La fondation Louis Vuitton accueille en ses murs une partie de la magnifique collection Chtchoukine. Jusqu’au 20 février 2017, dialoguent Matisse, Cezane, Picasso, Gauguin, Monet, Degas… Les icônes de l’art moderne offrent aux visiteurs un état des lieux de la création française vue par l’un des plus grands collectionneurs du XXème siècle.

Les icônes de l’art moderne est l’exposition la plus courue de cette fin d’automne et on peut le comprendre. Si la scénographie et le propos n’ont rien d’exceptionnel, la grandeur des artistes exposés et l’étendue du tableau historique que Chtchoukine dresse par ses choix, restent magistraux. Sergueï Chtchoukine (1854-1936) a fait fortune dans le commerce du textile. Amoureux inconditionnel des voyages, il a rencontré dans l’art, la voie royale du dépaysement enchanteur que laissent bien souvent les nuances et les teintes. A Paris, la ferveur et l’énergie de la création le fascine et en 1898, il rencontre le marchand d’art Paul Durand-Ruel auquel il achètera un premier fond d’œuvres impressionnistes (dont certaines de Claude Monet), socle de sa collection. Il fera ensuite la connaissance de différents artistes, Degas notamment, et celle d’Ambroise-Vollard, fameux marchand d’art qui lança Picasso, Matisse et d’autres monstres modernes. La collection est lancée.

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G : Shchukin circa 1900, Musée d’État des Beaux- Arts Pouchkine , MOSCO, © Musée d’Etat des Beaux Arts Pouchkine – D : Christian Cornelius (Xan) Krohn, Portrait de Sergueï Chtchoukine, 1916 © ADAGP, Paris 2016. Courtesy Musée d’Etat de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Un collectionneur comme on les aime

Chtchoukine ne revendait pas ses œuvres. Il était loin de la spéculation maladive qui touche notre époque. Il s’orientait vers l’art qu’il aimait pour pouvoir, certes, l’exposer dans son Palais Troubetskoï mais également -et surtout, pour diffuser le talent des artistes qui le troublaient. Ses choix se posaient sur des thèmes divers mais se distingue majoritairement un goût pour certains tons, certaines nuances à l’expression calme et presque mélancolique. Sa collection regorge de paysages, comme une invitation au voyage, mais aucune trace des horreurs de sa vie personnelle ne transparaît. Si Chtchoukine a survécu à la mort de sa première femme, à celle d’un fils perdu dans le froid et à celle d’un fils suicidé, s’il a traversé la première guerre mondiale et la révolution des bolcheviks, il n’a jamais jeté ses malheurs dans l’art. Au contraire, il semblerait que les formes et les couleurs eu été une forme de salvation, de pari sur l’avenir.

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G : Edgar Degas, La Danseuse dans l’atelier du photographe, 1875. Courtesy Musée d’Etat des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou – D : Claude Monet, Le Déjeuner sur l’herbe, 1866. Courtesy Musée d’Etat des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Traversée des courants et mouvements artistiques

Cet espoir déployé dans l’avant-garde française a su servir plusieurs causes. D’abord, ces artistes ont connu, grâce aux achats de Chtchoukine, une renommée internationale. Une renommée pour l’artiste, mais également, un rayonnement des idées picturales françaises. Car si le temps c’est actuellement uniformisé, au début du XXeme siècle, tout se passait en France. Les réflexions sur la perception de Cezanne, de Monnet et de Picasso et celle de la représentation de la gestuelle menées par Matisse, les idées anthropologiques et presque philosophiques sur l’image primaire de Gauguin ont éclot en Europe et principalement en France. Leur diffusion en Russie, par les expositions de Chtchoukine ont contribué à l’élaboration d’autres sujets d’études russe. On retrouve entre autre une influence sur Malévitch qui reprenait le principe picassien de la fin de l’illusionniste et qui ouvre la voie à un art russe nouveau.

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G : Georges Braque, Le Château de la Roche-Guyon, 1909. © ADAGP, Paris 2016. Courtesy Musée d’Etat des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou – D : Pablo Picasso, Trois femmes, 1908 © Succession Picasso 2016. Courtesy Musée d’Etat de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Une exposition excessivement médiatique qui a pour avantage d’offrir la vision de l’un des acteurs russe les plus importants du monde moderne. Œuvrant dans l’ombre, le collectionneur fut un pont primordial entre l’art à venir et les artistes en pleine création. On notera tout de même l’engouement incroyable et récurent des visiteurs pour les mêmes grands maîtres. Effectivement il est toujours subjuguant de voir les originaux des grands maîtres de la peinture, mais il ne faut pas oublier d’être curieux et de prendre le temps d’aller aussi voir ailleurs de temps en temps…


Les icônes de l’art Moderne, la collection Chtchoukine,
jusqu’au 20 février 2017
Fondation Louis Vuitton
8 avenue de Mahatma Gandhi, 75116 Bois de Boulogne
Plein tarif : 16€ / tarif réduit 10€

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