Le premier roman de Nora Benalia est une histoire de rage, l’histoire de toutes ces femmes qui sont en colère d’avoir trop subi les injustices et les violences d’une société patriarcale.

La narratrice de ce roman a une cinquantaine d’années. Elle a trois enfants, qu’elle a élevés seule, après avoir renoncé à pratiquer son métier. Elle a essayé d’être libre, d’utiliser le peu de liberté que son mariage et sa vie de mère au foyer lui laissait, pour chercher une once de bonheur dans ce quotidien. Mais ça n’a pas été au goût de ce mari qui a commencé à la menacer de mort. Alors elle est partie, elle a continué à élever ses enfants et elle a renoncé à l’amour. Et la rage qui ne la quittait pas depuis toujours, n’a fait que grandir au fil de ces dix années de solitude : cette rage commune à toutes les femmes qui ne comprennent pas qu’on continue à nous mentir et à nous faire croire à cette société égalitaire où les hommes exercent leur domination en écrasant les femmes.

« Mais je ne suis pas libre. Et j’ai bien peur de crever dans cette prison, qui n’est pas faite des pauvres murs de ma maison en location mais de mon corps. Mon corps de femme. Je l’ai donné, ce corps, prêté, loué lui aussi, laissé ausculter. »

Requiem pour les femmes

Au-delà de la rage, s’il est bien un sentiment que Nora Benalia met à l’œuvre dans son premier roman, c’est le sentiment d’injustice : celui de toutes ces femmes qui se battent à chaque moment de leur quotidien pour s’entendre ensuite dire que ce sont les hommes qui sont courageux. L’autrice démontre à merveille la faillibilité des humains, mais l’hypocrisie de la société qui est incapable de reconnaître celle des hommes. Et à travers sa narratrice, elle nous propose un requiem pour les femmes, mais pas pour l’idéalisation de ces femmes puissantes, qu’on valorise pour leur indépendance. Elle nous propose une réflexion sur le statut de victimes – que certaines revendiquent quand d’autres le rejettent – qui parfois se passe de mère en fille.

« Sans oublier un corps qui se fane, un cœur qui s’étiole et des larmes à n’en plus finir. Si j’étais une SARL, je serais en dépôt de bilan. Mais je suis une femme, et je ne fais même pas partie des statistiques. »

Nora Benalia nous raconte, à travers la voix de cette narratrice remontée qui nous abreuve de ses pensées, de ses réflexions par des chapitres courts, par une prose vive et sincère, la rencontre avec cet homme, un homme censé l’aimer mais qui l’enferme, lui nie toute liberté et la frappe. Et aux coups de ce mari s’ajoutent tous ceux de la société, qui excuse toujours les hommes et accable les femmes, les mères, les filles.

Avec la liberté vient le désir

La narratrice est une combattante, une femme qui s’est relevée, qui s’est saisie de sa liberté, qui cherche à nouveau à vivre sa passion et à se construire, malgré les violences, malgré les injustices, malgré les inégalités de genre. Un message à toutes celles qui vivent l’enfer au quotidien qu’il est possible d’en sortir, mais aussi un appel à la société pour que  ces violences cessent, pour que des hommes arrêtent de tuer des femmes dans l’indifférence générale. Après dix ans de solitude, elle est prête à aimer à nouveau, elle est prête à faire à nouveau confiance. Mais est-ce véritablement possible dans notre société ?

« Je voulais juste me blottir, me poser, arrêter de me battre, arrêter d’être forte. Ca sert à ça l’amour. A se consoler de nos défaites, à reprendre des forces après nos victoires et à se reposer avant les prochaines. Pas à mener d’autres combats. »

Nora Benalia signe un premier roman comme une explosion de rage. Pour toutes ces femmes qu’on a enfermées, l’air de rien, dans le carcan de la société, violence et domination aidant.

« Ce prochain amour », Nora Benalia, Editions Hors d’atteinte, 208 pages, 17€