétés, récompensé il y a dix ans désormais par le prix littéraire le plus prestigieux !

« Trois femmes puissantes », Marie NDiaye, Editions Folio/Gallimard, 336 pages, 8,40€

Underground RailRoad, Colson Whitehead

Cora, seize ans, est esclave dans une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Elle est la petite fille d’Ajarry, enlevée dans son village africain par des razzieurs dahoméens. La grand-mère suit la route des esclaves pour finir sur le sol américain. Elle sera vendue et revendue de nombreuses fois et finalement achetée par la plantation Randall, en Géorgie. Elle finira par mourir quelques années plus tard, dans le coton et en laissa son unique fille, Mabel, la mère de Cora.

Abandonnée par sa mère Mabel, qui a pris la fuite et n’a jamais été retrouvée, Cora tente de survivre à sa condition. Seule, elle continue de défendre son petit lopin de terre qui avait appartenu à sa grand-mère auparavant. Mais alors que Caesar, un esclave venant de Virginie lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente de rejoindre avec lui les Etats libres du Nord.

Colson Whitehead permet avec brio la matérialisation de l’Underground Railroad, ce célèbre réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite, qui se transforme dans son roman en véritable réseau ferré souterrain. A travers ce roman fantastique, il met en scène ce chemin de fer (qui n’a jamais existé), avec ses tunnels, ses secrets, ses clandestins mais surtout faisant vivre ce réseau d’aide aux esclaves. Parfaitement bien documenté, il revient sur l’histoire de l’esclavage aux Etats-Unis et cette recherche permanente de liberté.

« Underground RailRoad », Colson Whitehead, Edition Livre de Poche, 416 pages, 8,20 euros