Maurizio Cattelan retourne sur le devant de la scène avec sa plus grande exposition européenne jamais présentée. Artiste contemporain, il a su provoquer scandales et esclandres avec ses œuvres chocs. Il propose aujourd’hui, à la Monnaie de Paris, un étalage de ses travaux les plus fameux. L’exposition « Not afraid of love », répertorie jusqu’au 8 janvier 2017, les œuvres capitales de son parcours. Une redécouverte piquante mais susceptible de laisser les adeptes de l’artiste un peu sur leur faim.

Maurizio Cattelan (1960-) est l’un des artistes incontournables de ce début de siècle. Il a retourné le monde de l’art avec ses œuvres chocs : Him (2001), où il a représenté Hitler comme un enfant agenouillé demandant pardon ou encore avec La Nona Ora (1999) où il a imaginé la mort du pape Jean Paul II écrasé par une météorite. Dans ces œuvres scandaleuses se mêlent ironie, satire et regard acerbe sur une certaine facette dérangeante de notre société.

Le scandale et l’impact

L’art de Maurizio Cattelan vogue toujours dans un entre deux inconfortable. Derrière l’humour, le grotesque et la plaisanterie mesquine se cache le lourd poids de l’interprétation. Quelles remuent l’Histoire ou qu’elles piquent là où la peau est encore tendre, les œuvres de l’artiste ne peuvent laisser indifférent. L’humour est utilisé comme une arme tranchante et sert à merveille les propos de Freud qui pensait l’ironie comme une forme d’agressivité incapable d’être acceptée par la communauté. L’artiste attaque des sujets complètement tabous dans une société où le politiquement correct se fait souvent roi. Les œuvres sont présentés avec un détachement et une noirceur qu’il est difficile de cautionner sans passer pour subversif. Pourtant cette apparente insouciance est belle et bien pensée. Elle en est d’ailleurs bien plus forte pour dénoncer ce que l’artiste a à cœur. Rire de tout donc, mais en gardant à l’esprit une pensée critique. Le poids des représentations prend alors tout son sens.

Les yeux grands ouverts

Il y a deux sortes de figuration dans cette petite rétrospective : un bestiaire que permet l’usage de la taxidermie et l’autoportrait. Si les animaux renvoient souvent à des stéréotypes humains (les pigeons sont assimilés à des touristes, les labradors aux membres aimants d’une famille…), la figure omniprésente de l’artiste endosse le rôle de l’observateur. Fréquemment placée en hauteur (Mini-Me, 1999), les yeux grands ouverts (Sans-Titre, 2007), elle fait état d’une certaine analyse du monde. Elle reprend les questionnements universaux : la vie, la mort, l’amour, le double, le vide, la mémoire, le paradoxe… et aiguise dans chaque installation son regard acerbe. Dans Gérard, Maurizio Cattelan présente l’archétype du SDF : une couverture comme cape, les jambes dépassant en tailleur. Il explore alors les sentiments que l’on peut avoir face à la misère et à la solitude et éprouve le spectateur, le laissant douter un instant de la réalité de ce qu’il voit. Avec All, il matérialise dans le marbre des corps couvert d’un drap, tels ceux des innocents tués à la guerre. Ces installations révèlent un parti-pris profond sur les problèmes et sur les tabous (la seconde guerre mondiale, la puissance de la religion, le carcan familial…) que rencontre encore notre société.

Not afraid of Love ne parle pas d’amour, mais d’une forme de désamour qui ampute les sociétés et qui force les hommes à laisser parler la haine et les ténèbres. Une exposition qui réactualise quelque peu la grande œuvre de Maurizio Cattelan mais qui manque de nouveauté, c’est dommage mais toujours aussi passionnant.

23
Him, 2001, Collection : Stephan Edlis
7
La Nona Ora, 1999, Courtezy Archives Cattelan
15
Charly don’t surf, 1997, Collection : Heinz Peter Hagen


Not afraid of Love
Jusqu’au 8 janvier
Monnaie de Paris
11 quai de Conti, 75006 Paris

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