À travers un portefeuille trouvé dans sa boîte aux lettres, Joséphine Serre créé une plongée dans l’intimité de la relation Franco-algérienne. Entre traces de romance et vestiges coloniaux, Amer M. est à découvrir à La Colline jusqu’au 20 février.

Il y a quelques années, Joséphine Serre « reçoit » un portefeuille. Pas d’argent mais une flopée de données administratives dont un « certificat de résidence d’algériens ». C’est sur cette attestation que se porte tout d’abord son attention, si ce n’est sa surprise. Que signifie donc cette appellation officielle quand cela fait plus de cinquante ans que l’on a immigré en France ? Que dit-elle des relations passées et présentes entre ces deux pays ?

Ces papiers nous les avons en main, nous public. Joséphine Serre les a photocopiés avant de rendre le portefeuille. Elle-même en phase de recherche autour de la mémoire, l’exil et la migration, elle les a précieusement conservés comme pour garder auprès d’elle cette force évocatoire en sommeil. Des années ont passées et nous la retrouvons un soir de février dans le petit théâtre de La Colline, accompagnée de trois autres comédien.ne.s.

Le plateau foisonne de documents, d’objets, de vêtements. Serait-ce à ça que ressemblerait l’intérieur d’un portefeuille ? Mais il ne s’agit pas d’Amer M. pour commencer mais du retour d’Ulysse à Ithaque après son long exil. C’est vrai qu’il y a peut-être quelque chose d’Homère dans la posture de Joséphine Serre alors qu’elle imagine ce qu’ont pu être les aventures d’Amer M. jeune travailleur immigré en France en 1954. D’ailleurs la comédienne et metteuse en scène ne s’en cache pas, tous les outils de la fiction peuvent être utilisés pour engager cette réflexion sur la France et son rapport à son ancienne colonie algérienne. Ainsi la pièce est construite autour de nombreux va-et-vient entre l’histoire coloniale, la guerre d’Algérie, et la vie d’Amer, son (non)engagement auprès du FLN, sa possible idylle amicale avec une certaine Colette, pianiste à Radio France dont la carte de visite a été soigneusement gardée – cette dernière fait d’ailleurs l’objet d’une autre pièce Colette B. jouée en alternance.

Il y a de quoi se perdre dans cette profusion de données, entre des faits historiques et des interrogations contemporaines, entre une fiction amoureuse et une existence de papiers officiels. Mais malgré des décrochages au cours de la pièce, la présence de ces événements et ce qu’ils ont occasionnés sur les êtres humains, n’en reste pas moins tangible. Alors que l’on aurait pu s’attendre à une enquête linéaire et fantasque autour de la vie d’un inconnu du XXème siècle, Amer M. donne l’impression que cette découverte fortuite dans une boîte aux lettres à permis de faire surgir un épisode important de notre histoire contemporaine. On regrettera seulement qu’entre l’Histoire et Amer M., la position de Joséphine Serre, l’instigatrice de cette rencontre, ne soit pas plus lisible.

« Amer M. »
texte et mise en scène Joséphine Serre
avec Guillaume Compiano, Xavier Czapla, Camille Durand-Tovar et Joséphine Serre

À La Colline jusqu’au 20 février.