Après un premier film sur l’autodétermination catalane intitulé « Le Peuple interdit » en 2016, Alexandre Chartrand récidive avec son documentaire « Avec un sourire, la révolution ». Se focalisant sur le référendum du 1er octobre 2017, le réalisateur s’immisce au plus près des bouleversements. Un film qui parle de démocratie, de dictature et narre avec brio cette désobéissance civile.

Jusqu’en 1975, la dictature franquiste a instauré un régime de peur et d’oppression au peuple espagnol, en ciblant particulièrement les régions à fortes velléités indépendantistes : le Pays Basque et la Catalogne. En 2017, les parlementaires catalans décident de lancer un référendum d’autodétermination de la Catalogne. Bémol : l’Espagne l’interdit, arguant de sa non constitutionnalité. « Avec un sourire, la révolution » revient sur cette bataille politique, policière et populaire et met à l’honneur ces hommes et ces femmes qui ont lutté pour leur droit de vote.

©PlatanoFilms

« L’objectivité n’est pas la neutralité…

« …L’effort de compréhension n’a de sens que s’il permet d’éclairer une prise de parti « . C’est par cette citation d’Albert Camus qu’Alexandre Chartrand choisit de débuter son documentaire. Et avec, il annonce ce qui va suivre : un documentaire qui va nous faire revivre aux côtés des Catalans et leurs dirigeants les mois d’organisation d’un référendum, sa tenue et ses conséquences.

Si cela ne disqualifie pas son propos et lui permet, au contraire, de fournir sa vision démonstrative de la désobéissance non violente catalane, on peut parfois regretter de ne pas voir plus à l’écran les partisans de Mariano Rajoy (président du gouvernement espagnol de 2011 à 2018). Ce, non pas pour donner une illusion de neutralité, mais pour compléter le tableau dépeint du paysage politique formé par le Parti Populaire espagnol.

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Des impasses historiques

Fasciné par la culture catalane, Alexandre Chartrand en a fait son sujet de prédilection.  Ce qui explique, parfois, que le documentaire évoque certains aspects de l’histoire espagnole, sans fournir aucune explication. Mais si cela n’entrave pas obligatoirement la compréhension des enjeux, on regrette que le film ne soit pas plus ancré dans une démarche explicative de l’histoire politique du pays. En effet, le spectateur – s’il n’est pas un fin connaisseur de cette période – souhaiterait davantage cerner les enjeux mais aussi comprendre la façon dont l’héritage franquiste est perpétué en Espagne.

Malgré ce petit bémol,  « Avec un sourire, la révolution » est un documentaire qui montre à la perfection la détermination d’un peuple à voter pour son indépendance, ses modalités d’action, et la violence de la répression occasionnée par le gouvernement espagnol. Alexandre Chartrand livre un récit passionnant et haletant, qui pousse à nous interroger autour de la démocratie, ce qu’elle représente, ce qu’elle promeut mais surtout ce qu’elle défend.

« Avec un sourire, la révolution » d’Alexandre Chartrand, sortie le 15 septembre.