Il est parfois difficile de faire le tri parmi les presque 600 ouvrages qui sortent à chaque rentrée littéraire, et il est surtout trop cher de tous les acheter en grand format. Alors, pour celles et ceux qui sont patient.e.s, voici quelques livres de la rentrée littéraire de l’année dernière qui sont désormais disponibles en poche !

Les abysses, Rivers Solomon

Après L’incivilité des fantômes, Rivers Solomon nous entraîne avec son deuxième roman au fond des océans, aux côtés de Yetu. Historienne de son peuple Wajinru, peuple de sirènes, elle est en charge des souvenances de ses paires. Alors que toutes ont oublié leur passé et d’où elles venaient, Yetu porte le poids du traumatisme de leur origine : elles sont les descendantes des enfants de femmes esclaves jetées par-dessus bord quand elles tombaient enceintes sur le vaisseau.

Yetu souffre de devoir porter en elle toutes ces voix, toutes ces vies et tout ce poids. Elle ne peut vivre dans le présent, elle ne peut sortir de ces souvenances, elle ne peut savoir qui elle est. Pour que tout son peuple ne soit pas retenu en arrière, elle se débat, s’affaiblit et lutte pour ne pas craquer.

De son style poétique et sensible, Rivers Solomon met en scène à merveille les questions d’identité et de multitude, tout en développant une réflexion passionnante sur le collectif et le poids de la responsabilité. Alors que Yetu cherche à se libérer, c’est tout le poids du passé qu’elle interroge, ainsi que le rapport à l’environnement et à celles et ceux qui l’occupent.

« Les abysses », Rivers Solomon (traduit de l’anglais par Francis Guévremont), Editions J’ai Lu, 224 pages, 6,90€

Rumeurs d’Amérique, Alain Mabanckou

Alain Mabanckou, écrivain congolais, habite aux Etats-Unis depuis 2002. Après avoir passé quatre ans au Michigan, il déménage en Californie en 2006, comme professeur de littérature de langue française à UCLA. Résidant d’abord dans la ville côtière de Santa Monica, il décide de la quitter pour le centre ville de Los Angeles. Et c’est depuis son petit balcon, qu’il se décide à écrire sur son Amérique. Au fil des pages, les anecdotes sont déposées ici et là, et le lecteur reçoit par petites doses cette culture américaine, mélangée aux croyances africaines et à la culture française. 

Ici, il raconte à travers ces anecdotes courtes, ces rumeurs d’Amériques et profite de ces quelques pages pour partager sa connaissance mais surtout son regard sur la culture de son nouveau pays. L’auteur revient sur ses quinze ans passés en Californie, tout en évoquant l’actualité : le confinement en France, les proches, la maladie, le Covid mais il parle aussi de l’actualité américaine : l’élection de Trump, la sécheresse en Californie etc… 

Mais un sujet brûlant revient : le racisme. Et c’est l’autre visage de l’Amérique, celui qu’on ne voit jamais ou que l’on entend jamais qu’il souhaite aborder. Il est question de la violence policière, de celle faite aux Afro-américains, de la peur qui persiste lors d’une intervention, mais aussi des SDF, de leur place dans la ville, dans la société, et de ces personnes qui vivent démunies dans ces campements de fortune.

En s’éloignant de ces précédents ouvrages, Alain Mabanckou signe un témoignage riche et plaisant à lire. 

« Rumeurs d’Amérique », Alain Mabanckou, Editions Point, 240 pages, 7,30€

Trois femmes, Lisa Taddeo

Pendant 8 ans Lisa Taddeo a suivi 3 femmes, Lina, Sloane et Maggie. Elle partage la vie de ces 3 femmes, d’âges différents avec des problématiques de vie différentes aussi. Lisa Taddeo passe 8 ans de sa vie aux côtés de ses 3 femmes, les suivant dans les événements marquants de leurs vies, aussi bien ceux heureux que malheureux. Elle les voit, passe du temps avec elles, les interroge au téléphone. Et tout ça est résumé dans ce livre.

Trois femmes, c’est une immersion dans la vie intime de Sloane, Maggie et Lina. C’est un travail journalistique et de fiction aussi très poussé que fournit Lisa Taddeo. On suit ces 3 femmes dans leurs vies amoureuses et sexuelles, dans leurs interrogations sur les différentes relations qu’elles vivent, souvent toxiques mais difficiles à fuir.

Ni vraiment roman, ni vraiment documentaire, Lisa Taddeo nous fait découvrir le quotidien des ces 3 femmes, mais nous interroge aussi sur la condition des femmes et ce que cette condition fait à nos relations amoureuses. Un travail colossal de 8 ans, d’archives et de partages.

« Trois femmes », Lisa Taddeo (traduit de l’anglais par Luc Dutour), Editions Livre de poche, 448 pages, 8,40€

Mon père, ma mère, mes tremblements de terre, Julien Dufresne-Lamy

Pour Charlie, la Terre s’est mise à trembler il y a désormais deux ans : alors que son père a annoncé à sa famille qu’il allait transitionner, changer de genre et ainsi devenir une femme. Le garçon de 15 ans est désormais dans la salle d’attente d’un hôpital à patienter avant que son père se réveille de l’opération qui la fera devenir Alice. Plus que quelques heures avant que les forces sismiques qui ont bouleversé la vie du jeune garçon au cours des deux dernières années finissent par permettre à son père d’être celle qu’il a toujours voulu être.

Julien Dufresne-Lamy profite de cette attente pour que Charlie fasse un retour sur ces derniers mois, sur les difficultés que son père – et toute la famille à ses côtés – ont traversé depuis ce week-end de Pâques à Noirmoutier où elle le leur a annoncé. Le changement de comportement des amis du jeune garçon qui l’amènera à changer de collège, les jugements des collègues de son père et des voisins. Mais surtout, les moments partagés en famille, toutes ces premières fois, toutes ces phases d’excitation et d’euphorie où son père découvrait la femme qu’il devenait.

D’une façon peut-être parfois un peu trop explicative, Julien Dufresne-Lamy nous assoit à côté de Charlie, sur cette chaise d’hôpital, pendant qu’il apprend en quoi consiste une transition, comment ne pas faire l’erreur de mégenrer son père, comment respecter la femme qu’elle veut être. Un livre à mettre dans les mains d’adolescents et de jeunes adultes qui s’intéressent à ces questions !

« Mon père, ma mère, mes tremblements de terre », Julien Dufresne-Lamy, Editions HarperCollins France, 192 pages, 6,90€

Du côté des indiens, Isabelle Carré

Jeune garçon de 11 ans, Ziad attend avec impatience son père pour lui montrer son bulletin scolaire, qui s’est nettement amélioré. Derrière la porte, il guette l’arrivée de l’ascenseur, qui bizarrement ne s’arrête pas et propulse son père dans un appartement du cinquième étage. Très vite, le petit garçon se rend compte que son père voit une autre femme. Vivant désormais avec ce secret, Ziad décide d’agir. Il grimpe au cinquième étage pour tout expliquer à Muriel et lui annoncer que son père ne viendra plus. Un plan qui prendra une tournure inattendue, puisqu’il va se rapprocher de Muriel devenant lui aussi sensible aux charmes de la belle rousse.

Ici, il ne s’agit pas que d’un livre sur l’adultère comme on pourrait le penser, car Isabelle Carré choisit de mettre en avant la relation amicale avec ce jeune garçon et cette femme perdue. Du côté des indiens raconte tour à tour les trajectoires de Ziad, de ses parents Anne et Bertrand, tous d’une façon ou d’une autre liés à Muriel. A travers eux, elle évoque les drames, les douleurs et les chocs vécus au cours d’une vie. Mais avec les mots des autres, elle rappelle l’importance de ces mots pour libérer la parole et ainsi se reconstruire. 

Une tumultueuse histoire, forte de son lot de tempêtes mais aussi d’espoir et de résilience, qui sous une écriture poétique, dévoile le quotidien de personnages tourmentés.

« Du côté des indiens », Isabelle Carré, Editions Le Livre de Poche, 336 pages, 7,90€

Et si vous les aviez manqué, voici les critiques que nous avions fait de ceux que nous avions lus l’année dernière au moment de leur publication :