Avec 10:04, Ben Lerner signe un second roman en demi-teinte, très original dans la forme et l’esprit, mais terne dans ses déroulements narratifs et pompeux dans ses envolées littéraires. 

A New York, le narrateur de 10:04  a été diagnostiqué d’une maladie cardiaque potentiellement fatale. Cette imminence probable de la mort est accentuée par la proximité d’une tempête, qui menace de s’abattre à tout moment sur la ville. L’occasion pour le narrateur d’accepter sa propre mortalité et ses envies de parenté dans une ville, et, par extension, un monde, qui risque à tout moment de s’effondrer.

Variations et réflexions temporelles

Ben Lerner manie une plume à nulle autre pareille. Dans un style très étonnant, il crée son propre avatar, « l’auteur », par rapport auquel il prend un recul mi-amusé mi-critique. Celui-ci, jouissant d’un récent succès grâce à son premier roman (comme l’auteur), vient de recevoir une avance substantielle pour son second roman (celui que nous sommes en train de lire, donc). On le suit dans les rues de Brooklyn, partageant son temps entre sa meilleure amie Alex, la COOP de son quartier, son neveu Roberto, ses retraites d’écrivains, ses soirées… Tant d’occasions pour lui de mener des réflexions poussées, qui le mèneront à mettre en regard passé et présent face à un futur plus qu’incertain. Mémoire, mort, fugacité du temporel, de l’humain… On l’observe se débattre entre toutes ces problématiques qui créent chez lui de sérieuses angoisses, coincées entre imaginaire et réalité. Si 10:04 est d’une originalité folle, il est aussi, et trop souvent, d’un ennui triste…

Complaisance et ennui

Si son premier roman avait suscité l’enthousiasme d’auteurs tels que Paul Auster ou Jonathan Franzen, ce second roman n’éveille que moyennement le nôtre. Le cœur de l’histoire, Ben, finit en effet par vite tourner en rond. Malgré l’ironie certaine et agréable de l’écrivain vis-à-vis de ce dernier, de lui-même et de ses procédés d’écriture « Et comme son narrateur était avant tout défini par l’angoisse que lui causait l’écart entre son ressenti intime et son image en société, plus l’auteur s’efforçait de se distinguer de son narrateur, plus il avait l’impression de se transformer en lui », le tout reste pesant.

Très pesant même, à cause d’une écriture qui, bien qu’elle soit brillante, est excessivement ampoulée. Il ne va pas jusqu’à toucher le stade d’auto-complaisance atteint par Beigbeder, grâce à la distance ironique (ou cynique ?) qu’il pose justement par rapport à lui-même. Mais il n’empêche, on s’ennuie. Pas ferme, car certains moments et réflexions viennent éclairer ces instants de pause, comme lorsqu’il s’interroge sur son envie d’être père, sur les contraintes qui lient un écrivain à son gagne-pain, sur ces instants sans temps « Comme ces instants avaient été rendus possibles par un avenir qui n’avait jamais eu lieu, il était impossible de s’en souvenir de cet avenir-ci, devenu le présent »… Les pages se sautent malheureusement trop facilement et l’on termine la lecture déçus par un livre dont les promesses étaient belles.10:04

10:04, Ben Lerner. Editions de L’olivier, 264 pages, 19 euros 50

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