Violaine Bérot, auteure de Tombée des nues, signe avec Comme des bêtes un roman choral, sensible et puissant sur les différences et les personnes en marge de la société.

A la montagne, dans un village isolé, une légende raconte que des fées volent les bébés des humains. La grotte aux fées, une légende bien ancrée dans le village et incontestée. Mariette et son fils, « l’Ours », sont nouveaux dans le village et doivent faire face à la méchanceté des habitants. L’Ours effraie. Il est considéré comme violent, incontrôlable et inhumain. Une enquête pour enlèvement est en cours dans ce village et tous les soupçons sont dirigés vers l’Ours.

Discrimination et préjugés

Dans ce roman choral, on suit tour à tour les interrogatoires des habitants concernant l’affaire de kidnapping d’une petite fille dans leur village. Les policiers ont déjà leur idée : pour eux, c’est l’Ours qui est l’auteur de ce crime.

En effet, tous les villageois témoignent de son comportement bizarre, anormal et de sa violence. Déscolarisé tôt, l’Ours ne parle pas mais crie, grogne et rugit, comme une bête.

Seul Mariette et Albert brossent un portrait sensible et humain du Grand Muet, jamais ils ne l’ont appelé l’Ours, à la différence des autres villageois. Les policiers refusent d’entendre cette facette de sa personnalité. Pourtant, la mère de l’Ours et Albert ne manquent pas d’arguments. Ils sont catégoriques : jamais l’Ours n’aurait fait de mal à une petite fille. Certes, il est différent des autres mais ce n’est pas une brute pour autant. Il s’entendait magnifiquement bien avec les bêtes, les soignait et avait un rapport privilégié avec la nature. Non, l’Ours n’est pas un voleur ni un homme incapable d’aimer ou de s’occuper correctement d’autrui : « Je peux vous garantir qu’elle ne vivait pas chez eux. Pas dans leur maison en tout cas, puisque moi j’y passais de temps en temps, et donc je l’aurais vue. Je peux vous assurer qu’il y a jamais eu d’enfant chez eux. Et puis permettez-moi de vous dire aussi que vous faites fausse route si vous imaginez que le Grand Muet a pu faire du mal à quelqu’un. Lui, il sait seulement prendre soin des autres. Lui, le mal, il le fait pas, il le guérit. »

Seuls contre tous

Cet interrogatoire, bien qu’il ne soit que l’ombre d’une justice, nous permet de nous faire notre propre avis sur ce personnage mystérieux. Aux premiers abords, il nous paraît farouche, peu commode et surtout sauvage. A l’école, personne n’osait l’approcher. Ensuite, quand il a quitté le système éducatif, sa famille s’est isolée des autres villageois et tout un mythe s’est construit autour d’eux. A présent, il y a dans ses montagnes, la grotte aux fées et l’Ours, tous deux considérés comme des voleurs d’enfants : « Vous vous rendez compte de ce que vous dites ? Mais comment voulez-vous qu’il ait pu voler une petite fille ? Où ? A qui ?« 

Lorsque l’on est différent de la société, il y a forcément un moment où l’on finit par être rejeté des autres, par être marginalisé et diabolisé. Seuls les proches savent réellement qui est l’Ours. Les autres villageois de la Vallée, n’en n’ont qu’une perception erronée faite de préjugés et de “on dit”. Même les forces de l’ordre n’arrivent pas à être impartiales, ce qui les amènera à un point de non-retour où l’Homme se révèlera plus cruel que la bête…

Comme des bêtes est un roman court mais intense. Il nous parle de différences. L’Ours, ici, est d’abord un enfant dont on découvre l’handicap, puis devient un homme marginalisé qui se mue dans le silence. De nombreux sujets y sont présents : l’amour maternel, la différence, l’acceptation, la solitude et le regard des autres. C’est aussi un texte qui montre indirectement que l’Homme est un animal, certes civilisé, mais un animal dans le monde tout de même. On parle d’être. Humain comme animal importe peu.

« Comme des bêtes », Violaine Bérot, Buchet Chastel, 148 pages, 14 euros.