Vous aussi vous êtes perdu.e.s avec toutes les sorties récentes, tous les livres qu’on vous conseille et toutes les recommandations des libraires jusqu’à en oublier de lire des bandes dessinées ? Pas d’inquiétude, on a pensé à tout et on vous concocte des sélections de nos BD préférées !

#AccidentMajeur, Alizée de Pin & Jean-François Julliard

Des pluies torrentielles tombent sur Ambérieu en Bugey, comme on en a peu vu dans cette petite ville de l’Ain. Laurence est ingénieure environnement chez EDF et travaille notamment sur le site de la centrale nucléaire du Bugey. Elle est inquiète par le niveau des eaux qui monte autour de la centrale, mais surtout par le fait que cela ne semble inquiéter personne. La catastrophe arrivera pourtant : en cause, le barrage de Vouglans, un peu plus haut sur l’Ain, qui a lâché, responsable d’une vague qui se dirige désormais à toute allure vers la centrale…

Ce scénario catastrophe développé par Alizée de Pin et Jean-François Julliard n’est que l’un des nombreux scénarios d’une catastrophe nucléaire qui pourrait avoir lieu en France, l’un des pays les plus nucléarisés au monde. Alors que les drames de Tchernobyl et de Fukushima n’ont pas semblé remettre en cause l’importance de l’atome dans le mix énergétique français, les auteur.rices de cette BD illustrent – d’un dessin simple et lumineux, qui donne toute sa place à l’urgence de la situation – l’enchainement de malchances, mauvaises décisions humaines et non prise au sérieux des événements qui conduit à une catastrophe qui pourrait entraîner la mort de nombreuses personnes et le déplacement de populations de régions entières.

La bande dessinée met parfaitement en lumière la confiance en soi des ingénieurs sureté qui ne réussissent parfois pas à sortir des scénarios préparés pour regarder en face la réalité de risques non pris en compte, ou bien l’aveuglement d’hommes politiques qui choisissent d’ignorer les risques et les réalités pour ne pas perdre la face face à leurs électeurs, tout en mettant en avant la place des réseaux sociaux et des lanceur.ses d’alerte. Une BD simple et honnête qui met des images sur des scénarios catastrophes qu’on préfèrerait tou.tes croire impossibles !

« #AccidentMajeur », Alizée de Pin et Jean-François Julliard, Editions du Faubourg, 136 pages, 20 €

L’incroyable Histoire du vin, Benoist Simmat & Daniel Casanave

Depuis son apparition, constaté sur des terres situées entre les montagnes occidentales de l’Iran et celles de la Géorgie, le vin représente aujourd’hui plus de 10 000 ans d’histoire, et principalement celle de la civilisation. Et il fallait bien une bande dessinée pour la raconter.

Sur plus de 304 pages, et avec un tout nouveau chapitre dédié à l’histoire du rosé, cette bande dessinée suit les traces d’un dieu Bacchus, qui nous raconte l’histoire de la boisson la plus répandue dans le monde. Avec lui, le lecteur suit l’évolution de la vigne, de ses origines à son apogée, et celles des cultures qui se sont développées avec. Souvent guidé par un savant de l’époque – on y retrouve Pline par exemple – il fait découvrir les différents usages du vin et ses rites, mais aussi ses techniques qui ont su évoluer en fonction du climat ou des moyens disponibles de l’époque.

Très bien détaillé, l’ouvrage nous permet d’apprendre que les tonneaux de bois – tels qu’on les connaît aujourd’hui – ont été inventés à Lyon par les Celtes, pour transporter alors leur cervoise, ancêtre de la bière, mais aussi comment les évêques de l’Europe ont joué un rôle majeur dans l’implantation et l’expansion du vin dans le monde. Subtilement, il évoque aussi des questions moins anodines : comment le vin a-t-il été interdit par l’Islam alors qu’il était abondamment consommé au Moyen-Age ? Ou encore, combien de litres de vin les Français consomment-ils par jour depuis la Seconde Guerre mondiale ?

De sa naissance en Mésopotamie, jusqu’à la mondialisation et même l’émergence des vins bio, L’incroyable histoire du vin revient sur toutes ces interrogations et entraîne le lecteur dans un voyage à travers le temps et les continents. Parfaitement bien documenté, et gorgé d’une belle dose d’humour, il permet aussi de réviser l’Histoire de l’humanité tout en mettant en avant l’inlassable quête du meilleur vin.

« L’incroyable Histoire du vin », Benoist Simmat & Daniel Casanave, Edition Les Arènes, 230 pages, 22 €

Americana, Luke Healy

Luke Healy est un jeune irlandais, passionné par les Etats-Unis, pays qui le maltraite autant qu’il voudrait qu’il l’aime. Alors en 2016, après des tentatives d’obtenir VISA ou carte de séjour, Luke se lance un énorme challenge : le PCT. Le Pacific Crest Trail est une randonnée longue de 4280 kms le long de la côte ouest américaine. Avec pour point de départ le Mexique et pour point d’arrivée le Canada, elle est une des randonnées les plus longues mais aussi l’une des plus dures à l’instar de sa jumelle sur la coté est, le chemin des Appalaches.

Dans Americana, on suit donc Luke dans ses aventures. Avec des planches réalisées comme en pointillés dans des nuances de bleus et d’orange, le dessin minimal nous absorbe tout en laissant une grande place au discours et aux dialogues. Luke Healy rend compte de l’immensité des territoires qu’il a traversé avec justesse dans des grandes planches.

Aussi touchant qu’incroyable, dans cette randonnée hors du commun, on suit les difficultés, les réussites du personnage. Il raconte des anecdotes sur son voyage mais aussi des connaissances sur les marcheurs habitués, les coutumes sur ce chemin. Il nous parle aussi du chemin, de ses reliefs, de son histoire. C’est aussi une BD sur comment se dépasser : Luke Healy raconte les doutes, les abandons, et puis c’est une BD sur le courage. On a à la fin l’impression d’avoir marché avec lui.

Americana est une BD sur le PCT, sur des rêves réalisés et tout ce qu’il en coûte de les réaliser.

« Americana », Luke Healy, Edition Casterman, 336 pages, 23 €